LA CALVITIE PRÉCOCE
CLINIQUE — ÉTIOLOGIE
Au point de vue clinique, la calvitie précoce, affection de l’homme jeune, est caractérisée par son évolution.
Procédant le plus souvent par poussées, les premiers symptômes se manifestent aux environs de la vingt-cinquième année, s’accentuent au cours d’un second paroxysme vers trente-cinq ans et se complètent entre quarante et quarante-cinq ans; mais le début peut être encore plus précoce, à partir de l’âge de seize, dix-huit ans et la marche beaucoup plus rapide, dans la règle, d'autant plus que le sujet est plus jeune, peut aboutir à une calvitie très avancée dès l’âge de vingt-cinq ans.
Quelle que soit la durée de l’évolution, le processus décalvant suit une marche progressive et régionale extrêmement systématisée; la tonsure apparaît en même temps que la lisière frontale recule peu à peu, puis systématiquement les angles fronto-temporaux se creusent et se prolongent de plus en plus vers le vertex, respectant entre eux au sommet du front un îlot dé cheveux médian, « le toupet », en arrière
duquel ils tendent à se rejoindre; il se constitue autour de chaque oreille un triangle courbe d’alopécie diffuse et incomplète; enfin, la séparation des régions pariétales s’accentuant de plus en plus, la limite inférieure de la tonsure gagnant la nuque et les cheveux du toupet se clairsemant jusqu’à disparaître, le terme final de l’évolution .est atteint, la « calvitie hippocratique » est constituée, la peau du crâne amincie, lisse, blanche, brillante, garde seulement dans les régions temporales et occipitales inférieures, quelques cheveux formant une demi-couronne.
Le mode est toujours le même; les cheveux tombés sains au début et de calibre normal, sont toujours remplacés, mais les générations successives sont de plus en plus grêles jusqu’à n’être plus représentées que par un fin duvet qui disparaît à son tour.
La calvitie sénile a également une marche progressive et régionale, mais les premiers symptômes n’apparaissent pas avant quarante ans et l’évolution, infiniment plus lente, n’aboutit qu’exceptionnellement au stade hippocratique.
Bien différent est le tableau des autres alopécies; dans les alopécies « en clairières » de la syphilis secondaire, comme dans les alopécies diffuses des infections aiguës survenant trois niois environ après l'affection, la repousse des cheveux est constante, quelle que'soit l'intensité du processus; l’intoxication par l’acétate de thallium et l’irradiation légère du cuir chevelu par les rayons X entraînent également
une alopécie diffuse mais à marche suraiguë, temporaire et de cause connue.
Aucune confusion n’est possible avec les alopécies circonscrites : ou bien transitoires, après pyodermite, impétigo ou eczéma du cuir chevelu; ou bien définitives, associées à des lésions cicatricielles de la peau et secondaires à un traumatisme, un lupus érythémateux, un favus ou une pseudo pelade. La pelade décalvante entraîne bien une calvitie totale, mais son début a été marqué par l'apparition des plaques
caractéristiques à topographie variable.
L’étiologie de la calvitie précoce dite « essentielle » est très discutée; de multiples causes favorisantes ou déterminantes ont été invoquées.
C’est ainsi qu’un rôle a été attribué aux conditions de vie : il y aurait moins de chauves à la campagne que dans les villes et dans celles-ci les milieux intellectuels seraient plus fréquemment atteints.
Un caractère semble incontestable dans un grand nombre de cas : c’est la notion familiale, héréditaire.
Tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître la séborrhée du cuir chevelu comme une maladie dépilante : la folliculite séborrhéique déterminant une atrophie de la papille suivie du détachement du poil; mais, si cette affection est notée assez souvent dans les antécédents des chauves précoces, elle est inconstante; c’est alors que l’on fait intervenir la notion de « terrain »; secondaire ou non à la séborrhée, la calvitie précoce a été considérée pendant de longues
Lis D
‘ années comme l’un des principaux symptômes de la « diathèse arthritique ».
Le vingtième siècle fait une très large place à un déséquilibre hormonal. L'hyperfonctionnement des glandes génitales est mis en cause, basé sur le fait que la calvitie précoce, affection de la fin de l’adolescence, atteint souvent des sujets à système pileux secondaire très développé, possédant en particulier une barbe opulente et belle; Hippocrate avait déjà remarqué d’ailleurs que « les eunuques ne devenaient ni goutteux ni chauves ».
D’autre part, on connaît le syndrome d’hypervirilisme décrit par Apert dont on tend à rapprocher actuellement la maladie de Cushing.
Les travaux américains récents envisagent la calvitie précoce comme la manifestation d’un déséquilibre hypophysogénital et préconisent l’opothérapie hypophysaire à l’apparition des premiers symptômes; les résultats seraient satisfaisants.
Enfin, des modifications du système pileux qui sont encore mal définies s’observant chez les myxœdémateux et les basedowiens, on a invoqué à l’origine de la calvitie précoce une dysthyroïdie. |
En réalité, lPétiologie demeure très obscure; le nombre des facteurs mis en cause en est le témoignage. 1
Nous avons réuni un certain nombre d'observations prises dans le service de la clinique de la tuberculose, dans le service de phtisiologie de désencombrement de l'Hôpital Broussais, dans un des services de l’hôpital-sanatorium de Brévannes, dans les sanatoriums de Bligny, La Bruyère et Champcueil.
Sur un total de 1.316 malades, âgés de plus de 21 ans, nous avons trouvé 74 chauves précoces; parmi ceux-ci, quatre présentaient des tuberculoses extrapulmonaires et six une tuberculose pulmonaire à début trop récent pour qu’il soit possible d’établir un
pronostic.
Les malades se répartissent ainsi entre les divers établissements :
MALADES CHAUVES TUBERCUL. TUBERCUILI.
DE PLUS PRÉCOCES EXTRA- RÉCENTE DE 21 ANS PULMONAIRE Broussais .... 115 9 2 1 Laepnéc ..:.. 126 6 » 1 Brévannes ... 127 8 » »
Blieny ne 8e 187 9 » ; La Bruyère .. 251 17 2 »
Champcueil .. 460 25 » 4 1.316 74 4 6