L'A M RIT A
La victoire est proche, Rama armé de son arc merveilleux que lui a donné Siva transperce son ennemi de ses flèches. Laprincesse Sitaest enfin délivrée. Celte légende compliquée et fantastique est retracée à grands traits sur les murailles de ces galeries ; si nous nous dirigeons vers celles de l'est, nous voyons d'autres sujets non moins intéressants. Celui qui frappe le plus est sculpté sur la galerie est, côté droit du plan. C'est le barattement de la mer de lait exécuté par les Dieux Souras et les démons Asouras.
La scène se passe au-dessus de la mer dont les eaux transparentes sont remplies de poissons de toutes les espèces et de monstres marins. Au centre du longpanneau sculpté, se trouve le mont Mérou, l'axe du monde, soutenu au-dessus des eaux par une tortue colossale, une des incarnations de Vishnou.
L'immense corps du roi des serpents, le Naga Vasouki ou Ananta, est enroulé autour du mont Mérou et s'allonge, soutenu du côté de sa tète à faces multiples par les Souras et du côté de la queue par les Asouras. Le Naga Vasouki a consenti pour la circonstance à faire de son corps un câble gigantesque que les Dieux et Démons tirent en sens contraire et en cadence. Ils obéissent à la divinité, peut-être Vishnou, que l'on voit placé sur la carapace de la tortue. Au commandement solennel le mouvement fatal est produit, le mont Mérou tourne et la mer de lait barattée produit l'Amrita, la liqueur de l'immortalité.
Des Dieux supérieurs prennent part à cette opération divine, on les reconnaît parmi les nombreux travailleurs célestes ou infernaux qui se sont alliés pour achever cette grande oeuvre.
Brahma avec ses plusieurs visages, Siva, sont du côté de la tète du roi serpent, tandis que Hanuman, le singe demi-Dieu, ou Sugriva, le roi des Simiens, sont occupés à tenir l'extrémité de sa queue. Les parties supérieures de ce bas-relief sont remplies par des Tévadas et Apsaras groupées en foule compacte et formant des nuages merveilleux. Elles élèvent leur bras au-dessus de leur tête et soutiennent clans leurs mains de longs serpents qu'elles semblent balancer par des mouvements
Brahma sur son char de guerre.
(Fragment des bas-reliefs de Angkor-Vat.
58 LES CHAHS
gracieux. Toutes expriment une joie sereine et pure, c'est la béatitude permise seulement à des. divinités du paradis, elles célèbrent enfin la réussite de l'opération surnaturelle de l'Amrita.
Je dois m'arrêter ici clans la description des bas-reliefs de Angkor. Il y aurait bien d'autres scènes à décrire, car toutes sont intéressantes. Si leur exécution est quelquefois naïve, les compositions en général sont vraiment extraordinaires, pleines de mouvement et d'une fantaisie inépuisable. Les détails ne sont pas moins curieux et méritent une longue attention. Les costumes des guerriers, les armes employées par les mortels et les dieux, les palais splendides et les forêts enchantées du paradis ne peuvent lasser les regards. Parmi les nombreux chars et les attelages de chevaux, de bœufs, etc., figurés clans les bas-reliefs, on remarque la perfection avec laquelle les roues sont représentées. Elles montrent qu'à cette époque il y avait une fabrication très variée. Les roues semblent être en bois ou en fer et bois, quelquefois même en fer uniquement. Les Khmers avaient donc une grande habileté dans l'art du charronnage et surtout, sans doute, un outillage très perfectionné. Les chariots des bas-reliefs sont souvent aussi l'exacte image de ceux qui sont en usage aujourd'hui au Cambodge. Un timon allongé et recourbé en forme d'arc, un siège minuscule pour le cocher, les ornements sculptés pour les diverses pièces principales, on remarque tout cela clans les voitures de luxe actuelles. Sur la gravure (page 57), il est facile de reconnaître le Dieu Brahma ou Prôhm à la vue de ses quatre tètes couronnées d'une tiare. Il possède une quantité de bras, ses mains tiennent toutes des épées, son genou de gauche est plié, tandis que celui de droite s'appuie sur la petite plateforme d'un char léger dont les roues, aux fins rayons, semblent être métalliques.
Le cheval, curieusement harnaché, galopant au travers de la foule des combattants, est conduit par une divinité qui se tient debout sur sa selle à la manière de nos écuyers d'hippodrome.
Après la longue contemplation des bas-reliefs de cette galerie unique au monde, dont le développement complet n'a pas loin de sept cents mètres, revenu vers l'axe principal de l'édifice, on pénètre sous des portiques superbes supportant des voûtes en ogive ; leur plan est en forme de croix, quatre bassins ou Sras en accentuent le dessin, leurs eaux limpides reflétant les pilastres et les corniches sculptés les font paraître encore plus riches et plus élégantes clans leurs proportions. (Voy. en P, sur le plan.)
Les bonzes ont déposé sous une partie de ces portiques (voy. plan, en E) tous les fragments de sculptures, stèles, débris de statues qu'ils ont pu recueillir
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