LA BERGERIE
Gambo, le 14 Septembre 18ô2.
Bien que je ne sois point touriste pour mon plaisir, mais uniquement par déférence aux prescriptions du médecin , la vie que je mène , mon cher Théodore , est loin de m'étre désagréable. Beau temps , bons soins , bon logement ,J)onne compagnie ne me manquent point; et n'est-ce pas déjà quelque chose ? n'est-ce pas même beaucoup? Et puis , ne suis-je pas dans le plus délicieux canton peut-être des Pyrénées, qui en ont de si riants et en si grand nombre ? Hier, avanthier j'ai exploré , tout en me promenant , les environs du village thermal. Plus je les connais , plus j'admire la charmante et prodigieuse variété de sites dont la nature semble avoir pris plaisir à doter ce pays privilégié. Quelle source de douces jouissances pour qui a la faculté d'user de ses jambes et qui sait apprécier les beautés de la campagne I
Aujourd'hui je suis monté à la Bergerie ; c'est ainsi qu'on appelle une colline qui domine le Haut-
Cambo , et qui emprunte son nom d'une bergerie entourée d'arbres , sous lesquels les promeneurs aiment à se reposer, après avoir gravi le sentier qui y conduit.
La Bergerie est ici un des premiers buts de promenade vers lequel se dirigent les buveurs d'eau après leur arrivée ; et ils ont raison. De ce point on jouit d'une vue véritablement ravissante : on a devant soi le Haut-Cambo qui éparpille ses blanches maisons sur le bord des coteaux au pied desquels serpente la Nive en baignant de ses flots argentés la riche plaine du Bas-Cambo. Sur la droite paraît l'établissement thermal avec ses grandes et belles allées d'arbres. D'un autre côté , le regard suit au loin le cours précipité de la rivière, qu'on dirait empressée d'arriver à Bayonne pour confondre ses eaux avec celles de l'Adour. On distingue un grand nombre de maisons et plusieurs clochers disséminés sur ses deux' rives; ce sont les villages de Halsou, de Larressore, de Jatsou, d'Ustaritz , de Villefranque avec leurs églises. Voilà le Séminaire de Larressore assis dans une position pittoresque sur le penchant d'un coteau , puis le château de Saint-Martin non moins heureusement situé , celui de Haïtze sur la hauteur d'Ustaritz ; la colline de Sainte-Barbe tout isolée et ombragée d'arbres; et, dans le lointain, le superbe bosquet qui s'élève derrière le château de M. Miguel d' Arcangues comme pour le protéger contre
le souffle des vents de l'hiver. En se tournant vers le midi, on voit un spectacle plus grandiose ; c'est la longue chaîne des Pyrénées , qui pousse ses cimes vers le ciel, et qui, se dentelant à l'horizon, affecte les silhouettes les plus bizarres.
Au retour de cette charmante promenade , j'ai relrouvé ma compagnie habituelle , dont je ne vous ai pas encore parlé. Elle se compose du chevalier de CiBuma, ancien capitaine d'état-major, et ^'un juge de paix des Landes, qui tous deux sont venus comme moi prendre les eaux de Cambo.
Ils ne m'ont précédé ici que de deux ou trois jours, et ils se trouvent logés dans la même maison que moi : ces deux circonstances m'ont aidé à établir, dès mon arrivée , des rapports avec eux, et je dois bien m'en féliciter.
Le chevalier de Cauna est un homme qui a fait la guerre pendant bon nombre d'années et qui porte plusieurs décorations. Il a beaucoup lu, beaucoup vu, beaucoup étudié, beaucoup observé; ce qui lui a donné une instruction à la fois solide et variée. Son langage a quelque chose de bref et d'incisif comme celui de la plupart des hommes de guerre. Ses manières sopt polies , son caractère franc et loyal, sa ponctualité toute militaire : c'est à la même heure que le chevalier de Cauna se couche chaque soir et se lève chaque matin ; à la même heure qu'il descend à l'établissement pour prendre son bain et ses eaux ; qu'il remonte pour déjeûner, qu'il fait ses autres repas, seslec-
tures, ses promenades. II serait bien aisé qœ le juge de paix , qu*il connaît beaucoup et miqud fl est affectionné, adoptât comme lui un genre de vie un peu régulier. Mais celui-ci n'est nullement ami de la discipline , et il ne le fut jamais » dit-il , pas même sur les bancs de l'école : c'est ce que je n'ai pas de peine à croire : car il me fait bien voir chaque jour que sa première règle est de n'en avoir aucune.
Le chevalier de Cauna fut malade il y a quelques années ; il vint à Cambo , y trouva la guérison, et se promit bien d'y revenir chaque automne passer un mois entier. Depuis , il n'a jamais failli à cette promesse qui est pour lui comme une sorte d'engagement d'honneur. (1)
Quant au juge de paix , c'est pour la première fois qu'il use des eaux minérales de Cambo.
Aimant passionnément la chasse, se livrant, pour satisfaire son goût , à des fatigues excessives , tantôt nageant dans des sueurs abondantes , tantôt marchant au milieu d'étangs et de marécages presque glacés à la poursuite du gibier , il a contracté des fièvres intermittentes dont il ne
(1) Le chevalier Xavier de Cauna retourna encore à Cambo Tannée suivante, mais ce fut pour la dernière fois. U mourut le 13 novembre 1854^ regretté de tous ceux qui le connurent , et ne laissant qu'une fille unique , mariée à M . le baron de Navailles .
tpeot plus se défaire. La médecine «t la pharma^ cie ont épuisé, pour l'en débarrasser, toutes les ressources dont elles disposent : mais les fièvres ont tenu toujours bon ; on dirait qu'elles s'opiriiàtrent à vouloir prendre racine dans le corps du malheureux juge de paix. En désespoir àe cause, il est venu demander aux eaux êe Cambo la guérison que la médecine et la pliarmacie réunies n'ont pu réussir à lui donner. Oe pauvre fiévreux ne s'est pourtant pas d'âbortf très-bien trouvé des eaux. En ayant parfaitement (figéré un premier verre, il avait cru qu'il en serait ainsi , lors màïie qu'il en boirait plusieurs coup sur coup ; et dès le second jouî» , sans consulter le médecin-inspectetir de l'ét^ blissement , il ingéra je ne sais quelle étonnante quantité d'eau minérale dans son estomac malade : de là une violente colique et des déchirements d'entrailles qui lui firent presque croire qu'il allait rendre l'àme. La leçon était rude : elle le fit tout d'abord pester pendant plusieurs jours contre les eaux de Cambo ; mais ielle a eu potùr résultât de le rendre plus prudent dans l'usa^ qu'il en doit faire , ce qui probablement am^era sa guérison.
Du reste, ce juge de paix est un homme d'esprit et qui paraît avoir fait de bonnes études littéraires ; sa conversation est pleine de vivacité gasconne et de saillies charmantes qui partent comme autant de fusées ; elle contraste singu-
lièrement avec la parole toujours élégante , toujours mêlée de sel attique, mais toujours un peu sérieuse, du chevalier de Cauna.
En finissant, je vous dirai, mon cher Théodore, que j'ai remarqué parmi les buveurs d'eau, un homme dont les allures et la physionomie m'ont beaucoup frappé : sans doute il est tout à fait étranger à ce pays ; car il ne paraît avoir ici ni ami, ni connaissance. Il peut avoir 50 à 55 ans; sa taille est élevée, son visage mâle, ses traits fortement dessinés; je le vois souvent seul et dans des endroits isolés se promener à pas lents avec un air tout rêveur. Je vous avoue que je serais curieux de le connaître et de savoir quelles sont les préoccupations dont il semble obsédé.
Vous me demandez, mon ami, s'il reste à Cambo aucun souvenir, aucune trace du séjour de la reine d'Espagne, Marie- Anne de Neubourg, Je ne doute pas qu'il ne s'en soit conservé ; j'aurai soin de m'en informer, puisque vous vous y intéressez ; et même je vous promets, s'il y a ' lieu, d'en faire la matière d'une prochaine lettre.
A demain, cher Théodore ; puisque mes épîtres ont le don de vous plaire, je vous en écrirai une qui vous rendra compte de ma première excursion hors du territoire de Cambo ; vous voyez bien que je tiens à vous être agréable et à me montrer toujours votre ami.
Jules.
LE PASDE-ROLAND.
Cambo, le 15 Septembre 1852.
Mon cher Théodore ,
J'ai jdonc fait l'excursion que je vous annonçais dans ma lettre d'hier. C'est du pied des montagnes que je reviens très-las, très-fatigué , et cependant enchanté de ma course. Je suis allé au Pas - de - Roland , à 4 kilomètres de distance de Cambo. Il fallait qu'elle fût bien profonde , l'impression produite par le neveu de Charlemagne, pour que son souvenir soit ainsi resté vivant dans toutes les Pyrénées. Un tel nom était fait pour m'inspirer le désir de visiter le lieu qui le porte. Aussi c'est vers ce point que j'ai dirigé mes premiers pas.
Après avoir quitté les sites si pittoresques qui abondent dans ce joli pays de Cambo , nous sommes arrivés au village d'Itsassou, où des paysages plus agrestes annoncent évidemment l'approche des montagnes. Bientôt nous avons pénétré dans un défilé fort étroit , où la Nive a creusé son lit entre deux monts escarpés. Un
méchant sentier, large seulement d'un à deux mètres et bordé d'un côté par la rivière et de l'autre par la montagne d'Atharry (1) conduit au Pas-de-Roland. Point d'autre chenrtn ; il faut nécessairement, pour y aboutir, marcher assez longtemps dans ce sentier inégal et pierreux , ayant sans cesse la Nive à ses pieds comme un gouffre béant, et, au-dessus de sa tête, des masses effrayantes de rochers qui semblent menacer le voyageur de leur chute prochaîne.
Durant l'hiver, la neige , en se fondant , s'infiltre dans les fissures des rochers , et en détache ))arfois d'énormes Wocs qui se précipitent avec fracas et encombrent la rivière de leurs débris. Il y a quelques années, un de ces accidents arriva un dimanche matin, au moment où les paysans et les pasteurs se rendaient à l'église dii village pour entendre la messe. Tout à coup, un quartier de roche d'une prodigieuse grosseur se sépare de sa base, fond avec impétuosité du haut de la montagne, passe entre deux groupes d'hommes et de femmes sans toucher personne , et , tombant dans la Nive , en fait bondir au loin les oïides frémissantes. Il n'y eut d'atteint qu'un vieux chêne, qui s'éfevait sur le bord même de la rivière. Les passants effrayés s'imaginaient qu'il devait être brisé ou déraciné par la violence
(l) Ce mot, en basque, signifie Porte de pierre.
du cboc. Mais Tarbre avsàt tenu bon ; il en fut <)uitte pour une large écorchure, dont il montre encore la cicatrice comme une preuve glorieuse de sa force et de sa résistance. Quant à nous, nous cfaemiaions lestes et joyeux dans Fétroit sentiar» 61 cependant nous ne pouvions nous empêcher de sentir de temps en temps un léger frisson parcourir nos membres, en considérant sur nos tètes ces rocs immenses, prêts en apparence à fon-* dre sur nous. Nous apercevions çà et là , parmi les< montagnes et les rochers, des brebis ou des chèvres qui broutaient Therbe tranquillemeiU; ,. et qui , paraissant suspendues dans le lointain^ nous rappelaient le fameux vers de Virgile :
Dmmsà pendere procul de rupe videbo.
Enfiif, après une marehe assez^ fatigante,, nousi nous trouvâmes en face d'une roche creusée ea, arceau que le célèbre paladin, pour donner passage à l'armée de Charlemagne, ouvrit , dit-on ^ avec la pointe de sa vaillante épée , ou „ selon d'autres., d'un coup de sa puissante botte. Vous me pardonnerez ,. mon cher Théodore , si je ne m'iarrête pas à discuter la valeur historique de» ces deux assertions différentes. C'était le Pas-de- Rpland. Cette espèce de brèche est le seul points dmis cette gorge prqfonde , qui permette, aux. habitants des deux côtés de la montagne d'ayoir entr'eux des communicatic»is. Mais , après qu'oa Va traversée» voilà que tout à coup les monta-
gnes s'éloignent , Thorizon s'élargit , le pays se découvre , et Ton aperçoit dans la campagne de blanches maisons dont Faspect réjouit la vue , quand on vient de quitter, comme nous, une nature âpre et sauvage. Là , ni les vertes pelouses, ni les sources fraîches, ni une hospitalité cordiale ne manquent aux visiteurs du Pas-de- Roland , qui ont pensé à se donner, au bout de leur excursion , les agréments d'un repas champêtre.
Si jamais vous venez , mon cher Théodore , à explorer les alentours de Cambo , je ne saurais trop vous engager à vous faire accompagner de Julien. Mais qu'est-ce que ce Julien? me demanderez- vous. Julien est tout ce que vous vou-» drez : barbier , cordonnier, peintre , sculpteur, musicien et au besoin laquais ou chef de cuisine, que sais-je? Mais surtout il est officieux, prévenant , toujouré prêt à tout et fort bon compagnon de route.
On m'a parlé d'une partie fine , exécutée , il y a deux mois, par une nombreuse société, qui est allée voir le Pas-de-RoIand. Les amateurs , au nombre de quinze , Français, Anglais, Espagnols, avaient placé comme guide l'excellent Julien, à leur têt^; et, déplus, ils l'avaient chargé de pourvoir aux apprêts d'un dîner, sur lequel ils comptaient pour renouveler leur forces épuisées par le trajet. Vous le voyez , il y allait de l'honneur de Julien ; aussi avait-il à cœur de justifier
la haute confiance dont il était investi. Il prévit tout, disposa tout d'avance, et il fit bien. A peine la joyeuse compagnie fut-elle arrivée au Pas* de-Roland et lui eut - elle accordé quelques regards d'admiration ou de curiosité , que les plus jieunes de ces étrangers commencent à crier famine, disant que la longueur du trajet , Tair de la montagne a profondément creusé leurs en* trailles. Mien les invite à le suivre dans la campagne , et voilà que tout à coup apparaît comme par enchantement un superbe festin , parfaitement ordonnancé , dont la vue fait pousser une exclamation de surprise et de joie à toute la bande. Le linge était d'une exquise propreté, lès mets abondants et bien préparés. Les voyageurs furent dans l'admiration , dans le ravissement/ Mais ce qui mit le comble à la gloire de Julien , c'est qu'il eut l'ingénieuse pensée, l'excellent goût de présenter à chacun des convives espagnols ou anglais un plat particulier préparé à la mode de leur pays.
En revenant du Pas-de-Roland , nous sommes entrés dans l'église d'itsassou, elle est assez grande et n'a rien de remarquable. Les habitants de ce village déployèrent pendant la Révolution française une grande énergie , pour résister au schisme qui se mit dans l'Église de France, et refusèrent de recevoir le curé intrus qu'on voulut leur imposer.
De l'église, nous montâmes au presbytère
BPur voir les ornements et vases sacrés , dont te ^lage dltsassou est d'autant plus fier qu*il les. ^it à la munificence d*jun de ses en&nts. L*homme généreux , qui Ta si richement doté , s'appelait Don Pedro Etchegaray. Jeune , dénué des biens de la fortune , mais plein de courage et d'éner* gie , il se confie à Dieu , s'embarque pour la ville de Cadix en Espagne , qui , depuis la mémorable découverte du Nouveau-Monde, voyait affluer dans son sein la plus grande partie des richesses de rinde et de TÂmérique, pour de là les répân^ dre dans le reste de l'Europe. il va chercher dmis mie contrée éloignée , inconnue , un bien-être que lui refuse le pays qui lui donna le jour. La Providence accuei]lit sans doute avec intérêt la prière du jeune homme pariant ainsi seul pour la* terre étrangère et lointaine. Après quelque»
années de bonne conduite et de travail assidu, il revient dans sa patrie posses3eur d'immenses ri-» cbesses. Reconnaissant envers le ciel qui l'avak protégé , Don Pedro Etchegaray s'empresse dor faire hommage à l'église de sa paroisse natale d'un calice , d'un ciboire, d'un ostensoir et d'une croix dont le travail , quoique beau , n'annonce, jput-étre pas un goût très - exercé , mais doal la matière est incontestablement d'un grand prix.
En 91. afin de soustraire ces objets vénérés et la rapacité des révolutionnaires , on les cachât ^i^Aeusemeut ; et le secret du lieu^ qui les re-
oelait, ne fat confié qu'à trois Eleheeojauns , ou proprii^ires de domaine, •
L'un d'eux vint à rtiourir bientôt après, et légua le précieux secret à son fils , Pierre Iharur, âgé . seulement de 18 ans. Celui-ci, malgré sa jeunesse , était digne d'une telle confiance , et il ne tarda pas d'avoir occasion de le prouver. En effet, une bande de brigands avait eu vent de ce qui s'était passé , et soupçonna, je ne sais sur qpels motifs , que le jeune Iharur pouvait bien être assez instruit de cette affaire, pour leur donner tous les renseignements désirables , afin de s'emparer des riches trésors de l'église d'Itsassou. Ils pénétrent pendant la nuit dans sa maison, sie .saisissent de sa personne, l'accablent de menaces et de coups , pour l'obliger à dévoiler son secret.
Ni les menaces, ni les mauvais traitements, ni: la vue des armes prêtes à lui ôter la vie, rieaa'ébranle Tintrépide jeuD[.e homme. Outrés de fureur, les brigands décident qu'on le fera passer psor le supplice du feu. Pendant qu'une partie de la bande se livre aux plus actives recherches', pour découvrir le trésor caché , l'auta^e s'occuper de recueillir du combustible , d'entretenir le feu „ de tenir les pied& de l'enfant plongés dans un. bjrasier ardent. Mais n'importe ;, malgré l'activité: dévorante de la flamme, Pierre Iharur reste ton-. jçurs mgiHpe de lui-même et de son secret. Un ib8taoi toutefois il frémil. en son cœur; c& fut'
quand ces bandits, cherchant partout, sondant partout, arrivèrent presque jusqu'à toucher de leurs mains sacrilèges la cachette qui dérobait à leurs yeux l'objet de leur convoitise. II ne se sentit soulagé que lorsqu'il les vit s'éloigner pour continuer ailleurs leurs investigations. Désespérant enfin de rien découvrir , les brigands prirent le parti de se retirer, et laissèrent le jeune et infortuné Iharur les pieds horriblement brûlés, mais toujours possesseur de son terrible secret.
Plus tard , lorsque des jours tranquilles vinrent luire sur la France , la croix, le calice, le ciboire et -l'ostensoir brillèrent de nouveau dans l'église d'Itsassou , aux yeux ravis des montagnards. La commune accorda une gratification au courageux Pierre Iharur pour son action généreuse, et la fabrique le nomma sacristain de l'église. C'est dans ces modestes fonctions qu'il a vécu jusqu'à un âge fort avancé ; il est mort le 30 octobre 1844, entouré de l'estime de ses concitoyens.
Depuis cette époque, les curieux qui vont au Pas-de-Roland se nourrir des souvenirs du fameux paladin, ne manquent guère d'aller voir aussi les beaux vases sacrés donnés à l'église d'Itsassou par la pieuse reconnaissance de Don Pedro Etchegaray, et conservés par l'héroïsme chrétien de Kerre Iharur.
Il est temps , mon cher Théodore , que je termine cette longue lettre. Je n'ai ici qu'un seul
regret , qui est d'être séparé de vous ; c'est vous dire que je suis toujours votre fidèle ami.
Jules.
N. B, Tsu, que d'autres écrivent xa, est une terminaison basque qui exprime une idée d'abondance , à peu près comme certains adjectifs français terminés en eux : Urtsu, aqueux ; urtteu, pluvieux ; harritm, pierreux, etc. Cette terminaison se rencontre dans plusieurs noms propres de lieu : Hcdtsu, Yatsu, Itsatsu ; Hartsu , pour Harritm, nom de maison ; Urtsuia, la montagne aqueuse. On écrit en français : Halsou , Jatsou , Itsatsou ou It8assou,etc. ïtsatsa et Fafsa appartiehneut à deux dia. lectes basques différents ; ils signifient tous les deux Vhoulque, plante dont on se sert pour faire des balais.