‹ Cambodge et JavaChapitre 53 sur 98 · ARRIVEE AUX RUINES · texte numérisé non relu

ARRIVEE AUX RUINES

œuvre. Le souvenir de cet artiste qui passait pour être d'ailleurs l'incarnation du dieu Visvacarma, est resté populaire au Cambodge.

Plan d'ensemble des ruines de Beng-Méaléa (Cambodge). (Relevé sur place.)

Le plan de Beng-Méaléa est conçu dans des proportions plus grandioses que celui de Banh-Yong, mais sacomposition est moins compliquée (voy. plan, ci-dessus).

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Les principales entrées sont orientées comme celles de ce dernier vers l'est; sa première enceinte était accompagnée de tours reliées par une double rangée de portiques. Les tours, motifs milieux de chaque façade, s'élevaient graduellement comme à Banh-Yong en même temps que le soubassement, mais ici les changements dans les niveaux sont de peu d'importance. Au lieu de s'élever à la hauteur d'un étage, il n'y a que quelques marches de différence. Il est donc permis de dire que tous les édifices qui composent Beng-Méaléa n'ont qu'un rez-de-chaussée élevé sur un haut soubassement. Les quatre tours d'angles de la première enceinte sont surmontées d'un dôme étage qui rappelle ceux de Angkor-Vat. L'axe principal de l'édifice, sur les faces orientées au nord et au midi, n'occupe pas le milieu du rectangle, il est reporté plus près de la partie ouest de l'édifice.

Dans les plans de Banh-Yong, de Angkor-Vat, et en général dans presque toutes les ruines, on remarque cette disposition curieuse sans pouvoir en expliquer la raison.

Les tours qui marquent les grands axes sont couronnées d'un dôme sur les faces orientées au sud, au nord et à l'ouest, tandis que sur la face de l'est les trois tours du milieu seules en possèdent. On n'en voitplus ensuite dans tout le reste de l'édifice. Il y avait exception sans doute pour le sanctuaire central ; mais par suite de son écroulement complet dont nous donnons l'aspect (planche XIX, page 71) vu du point D (voy. plan, page 84), il est impossible de connaître son importance, ni les différents ornements qui pouvaient l'embellir ; c'est un effondrement complet, véritable chaos de pierres écroulées. Il faudrait déblayer ces décombres, on retrouverait alors les fondations du monument. Les murs des vestibules qui lui servaient d'entrée sont restés debout et m'ont permis de tracer le plan, mais toutes les voûtes sont tombées. La tour centrale de l'entrée principale (côté Est), précédée de ses vestibules, donne accès à une série de magnifiques salles partout ajourées ayant la forme d'une croix, tandis que les tours secondaires nous font pénétrer dans les galeries latérales où les voûtes sont soutenues d'un côté par un mur plein, de l'autre par une double rangée de pilastres. Ces galeries nous conduisent directement vers les entrées de la deuxième enceinte.

Les salles en croix (voy. plan en C, page 84) ont leur voûte soutenue par une double rangée de légers pilastres carrés entre lesquels le spectateur peut, de quelque côté qu'il veuille se tourner, jouir de la vue des étangs sacrés et de la perspective idéale des portiques sculptés qui leur servent de cadre. Les pilastres qui bordent les bassins sont moins élevés que les autres. Une sorte de jambe de force qui prend naissance sous chacun de leur chapiteau va s'assembler, à la

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manière d'une pièce de charpente, dans le pilastre intérieur qui lui fait face. Les deux pilastres sont ainsi reliés entre eux; le plus fort portant la voûte principale, tandis que celui du dehors soutenant une demi-voûte, fait aussi l'office de contre-fort. Cette disposition particulière sera mieux comprise si l'on regarde la planche XX (page 75), qui donne l'aspect de la salle du centre vue du point B marqué sur le plan (voy. page 84). Partout, parmi les ruines, on retrouve ce curieux arrangement; on le remarque dans les pilastres des palais P et V, dans ceux des doubles portiques et des petites colonnades placées contre les murailles des vestibules qui relient les tours entre elles dans la première enceinte, etc. Ces salles centrales ainsi que les galeries latérales sont posées sur un soubassement élevé, supporté par une série de colonncttes analogues à celles qui portent le tablier du pont (voy planche XXII, page 89). Elles forment un décor éblouissant dont tous les détails se reflètent dans les eaux illuminées par les feux du jour.

En poursuivant notre route, nous entrons dans les galeries voûtées de la deuxième enceinte qui donne accès à une troisième enceinte plus resserrée. Leurs pavillons d'angles ornés de fausses portes de pierre sont à peu près tous semblables; il en est de même pour les pavillons des milieux qui communiquent entre eux par des ponts surmontés de portiques. Ces galeries ne reçoivent de lumière, comme on le voit sur le plan, que d'un seul côté. Celle de la deuxième enceinte prend jour sur les vastes bassins de la première enceinte, celle de la troisième enceinte ne s'éclaire que du côté de la cour intérieure où est enfermé le Préa-Sat principal avec ses dépendances.

J'ai pris, du point E (voy. le plan), la vue d'une partie de cette troisième galerie. Elle donne l'aspect des fenêtres ornées de hauts balustres sculptés destinés à adoucir à l'intérieur l'ardeur des rayons du soleil (voy. planche XXI, page 81).

De cette disposition générale pour les galeries, il résulte que l'étroit canal situé entre elles reste presque complètement enfermé. Il ne sert qu'à séparer les deux enceintes qui ne peuvent avoir de points de communications que par les trois ponts situés sur les faces sud, ouest, nord et les trois petites galeries orientées à l'est. Les grands bassins qui séparent la première enceinte de la deuxième ont, du côté nord et sud, de hautes chaussées de pierres surmontées de magnifiques salles ornées intérieurement de colonnades. A l'ouest, c'est un pont porté par des colonnettes (voy. planche XXII, page 89). Il forme aujourd'hui avec les arbres et les lianes qui l'entourent un décor merveilleux. La vue en est prise du point X(voy. pi., page 84). La coupe et le plan détaillés sont indiqués page 87.

BENG-MEALEA

Revenons vers le côté du plan orienté au midi. Nous voyons, enserrés par d'étroits canaux, les emplacements des deux palais qui servaient, dit-on, à la mère du roi Préa-Ket-Méaléa. Le premier palais est composé d'une superbe salle légèrement élevée de quelques marches. Sa forme, en croix, est accusée par quatre cours intérieures qui, selon toutes apparences, devaient certainement être garanties des rayons du soleil par des nattes ou des étoffes fixées au-dessus de la corniche à la manière du vélum des anciens Romains. Nous donnons (planche XX1I1, page 93), une vue de la galerie d'entrée de cette salle magnifique. Elle est prise du point A (voy. plan, page 84). Le deuxième palais (voy. en V sur le plan), qui pouvait communiquer au premier par les passages construits au-dessus des

CoUPE DU TONT SITUÉ SUR LA FACE OUEST A BeNG-MÉALÉA

(Relevé sur place.)

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Plan du pont situe sur la face ouest a Beng-Méaléa

(Relevé sur place.)

canaux, était moins important. Il possède aussi une belle salle centrale ornée d'une colonnade destinée à porter la voûte. Cette salle prenait jour sur deux cours de forme allongée et se trouvait sur un sol élevé de quelques marches, au-dessus de celui de la galerie qui l'entourait.

Tous ces palais et longues galeries étaient séparés par des canaux ou par de larges bassins, mais les soubassements sur lesquels ils étaient édiiiés avaient une largeur suffisante pour former un chemin de ronde autour de chacun d'eux. Les pèlerins allant faire leurs dévotions dans le Préa-Sat central où les nombreux visiteurs de ces lieux enchanteurs avaient ainsi, outre les galeries où ils trouvaient un abri contre le soleil, des salles de repos et des promenades à ciel ouvert. Après les belles salles placées en C, C, les endroits les plus charmants devaient être les deux jolis palais situés en R (voy. plan) au milieu des eaux. On y arrivait par deux ponts semblables à celui que j'ai relevé sur la face orientée à l'ouest (voy. planche XXII, page 89), ou par d'élégantes barques de plaisance qui remplissaient sans doute les grandes pièces d'eau de ce séjour favori de la mère

BENG-MEALEA

du grand roi. De ces palais, chacun pouvait contempler les admirables perspectives de l'édifice, tout en jouissant de la fraîcheur des eaux et des senteurs embaumées des lotus.

A Beng-Méaléa, les regards s'arrêtent partout sur les sculptures des portes, des fenêtres ainsi que sur celles des portiques. Elles sont aussi parfaites que celles qu'on admire à Angkor-Vat. L'art Kbmer, pendant la durée de la dynastie de Préa-Ket-Méaléa, était arrivé au plus haut point de sa perfection. Les architectes savaient donner à toutes les parties de leurs monuments des proportions d'une élégance incomparable. Aujourd'hui les ruines ne sont plus habitées que par une quantité de chauves-souris, il y en a des légions. Elles dorment pendant le jour et s'envolent toutes ensemble dès qu'elles entendent le moindre bruit. Le sol dallé des galeries, le séjour préféré des nombreuses générations de chéiroptères qui s'y sont succédé depuis des siècles, est entièrement caché par les détritus qu'elles ont formées. Une odeur d'ammoniaque piquante s'en dégage le plus souvent. Mes hommes s'amusaient à tuer les plus grosses chauves-souris d'un coup de pierre adroitement lancée; ils les dépouillaient pour les faire cuire dans leur riz et prétendaient que ce mets ainsi préparé était savoureux. Beng-Méaléa est aussi habité par de nombreux singes. Leurs cris et les gambades aériennes qu'ils exécutent dans les hautes branches des arbres, animent ces magnifiques solitudes.

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