LES HUTTES DE KOMBOA
qu'ils ont péché dans la rivière de Chikreng, un concombre de leurs jardins et des torches en feuilles de palmier. Pour les payer de retour j'eus toutes les peines du monde, aucun d'eux ne voulait accepter de l'argent. J'avais heureusement quelques pièces de dix sous presque neuves qu'on voulut bien me laisser donner aux petits enfants. Ces pièces d'argent seront percées et portées par eux en guise de collier.
La forêt devient de plus en plus épaisse et magnifique, aux alentours de Beng- Méaléa ; les aperçus, tout le long de la route, en sont merveilleux, ils nous font oublier les cahots et les autres misères pittoresques du voyage. Nous atteignons enfin Beng-Méaléa. Je désirais camper au milieu des ruines, dans une partie encore voûtée de l'ancien palais, mais ni mes mandarins ni mes hommes ne veulent consentir à mon désir. Passer quelques nuits dans ce séjour leur paraît chose impossible, la superstition l'emporte sur tous mes raisonnements. La crainte de la colère des dieux et des serpents, le mystère réel qui règne dans ces ruines admirables, agissent étrangement sur le moral des Cambodgiens. Un de mes mandarins me dit qu'il préférerait avoir la tête tranchée plutôt que de passer une seule nuit dans ces lieux qu'il considère comme sacrés. Il fallut se rendre à toutes ces considérations; on m'installa à quelque distance des ruines sous un superbe acacia séculaire et tous les jours, vêtu comme mes hommes d'un simple sampote et d'une veste blanche, je traversais aisément les marécages pleins de lotus. Arrivé sur la terre ferme, je n'avais qu'à me couvrir d'un sampote de rechange et à mettre des souliers. J'allais ainsi visiter Beng-Méaléa, conduit par mes guides qui m'aidaient à en relever les plans.
Nous avons vu dans les annales Khmères, que le dieu Visvacarma, l'architecte du ciel, ayant terminé le Préa-Sat destiné à loger le roi Préa-Kct-Méaléa, avait dû, pour obéir aux ordres du dieu Indra, en composer un deuxième orné de tours et de nombreux bassins. Le manuscrit antique du deuxième chef du clergé au Cambodge mentionne aussi ce fait, mais ce n'est plus Visvacarma ou mieux Préa-Pusnucca pour les Khmers, l'architecte qui construisit le palais de Beng-Méaléa après avoir terminé celui de Angkor-Vat. On y trouve que l'exécution de ce travail a été confiée à un artiste de génie, nommé Chet-Cuma.
Le roi Préa-Ket-Méaléa, voulant honorer sa mère, lui fit faire un magnifique palais qui devint son séjour favori. Il ordonna en conséquence à son architecte Ghet-Cuma de commencer les travaux et fit aussitôt placer sous ses ordres cinq cents inspecteurs ayant chacun cent ouvriers à diriger. Chet-Cuma avait donc, s'il faut en croire le manuscrit, cinquante mille hommes pour exécuter son