‹ Cambodge: Contes et légendesChapitre 27 sur 46 · LA STATUE VIVIFIÉE · texte numérisé non relu

LA STATUE VIVIFIÉE

Ce jugcmcnlcst dit conforme à la « marche dans la voie droite ».

Sot(i, — Ce conte correspond au cinquième ToiUi-Nàmeh « les (85) contes du Perroquet », recueil persan emprunté au recueil KAtiKci-it Suhasaptaii (les 70 contes du Perroquet). — Léon Fkkr.

NÉANG MONTÉA-VATDEY

Il y avait on co temps-là un homme nommé Thô- Soa-Mi qui avait une fille très jolie qui répondait au nom de néang Montéa-Vatdey '. Cette fille était si belle qu'on ne pouvait la comparer ii nulle autre fille du pays et qu'elle était désirée comme épouse [Far tous les jeunes gens qui la voyaient. Beaucoup d'entre eux étaient venus à la maison de son père la demander en mariage, maisThé-Soa-Mi avait toujours refusé de la marier.

Or, un jour, trois jeunes gens du pays, qui vivaient étudié la magie et qui étaient beaux de visage et de taille, se présentèrent successivement à Thé-Soa-Mi et lui demanderont la main de sa fille. L'un se nommait Vitia-Kessey, l'autre Vitia-Ruos-Santhor et le troisième Vitia-Sami\ Le père les repoussa tous les

* Néang ^ mademoiselle, mot qui précède celui des jeunes filles. Montèa-Vatdcji^ nom propre. — M. Aymonier, dans ses Textes hhmcrs (p. 45), donne à cette jeune fille le nom de Mandavati. Son père y est présenté comme un brahmane nommé Tinasvamey.

* La leçon donnée par M. Aymonier dit « trois brahmanes,

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Irois, parce qu'il craignait qu'en ac(*.ordant sa (ille à l'un d'eux, les deux autres, étant évincés, se ven- Ro;issenl de lui et employassent des maléfices pour le rendre malheureux, malade ou infirme.

NéaiiR Montéa-Vatdey s'altrisUiit et languissait. I^i r<\solution qu<' son pcrc avait prise de ne pas la donner en mariage ;i l'un des trois derniers jeunes liommos ((ui ravaient demandée la rendait malheureuse: elle pl(;urait nuit et jour. Kl le devint rapidement si IrislcMiu'elle ne put bientôt plus manger. Alors elle mourul.

Les trois magiriens cpii avaient demandé sa main furent 1res alleclés de cette mort, car ils aimaient épcrduement la pauvre iiéang Montéa-\'atdoy ; ils pensaient a elle nuit et jour. Vitia-K(*ssey rassembla ses os lui même et les enterra dans un endroit très ombragé de la forêt. Vitia-Ruos-Santlior vint à cet endroit pleurer celle qiill avait tant aimée. Vitia- Sami. inconsolable et malheureux, quitta son pays emportant avec lui le souvenir de la belle néang Montéa Vatdey. Il s'en fut chez le gourou Hut- Soa-Préam* pour le prier de l'instruire dans les sciences sacrées et profanes et de lui enseigner tout ce (pi'il savait lui-même. L'ayant trouvé à sa de-

joiineA, hoaiix et pleins de science : Vlrhara-Kesey, Viohara- Santor, Vicliara Svatnny.

* Iji traduction donnéo |)ar M. Ayinonier donne àoe gourou ^pior<*Hsour) le non] de liudliasva.

meure, il se mit à genoux devant lui, le salua et, les mains jointes, lui exposa sa demande ; le professeur accepta l'élève qui se présentait à lui et qui paraissait si triste et si désireux de s'instruire; il fit préparer une petite salle d'étude et tous les jours il vint lui donner les leçons et les conseils qui devaient faire do lui un savant et un homme verlncux. Quand Vitia-Ruos-Mi * eut appris de son professeur l'art de ressusciter les morts, il le salua et reprit la route de son pays. Dès son arrivée, il alla trouver ses deux anciens rivaux et leur dit :

— Venez avec moi, allons déterrer les os de néang Montéîi-Vatdey, car je connais les moyens de la rendre à la vie.

Les trois compagnons se rendirent à l'endroit où les 08 de la jeune fille avaient été enterrés et les exhumèrent. Alors Vilia-Uuos-Mi, utilisant toute sa science, leur ordonna de se couvrir de chair et de vivre : néang Montéa-Vatdey parut devant ses anciens prétendants plus belle et plus fraîche qu'elle n'avait jamais été. Les trois jeunes hommes sentirent croître en eux leur amour pour elle et subitement ils devinrent jalou:^ les uns des autres à cause de cette belle fille. Une grande discussion s'éleva entre eux.

— N'est-ce pas moi qui ai rassemblé les os de

* Cet étudUnt est nommé plus haut Vitia-Sami.

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néang Montéa-Vatdey? disait Vitia-Kessey. N'estce pas moi qui suis venu les enterrer dans cette forêt solitaire? N'ai-je pas fait pour elle ce que j'aurais fait i)our mon épouse? Vous voyez bien qu'elle doit être ma femme.

— N'ast-ce pas moi, disait Vitia-Santhor, qui suis venu nuit et jour garder sa tombe, me lamenter sur elle sans m'ccarter un long temps des os de néang Montéa-Vatdcyî No me suis-jo pas, dans cette circonstance et pendant longtemps, conduit comme un époux inconsolable? Vous voyez bien ([ue tous deux vous devez me laisser prendre cette jeune femme pour épouse.

— N'ai-jo point quitté mon pays après la mort de néiuig MonliMi-Vatdo.y, disait Vilia-Uuos-Mi, cmporUuit son souvtMiir dans mon cœur, pour aller bioii loin étudier les sciences cl apprendre à ressusciter les morts? Ne suis pas rev<*nn aprrs un long tenips et n*ai-je pas rendu & n&ing Montéa-Vatdey la vie (prdle avait ponluc ? No Tai-je pas rcssusciU'C? Vous voyoz bi«Mi (|Ui^ rrtte j«Mine lille doit 6ln; mon i»pouso chérie.

i\*\U* discussion dura longtemps, mais en vain, It's tniis amoureux no parvinronl point a s*rnUMulrr. Alors ils |)orlôn'nt leur dilTérond devant les jngos; oeux-ri, ayant examiné TalTaire, n'osrront |H)int la jw^ry ol pri«»ront lo roi de la jn^or lui m/'*nie oi de pitinniircM' la s<»nlon<-<\ pam» qu'uix* pareillo alTaire ét'iit **aiw pn'vé(l<»nt.

Le roi Maha-Khsatra-Thiréach ^ qui était un grand roi aimant la justice, écouta les paroles des trois rivaux^ rélléchit un instant et leur dit :

— Tous les trois vous avez bien mérité de cette femme : l'un de vous sera son mari, l'autre sera considéré comme son père et le troisième sera regardé comme son fils. Vitia-Santhor, vous qui avez gardé les os de néang Montéa-Vatdey, vous serez son mari; Vitia-Kessey, qui avez enterré ses os comme Teût fait un fils, vous serez considéré comme son fils; quant à vous, Vitia-Uuos~Mi, qui avez rendu la vie à cette jeune fille, vous avez fait ce qu'un père fait en donnant la vie k son enfant, c'est pourquoi vous serez son père.

Ce jugement a été rendu conformément & la « marche dans la voie droite ».

Note. — Celte liistoirc correspond à la deuxième des 25 du VUala. La jeune fille est appelée Mamldravaii (nom évidemment reproduit par te cambodgien) dans la version sanscrite, MaïUuundlati ou Madhainacuti dans la version liindoustanie, Sumiijâl dans la version tamoule. Le père se nomme Kesara dans les versions sanscrite et hîndoustanie Saichobiifuii dans la tamoule. Les trois amoureux sont appelés TricU*rama^ Bàmunay Muithusàdana dans la veraion hindoustanie. La version tamoule et la version sanscrite (qui en compte quatre au lieu de trois) ne donnent pas leurs noms. ^ Léon Fekr.

^ ICn pAli Institué niafta-hchairiya-aifhirati/a, le grand kcliatriya supérieur, c'ost-À-dire roi suzerain

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