LE MARCHAND ET LES TROIS PASSAGERS
perdues par leur faute, mais les trois passagers se récrièrenl et tentèrent de rejeter l'un sur l'auti'e toute la responsabilité de l'accident. Aucun d'eus ne voulait payer.
— C'est celui qui a dansé qui doit payer, disait le musicien, parce que s'il n'avait pas dansé le bateau n'aurait pas chaviré.
-Je n'aurais pas dansé, disait le danseur, siceluii n'avait pas battu des mains; c'est lui qui a causé ^'accident, parce que battre des mains, chacun sait ^ela, c'est inviter à la danse. Qu'il paye I
- Je n'aurais pas battu des mains, disait l'accom- £ur, si celui-ci n'avait pas joué de la musique.
l'Vous savez bien que le sadieu doit toujours être laccorapagné avec les mains. C'est donc le musicien I qui est la cause première de l'accident et qui doit |;payer vos marchandises.
Mais le musicien ne l'entendait pas ainsi :
- Que celui qui a fait remuer le bateau en dan- |49ant et que celui qui a battu des mains pour in-
Iviter à danser, payent, ce sera juste. Quanta moi, ■•qui n'ai pas fait remuer le bateau, je n'ai rien à payer.
La discussion n'aurait pas pris fin si le commerçant, las de les entendre.se disputer, n'avait été porter plainte contre eux aux juges et réclamer des dommages-intérêts. Le roi ayant été mis au courant de cett« affaire, voulut la juger. Le plaignant et les trois s cités furent amenés en leur présence. Il les
A. LbclArb, Lut, camiiody. 12
interrogea avec soin, puis ayant réfléchi quelques instants, il dit aux trois hommes :
— Vous êtes responsables tous les trois, mais à des degrés différents: celui qui a joué de la musique est la cause première de l'accident, il payera un cinquième de la valeurdes marchandises perdues ; celui qui a battu des mains et qui par conséquent s'est fait l'accompagnateur et le complice du premier, payera un cinquième; quant à celui qui a dansé et fait chavirer le bateau, sa culpabilité est plus grande, il payera trois cinquièmes de la valeur des marchandises perdues'.
Les trois hommes et le plaignant se retirèrent très satisfaits de ce jugement qui est dit avoir été rendu conformément à la n marche dans la voie droite ».
' Le verdict royal est, dana lea Textes khmers de M. Aymonier, remplacé par cette leçon : w Le roi décida que la valeur des marchandises serait partagée. Le muaicien payerait une part, l'accompagaateur deux et le danseur trois. ■
Il y avait une fois uq homme i-iclie qui avait trois fils : les deux aînés étaient déjà mariés et établis chacun dans une maison qu'ils avaient fait construire; le dernier fils demeurait avec son père et lui donnait ses soins.
Or il arriva que le père tomba malade, fut soigné par le tils qui demeurait avec lui et mourut. Les deux aînés, ayant appris que leur père était mort, accoururent et procédèrent avec leur petit frère â l'incinération. La cérémonie du leuk-knioch' terminée, les trois frères se disputèrent, car chacun prétendait que tous les biens de leur père devaient lui revenir. Ne pouvant se mettre d'accord, ils furent trouver les juges et les juges les conduisirent au roi afin que leur dilîérend fût jugé par lui. Le roi écouta leurs réclamations avec soin, réfléchit un instant et leur dit :
— Vous autres, les aînés qui avez pris femme jet qui avez été vous établir dans des maisons parti-
culières, vous prendrez chacun une partie des biens que votre père a laissés et votre frère jeune, qui Ta soigné pendant sa maladie et qui demeurait avec lui, aura deux parties de ces mômes biens.
Ce jugement est dit avoir été rendu conformément à la « marche dans la voie droite » .