LE COMBAT DU BUFFKK ET DU BUFPLON
AToir longuement rcllochi, docidèrent en secret ce qu'il y avait à faire, puis le conseil fut terminé.
Le roi des Msilaburs était Ircs heureux. Il fit faire des cornes très pointues à son petit bufUon qui avait ti*ois mois, et on les lui allaclm sur la tA(e avec des hinicrcs de cuir très solides qui enserraient la tclc depuis le cou jusqu'au no/. Puis il fît éloigner dosa mère le politbunion, afni qu'il ne pût la lélcrau cours dos trois dnrnicrs jours, et le renfermadans un enclos éloigné, afin qu*il ne piH pas môme entrevoir les grands huflles.
I^ scptiome jour était le jour convenu pour le combat. Le roi de Java amena son grand buffle sur le champ du combat et le roi des Malabars fit amener son petit bufHon :
— Que me donnerez- vous, dit le roi de Java au roi des Malabars, si mon grand buffle bat votre petit bufllon?
— Si votre grand buffle bat mon petit bufllon^ ré|>ondit le roi de Tacon-Rî\pis. je vous donnerai la moitié de mon royaume. Mais si mon |>etit bufllon bat votre grand et terrible buffle,que me donnercz-vous?
— Si mon grand buffle est vaincu par votre poXii bufflon, dit le roi de Java, je ne vous donnerai rien, mais je m*engagc a m'habiller avec des vêtements de femme et h ne plus jamais les quitter.
— J'arreptn. dit le n)i des Malabars.
Kl le grand et terrible buffle fut um en présence du |)etit bufllon, ])uis on les lAcha tous les deux.
300 GONTBS MALAIS
Aussitôt quo le petit luifllon vit le gniiul btifOc, il marcha vers lui, et comme il avait faimei(|iril le prenait pour une femelle, il passa sa t43te sous son ventre, afm de saisir les mamelles qu'il crf>yaity trouver. Ne les trouvant pas, comme pour les faire sorlir et (MHume fout les huilions et li)s vtuuix, il se prit à donner diss cou|)s de l^Je si vigoun^ux dans le ventre du grand huflle (pril 1 eventra avec les petiU^s cornes très aiguës <|ue le roi lui avait fait allacher sur le front.
C'est ainsi que le|)etithufllon tlu roi dtis Malahars hattit le grand et terrihie hudie du roi de Java.
C'est depuis cette victoire que les rois de Java s'hahillent connue les femmes et ne portent plus des vêtements d'hommes.
C'est aussi depuis cette victoire du petit hufllon que les Malabars ont donné à Tacon-Bâ|)is le nom de Manang-Cabao. c'est-à-dire royaume du HudIe vaincu.
AHHIVKK DKS MALAIS A KOMPOT'
Il y uvait, d.an.s rilc do Sumatra, un raja très riclio cl ttvs puissant (|iii avait trois fils, mais, comme il voulait oncoi'o ati^monh^r sa fortune ol sa puissance, il remit 1,(HK) larls d'or ol une jcmciuo à rliacun de s«\s deux preiuiers (ils. et il les envoya faire du rx)mmerre aver les peuples voisins. A Toc Tao, son troisiomo fils, (pli n'était pas mariô , il remit aussi l,fHK) ta«'»ls d'or et une jonipie, mais il l'envoya, par In monde, rlirrelirr nno feninu* fpii fi'kt l4dle (pie l(^ liora (l'astroInt^Min) du palais avait dit ipr^'llc devait ('Ire. ri'lli» r<Mnmo d(»vait rti(^ hclle et V(»rtueus(\ rire sans montn^r ses diMils ri avoir une la(*lie retire an er(*nx tl«* (*ha(pi<« main.
'rtM*-Tao partit et visiUi sm-ressi veinent, maisen vain. toiN )«N pays soumis au\ Malais, aux Annamit4»setan\ (liinois. (jiiand il arriva au ( amlnMl^'e, dans la province de Kompon^-Som *, il (il;iit d('*S(*S'
* UfN-ui'iHi \ l\oiii|»ol iMi IHXt^ct lr.i<lnilMtiruti riVili'*<^rit par nii M:il:iiM «II- Irox -r.i {'l'rrt/ Ctt^ |Mii<miti \U\ \\** ilti |)oiMHon>.
* IVo\iiif*«* in:iri(ttii<* «lu (^iiiiImmIi^o. ^îIik'C niu Io goUc «le Siaiii.
30â CONTES MALAIS
péré et ne savait plus vers quelle côte diriger sa jonque, lorsqu'un jour, étant chez un riche Chinois, il vit arriver un Cambodgien et une jeune lillo tn^s i)olle. Co C*aunl)udgioii devait au Ciiiuois une assez grosse somme, 30 pièces d'argent valant chacune 10 ligatures, et, comme il ne()ouvait payer celte somme à Téchéance convenue, il venait engager sa fille et demander un nouveau délai. Le Chinois accorda le délai, mit la fille au nombre de ses esclaves et lei^ôre partit pour rejoindre sa femme et ses autres enfants.
Toc-Tao, très triste, ayant considéré la jeune et belle nile, se sentait attirer vers elle par Tamour qui s'allumait en son cœur. Alors il la regarda plusieurs jours de suite, no pouvant pas retirer les yeux de sur elle, sans pouvoir s'éloigner de la maison du Chinois, son maître. Il reconnut alors que non seulement la jeune esclave étiiit belle, mais qu'elle était vertueuse, qu'elle ne riait jamais aux éclats et qu'elle souriait sans montrer ses dents.
— Montrez-moi vos mains, lui dit-il un jour.
— Voilà, dit la jeune fille eu souriant.
Au creux de chaque main, il y avait une toute petite tache rouge. Le fils du raja de Sumatra sentit son cœur batlre très fort dans sa poitrine^ mais, ayant salué l'esclave cambodgienne avec un grand trouble, il .se retira sans rien lui dire.
— Voilà, pensait-il, en s'éloiguant de la maison du Chinois, lu rcnime (|ue je cherche et qui doit.
AHRIVf^B DES MALAIS A KOMPOT 303
conforniémont aux prescriptions du liora do mon |K5ro, dovenir mon opoiisc.
Aynnl l>oaucoup sont^c a la belle esclave toute la nuit, sans pouvoir fermer les yeux un seul instant, Toc-Tao revint chez le riche Chinois le lendemain et lui oiTritde lui acheter la jeune fille.
— Je ne puis pas vous la vendre sans le consenteuKMit de son père, qui Ta mise en gage chez moi. Aile/, le voir» il demouro au village do Trapéang-Tlioni-Tao. S'il consent, je vous vendrai la fille.
Cependant, comme on était à la fôto dos Don-ta (ou C/ifts-tuni, ancùfn^s), la belle esclave avait obtenu un congé de son maître et était partie de très bon matin pour le village de Trapéaiig-Thom-Tao. Le jeune homme résolut de la rejoindre chez son |)èrc et de demander de suite à celui-ci la main de sa lille. I«i* ("hinois lui prêta une voituro et dos Uuufs, et il partit immc'Hliatomont.
l^s parfaits de la belle esclave le reçurent avec une grande politesse et, connaissant s<m hist4)ire, la déclaration de l'hora et la cause de .son voyage, lui accordèrent la main de leur lille. Olle-ci remercia humblrnicnlses |>arents et donna son consentement. Alors 'r<K! Tao. devonn très heureux, retourna chez le (*hinois, lui rendit s^i voiture et ses Uuufs courems i»| lui mnlxiurssi h» prix deTosclave.
Il ennnena la jeune lille dans sa jonque et ré|K)UKa û la mode malaise.
Comme il avait promis <iux parents de sa belle épouse do ne pas quitter le Cambodge, il bâtit nno maison au village de Pi-Pclictlo* et s'y établit commerçant.
Ayant appris, Tannée suivante, qu'un Malais de son pays habitait le village de Clirouy (du cap, do la pointe) dans la torro do Tréang, il s'iunbarqua sur sa jonque do mer, visita son compalriolv. et aborda îï Kompot.
Le pays lui parut beau, notablement plus joli et plus riche que la province de Kompong-Som, et il résolut de s'y établir. 11 alla trouver l'ocnhaVongsa- Sa-Tron, et ce dignitaire lui donna le terrain qu'il demandait, en face du village de Kompong-Krang. sur la rive droite de la grande rivière de Kompot. Il demeura la encore deux ans.
Trey-Ca (Ile du poisstm) éUiit alors toute convertie de brousse; il forum le proj(ît de la défricher et de s'y installer déHnitivement. Il alla de nouveau trouver l'ocnha Vongsa-Sa-Tron, mais cette fois-ci letlignitaire repoussa la demande <|ue Toc-Tao lui faisaiit.
— Je n'ose pas, lui dit-il, vous concéder un aiussi vaste territoire (environ 15 kilomètres carrés), mais je dois prochainement aller boire l'eau du serment*
* ViUagc situé dans la provinco de Koinpong*Som, sur lu prec (rivière) l^i-Péhette.
' Voy. daiiH mes Jiachvrv/ws sur it* droil fmbdc des Cambodyicns, co qae j'ai dit du l'«)aii du seruiont.