‹ Cambodge: Contes et légendesChapitre 26 sur 46 · LA STATUE VIVIFIÉE · texte numérisé non relu

LA STATUE VIVIFIÉE

Il y avait une foisqimtre jeunes hoinmesr|iii étaient venus apprendre un métier ou étudier à Taksila- Malia-Nokor\ L'un y devint charpentier habile, le second sculpteur de génie, le troisième magicien, et le quatrième y apprit à ressusciter les morts . Comme ils avaient terminé leurs études, ils furent saluer leurs professeurs et se mirent en route ensemble pour regagner leur pîiys.

Or, un soir qu'ils avaient beaucoup marché et que la nuit était venue avant qu'ils aient pu atteindre le village ofi ils avaient espéré obtenir l'hospitalité, ils s'arrêtèrent dans une clairière, au milieu d'une foret [leuplôe de tigres d'une grande férocité.

Ne sachant que faire et s'ennuyant de n'avoir point de femme avec eux, ils résolurent d'en faire une à l'aide de leur science.

— Alors, disaient-ils, nous aurons une compagne

* Taxi la. — I-e« Textes /chmers de M. Aymonicr donnont (p. 45) ccUo variante entra kiaiicoiip d'Hiitrcs: a .... Ayant achevé leur instruction a Taksila, la grande ville.... »>

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et la route nous paraîtra moins longue, car nos journées seront plus gaies.

Le charpentier prit alors sa hache, chercha un bel arbre, rabattit, le coupa et l'é(|uarrit en forme de femme. Le sculpteur prit ses ciseaux, ses marteaux, et, dans ce tronc d'arbre cquarri que son compagnon lui avait remis, il tailla une très jolie statue de femme nue et bien ornée de tout ce qui caractérise une vraie femme. Le magicien, à Taide des formules secrètes qu'il avait npprisos, transforma cette stiitue en une jouno fille morte, d*uno beauté superbe, puis il rhabilla comme sont vôtues les jeunes (illcs de seize ans. (!elui qui savait ressusciter les morts s'approcha à son tour et. faisant usage de sa science, lui donna la vie. Alors la jeune fille se mit h marcher, h parler et i\ rire comme si elle était venue au monde de la môme manière que toutes les autres jeunes filles.

ÏÂi bonne entente qui jusqu'alors avait existé entre les quatre jeunes hommes disparut, car chacun d'eux prétendait que cette jeune fille devait lui appartenir etdi.saitson intention formelle de la prendre pour épouse. Une grande discu.ssion s'éleva alors entre eux.

— Vous n'auriez, rien pu faire si je n'avais abattu un arbre et si je n'avais préparé le bois qu'il vous fallait pour faire celte femme, disait le charpentier.

— Qu'auriez-vous fait d'un morceau de bois si je ne Tavats sculpté? disait le sculpteur.

— Votre statue serait encore un morceau de bois sculpté si je n'avais transformé ce bois en chair, en sang, en os et en tout ce qu'il faut à une femme, disait le magicien.

— Eh ! qu'auricz-vous fait d'une fillo morte si je no lui avais donné la vie ot avec la vio la parole, le mouvement, la vue, Toulo, l'odorat et tant d'autres choses encore ? disait celui qui l'avait animée.

Mais les jeunes hommes ne parvenaient pas à s'entendre, parce qu'aucun d'eux ne consentait à abandonner sas prétentions. Ils portèrent leur différend au tribunal des juges royaux, mais les juges se trouvant en face d'une affaire aussi extraordinaire n'osèrent pas la juger, et la soumirent au roi.

Le roi, ayant écouté les quatre jeunes gens et après avoir bien réfléchi aux choses qu'ils lui avaient dites, aux détails qu'ils lui avaient donnés, leur dit, alors qu'ils se tenaient prosternés devant lui :

— Que celui qui a coupé l'arbre et l'a équarri en forme de femme soit la mère de celte femme, parce qu'il l'a façonnée; que celui quia modelé cette statue dans tous ses détails, l'a ornée des choses qui caractérisent la femme, la prenne pour épouse; que celui qui a transformé la statue de bois en une femme de de chair, de sang et d'os sans vie et qui l'a habillée, soit son frère, parce qu'il a fait pour elle ce que son frère eût fait; que celui qui a donné la vie à cette femme morte soit son père.

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