CHAPITRE X
RUINES DE PRAMBANAM. — TJAND1 LORO DJONGGRANG. LE SANCTUAIRE VOUÉ A SIVA. —
LES STATUES DES DIEUX. LES TEMPLES SECONDAIRES. NÉCROPOLE JAVANAISE. TJANDI
SEWOE OU LES MILLE TEMPLES. — SOLO. — SOUBARAYA. SINGOSARI.
isiter une partie des ruines célèbres qui se trouvent à Prambanam est chose facile aujourd'hui. Le chemin de fer partant de Djogdjakarta vous conduit en vingt minutes à peine à la station où l'on doit s'arrêter pour s'y rendre. Une courte promenade à pied par un chemin tracé sous les ombrages de beaux arbres et de bambous suffit ensuite ; on est arrivé à Tjandi Loro Djonggrang, ou le groupe de temples de Prambanam. Ils sont surveillés attentivement aujourd'hui par un gardien qui reçoit les voyageurs, les guide et peut leur donner un abri momentané sous une vérandah attenant à son propre logement (voy. en V, plan, p. 128).
Ces ruines étaient entièrement cachées sous une épaisse végétation, les terres peu à peu surélevées par le travail de plusieurs siècles en avaient enfoui aussi une grande partie. Ce n'est que dans l'année 1797 qu'elles ont été découvertes. Elles sont restées longtemps, malgré l'intérêt qu'elles devaient exciter, dans un état
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complet d'abandon. Vers le milieu de l'année 1885, une Société archéologique naissait à Djogdjakarta, dont le but était d'encourager les recherches relatives aux antiques monuments de Java. Elle eut pendant un certain temps pour président M. Ijzermann qui a publié un très intéressant recueil des travaux accomplis par la Société1. C'est dans son ouvrage que j'ai pu recueillir les dates de l'origine des temples, Tjandi Loro Djonggrang.
La Société de Djogdjakarta fut heureuse dans ses trouvailles qui vinrent compléter les documents et objets que possédaient déjà le gouvernement et la Société batavienne des arts et des sciences.
Deux des inscriptions trouvées dans les fouilles récentes sont très intéressantes. Sur une planche de cuivre qui date de la première moitié du ixc siècle.on voit qu'à cette époque il existait déjà un roi de Mataram sous le règne duquel la ville de Prambanam et les temples ont été fondés. Ce souvenir était ignoré ou complètement perdu pour les historiens de Java. Mataram ou une dynastie du même nom n'étaient désignés à notre époque qu'après le règne du fameux prince Hindou Modjopahit. Une autre date curieuse déchiffrée sur une inscription taillée dans la pierre marque l'année 779 de notre ère comme celle où l'on commençait les temples de Tjandi Kali Bening et de Tjandi Sari qui font partie du groupe des sanctuaires de Prambanam. Il est probable que le temple de Tjandi Loro Djonggrang était aussi en construction vers ces mêmes dates. Leur ressemblance dans l'ensemble et les détails est si frappante qu'on doit penser qu'ils furent élevés presque en même temps.
D'autres inscriptions ont été déterrées, elles sont malheureusement en vieux javanais et composées de lettres indéchiffrables de l'écriture Kawi. D'après les observations faites par M. Brandès c'est vers l'an 700 de notre ère que cette écriture aurait commencé à être employée.
La plus ancienne des inscriptions dont a pu saisir le sens daterait de l'année 824 (ap. J.-C). Elle commence par rendre hommage à Siva, la dédicace d'un autre, la seule de son espèce, est en l'honneur de Bouddha. Les rois d'alors étaient des adorateurs de Brahma et représentaient en quelque sorte la religion officielle. Nous voyons qu'au commencement du v* siècle, l'époque où le célèbre voyageur Fa-Hian, le pèlerin bouddhiste, pénétrait clans le pays, la religion de Brahma y dominait encore.
Les habitants de Java commençaient cependant à être en opposition avec leur
\. J. W. Ijzermann, Bcschrijving der Oudheden nabi] de grens der residentie's Sœraharta en Djogdjakarta door. Batavia. Landsdrukkerij, 1891.
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gouvernement, ils s'enthousiasmaient de plus en plus aux idées nouvelles et se convertissaient au bouddhisme.
Les événements politiques ont été probablement moins funestes pour les temples javanais que les révolutions naturelles produites par les tremblements de terre, la domination étrangère ne ruinait pas autant le pays. Les éruptions formidables du volcan le Merapi couvrant le sol de cendres, de pierre et de boue causaient encore plus de dommages.
Dans les récits anciens il est dit que dans un de ces tremblements de terre, les voûtes de différents temples se sont écroulées, enfouissant sous leurs décombres les statues des Dieux. Des temples n'étaient pas encore achevés qu'on devait précipitamment abandonner les chantiers formés pour les construire. Le peuple devait fuir pour éviter les fléaux produits par le volcan. On voit encore des traces de travaux délaissés près de Tjandi Loro Djonggrang et de Tjandi Sewœ dont nous parlerons plus loin. Les faits démontrent que des révolutions volcaniques soudaines ont eu lieu dans le pays et ont amené des catastrophes telles que le peuple n'a jamais pu s'en relever.
Les Arabes musulmans disputaient aux dynasties Hindoues la domination de L'île et apportaient dans ce pays une religion nouvelle. Devenus vainqueurs ils furent prompts à convertir la population javanaise. En 1478, ils rasaient la capitale du roi Modjopahit située près de la ville de Soubaraja. La décadence du royaume javanais ne fit que s'accroître après l'écroulement de ce règne, le dernier qui soit resté célèbre chez les Hindous. Le pays restait d'abord au pouvoir du roi Demak, il eut depuis des maîtres différents, mais les malheurs s'accentuent de plus en plus. En 1550 on sait que le sultan de Padjan cédait Mataram qui n'était plus habité que par trois cents familles environ à Kjai Gedé Pamanahan.
On ne peut s'étonner si par ces raisons les sanctuaires de Brahma ou de Bouddha sont alors délaissés. Les statues et les beaux bas-reliefs étaient méprisés par les musulmans qui n'admettent pas dans leur culte, la représentation humaine.
La puissance merveilleuse de la végétation envahissant toutes choses dans le pays et les fréquents tremblements de terre firent le reste. Les hommes, jusque dans la période moderne, contribuèrent à la destruction des temples déjà ruinés, ils trouvaient dans ces lieux jadis sacrés des amas de pierres toutes taillées qu'ils pouvaient utiliser à la construction de leurs maisons, des routes et des ponts qu'ils devaient faire dans le voisinage.
Dès qu'on approche de Tjandi Loro Djonggrang on saisit presque à première vue
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