‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 91 sur 92 · LIVRE OUATHIÈMB · texte numérisé non relu

LIVRE OUATHIÈMB

cortège de citoyens et d'étrangers raccompagnait au cimetière. L'Église pleurait son chef, l'État son premier citoyen et son plus âûr protecteur après Dieu. Ses défauts, déjà effacés par sa gloire et par ses services, avaient achevé de disparaître dans cette auréole pure dont la mort entoure le front du chrétien, et volontiers tout ce peuple aurait gravé sur un tombeau magnifique les témoignages d'une admiration sans réserve, d'une reconnaissance et d'une vénération profondes. Mais il avait enjoint que tout se fît « à la façon accoutumée, » et cette façon accoutumée, qui s'est maintenue à Genève presque jusqu'à nos jours, c'était qu'aucun monument ne s'élevât sur aucune tombe, quelque illustre que fût le mort. La terre seule couvrit donc le cercueil de Calvin, et il n'eut d'autre épitaphe officielle que cette demi-ligne écrite à côté de son nom sur le registre du Consistoire : ce Allé à Dieu le samedi^l. » Ses os furent-ils plus longtemps laissés en paix que ceux des morts vulgaires? On 11gnore. Il y a, en tout cas, plus de deux siècles que. cette tombe est labourée et relabourée, comme les autres, par la pioche du fossoyeur, et il n'y a pas vingt ans qu'une petite pierre noire marque la place où Calvin reiposai peut-être^ car ce n'est qu'une tradition.

On a vu des étrangers s'indigner de cette petite pierre ; on en a vu aussi la contempler avec plus d'émotion que ne leur en eût fait éprouver un riche mausolée, même marquant authentiquement

la place. Cet abandon de l'être périssable vous met en face de Têtre pensant, vivant, immortel dans un autre monde, immortel déjà sur la terre par la profonde et ineffaçable trace que Dieu lui a donné d'y laisser. Vous le contemplez dans son œuvre ; vous le suivez à travers- ces trois siècles qui l'ont vu si puissant sur tant d'esprits et sur tant d'âmes, même dressées à le haïr ; vous comprenez, alors, que la cité créée à son image n'ait pas éprouvé plus que lui le besoin de marquer la place où reposeraient ses restes. Pour elle comme pour lui, l'esprit était tout et le corps rien. Calvin n'était pas mort ; Calvin allait simplement continuer, absent de corps, présent d'esprit, ce règne que le génie et la foi avaient fondé. Ainsi pensèrent, comme les Genevois, tous ceux qui peuplaient déjà son vaste empire, tous ceux qui allaient le peupler encore, et la mort, en faisant disparaître l'homme, ne fit que grandir le réformateur.

Mais l'homme, malgré ses fautes, n'en est pas moins resté un des^ plus beaux types de la foi, de la piété sérieuse, du dévouement et du courage. Au milieu des relâchejnents modernes, il n'est pas de figure dont la contemplation soit un plus utile enseignement, car il n'est aucun homme dont on ait dit avec plus de justice, selon la parole d'un apôtre : ce // tint ferme comme s'il eût vu Celui qui est invisible. »

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