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6 SoJIStres
Plan d'ensemble de Tjandi Sewoe ou les mille temples (Java) (Relevé sur place.)
TJANDI SEWOE OU LES MILLE TEMPLES
trois salles sacrées. Quatre rangs de petits temples isolés les uns des autres forment un cadre autour de lui (voy. plan, page 134). L'ensemble de Tjandi Sewœ est encore facile à saisir actuellement, quoiqu'il ne reste souvent que quelques assises des fondations des petits sanctuaires. Bien peu sont restés presque en entier. J'ai relevé les emplacements de chacun d'eux, leurs vestiges étant visibles sur le sol; le plan montre ainsi la disposition complète de ce que pouvait être Tjandi Sewœ.
On pénétrait dans l'intérieur des salles du grand sanctuaire autrefois, mais depuis l'année 1867 à la suite d'un tremblement de terre, les voûtes en s'écroulant ont fermé toutes les issues.
Le plan du temple central forme une croix mieux accentuée que celle de Prambanam.
Il y avait cinq salles où l'on montait par de nombreux degrés (voy. plan, page 134). La salle centrale (voy. en A), la plus importante, renfermait la statue de Bouddha, mais elle a disparu, volée, dit-on, avec un grand nombre d'autres avant l'année 1806. Sur les murs extérieurs restés encore debout on voit de nombreuses sculptures artistement composées qui ne le cèdent en rien à celles de Prambanam ou de Bouro-Boudor. La gravure faite d'après une photographie prise par M. Eysseric, mon compagnon d'excursion, montre en premier plan, deux petits édicules de Tjandi Sewœ avec les ruines du grand sanctuaire (côté Est) qu'on aperçoit dans l'éloignement. Le temple était entouré d'une plate-forme dallée sur laquelle on parvenait par quatre larges perrons de pierre. Dans le prolongement de chacun des grands axes, orientés aux quatre points cardinaux, un large chemin conduisait jusqu'aux entrées gardées par des statues colossales, les Dieux qui veillaient sur le saint lieu (voy. en N). Un petit mur d'enceinte carré séparait le temple principal (voyez en S sur le plan, page 134) des autres petits sanctuaires qui l'entouraient. Ces temples secondaires forment d'abord deux rangs bien distincts dont le plan général garde la forme carrée. Chacun d'eux est carré également et leur porte d'entrée est
Vue partielle de Tjandi Sewœ ou les mille temples. (D'après une photographie de M. Eysseric.)
TJANDI SEWOE OU LES MILLE TEMPLES
toujours dirigée vers le côté extérieur. Plus loin les deux autres rangées de petits sanctuaires sont resserrés les uns contre les autres; leur plan général est disposé en rectangle tandis que chacun d'eux est carré. Les portes d'entrée sont orientées intérieurement dans un sens et extérieurement dans l'autre. Les emplacements marqués en B indiquent des plates-formes dallées qui peut-être supportaient des pavillons en bois aujourd'hui disparus, et qui pouvaient servir de demeure aux prêtres gardiens du lieu sacré.
Les deux premières rangées se composaient 1° de 28 temples, 2° de 44. Le
nombre de ceux des rangées dont le plan est rectangulaire est en tout de 168. Il y avait donc 240 petits temples. On voit que le nom de les mille temples donné à Tjandi Sewœ est fort exagéré.
Tous ces petits sanctuaires, d'après le peu qu'il en reste, devaient certainement être semblables entre eux au moins dans leur ensemble, les détails différaient sans doute. Ceux des premiers rangs extérieurs étaient moins hauts que ceux des deux rangées intérieures qui entouraient le sanctuaire central et celuici les dépassait tous par ses proportions et la richesse de ses ornements sculptés. Dans chacun des 210 temples secondaires résidait autrefois une statue de Bouddha assise à l'orientale. Presque toutes ont été enlevées, comme nous l'avons dit, il en reste cependant encore quelques-unes gisant à terre où à la place même qu'elles occupaient, la plupart sont mutilées. Il en resle encore 32. On remarque entre autres celles qui ressemblent aux statues de Bouro-Boudor, ce sont les Dhyanis Bouddhas. La place où ils se trouvent est marquée par une petite croix (voy. plan, page 134).
Les Dieux gardiens ont été respectés, sans doute à cause de leur grandeur, il n'est pas aisé en effet de les déplacer. Les tremblements de terre n'ont pu réussir à les détruire. Leur aspect est étrange avec leurs yeux hors la tête et leurs grosses moustaches. Ils sont presque nus, leur corps montre un embonpoint fort accentué. Voici l'aspect de l'un deux. Le bras droit portait une massue
Ifa DlEU GARDIEN DE TjANDI SEWOE , OU LES MILLE TEMPLES.
(D'après une photographie.)
SOLO. — SOUBARAJA. 137
aujourd'hui brisée et le gauche serrait le corps délié d'un naga. Ce Dieu gardien ayant un genou à terre, portait en bandoulière un autre naga dont la tête s'appuie légèrement sur l'épaule gauche.
On voit qu'à Java, de môme que dans le Cambodge, en Chine et au Japon, l'usage d'avoir des Dieux gardiens de temple a toujours existé. Aux Indes ils se nommaient des Dwarapalas, au Cambodge ce sont des Phis, au Japon ils deviennent des Ni-os, ce sont aussi des géants aux formes épaisses armés d'une massue.
Notre visite aux mille temples marquait, pour mes compagnons et moi, notre dernière excursion archéologique à Java.
Le chemin de fer nous portait à Solo ou Sourakarta, un séjour enchanteur par excellence. Je parlais des avenues de Batavia et des allées ombreuses de Djogdjakarta, ici ce sont des arbres séculaires qui bordent les avenues, leur voûte de feuillage sombre ne laissent plus passer le moindre rayon de soleil et donnent la sensation mystérieuse des plus épaisses forêts. Solo est encore aujourd'hui la grande ville pour les Javanais, c'est elle qui sert de demeure à l'empereur et à l'impératrice de Java, les descendants des anciens rois de Mataram, l'antique cité sainte d'origine. Leur palais occupe dans la ville une grande surface, les cours d'honneur et les jardins sont nombreux ainsi que les bâtiments qui servent de logis aux gardes et aux serviteurs, mais tout dénote une profonde décadence, le grand luxe d'autrefois n'y apparaît plus. La Hollande protège les anciens rois de Java, mais ceux-ci ne peuvent plus commettre les abus qu'ils se permettaient dans les anciens temps. Dans certains quartiers règne un grand mouvement commercial, très pittoresque et fort curieux. Le bazar, avec ses innombrables magasins remplis d'objets intéressants inédits pour les Européens paraît charmant. On y remarque de jolis bijoux parmi lesquels brillent les longues broches délicatement ciselées et rehaussées de topazes blanches que les dames mettent à leur corsage, des boucles de ceinture damasquinées (voy. page 124) pour les hommes et autres objets, le marché aux fruits, aux légumes et de la vannerie sont intéressants, celui des sarrongs, placé sous des arbres séculaires, est surtout remarquable. Les étoffes artistement drapées par chaque marchand forment une exposition étonnante. Le spectacle est encore embelli par les visiteurs vêtus à la mode du pays, qui, désireux d'acquérir un nouveau sarrong, viennent à tous moments en discuter le prix. Ces scènes seraient, pour un peintre, le sujet d'un merveilleux tableau. Lorsqu'on quitte Solo, le chemin de fer vous mène à Soubaraja, le port le plus important de l'île, après celui de Batavia. Cette dernière ville ne contient que près
de 110000 habitants, Soubaraja en possède environ 1 10000. Elle a la réputation
SINGOSARI.
d'être moins saine. Les Européens qui y sont installés risquent, dit-on, d'être plus souvent atteints par des accès de fièvre. Soubaraja est, de même que Solo, très intéressant à visiter. La situation de son port, abrité par l'île de Madura, est admirable et le mouvement commercial y est très important. Une courte excursion à Singosari située non loin de Soubaraja nous a charmé. On arrive en chemin de fer jusqu'à Lawang; une voiture vous conduit ensuite aux ruines qui se composent d'un antique sanctuaire orné de nombreuses sculptures. J'ai dessiné le motif placé au-dessus d'une des portes d'entrée (lm,20 de largeur environ) de Singosari, c'est un mascaron fantastique très singulier (voy. le cul-de-lampe ci- dessous). On remarque non loin de ce sanctuaire une belle statue de Gonesh et celles de quelques autres Divinités. Nous ne pouvions séjourner longtemps à Sourabaja, étant engagés par la date prochaine du départ des bateaux. C'était aussi notre dernier point de réunion, mes deux compagnons MM. Esseyric etGuérin devaient me faire leurs adieux, se dirigeant vers le Cambodge, tandis que moi je revenais avec mon jeune interprète à Batavia. Le voyage par mer dure trois jours; il est vrai que nous fûmes forcés de rester près de vingt-quatre heures devant Samarang, sans y aborder. Le temps semblait d'autant plus long, qu'une pluie et un brouillard terribles nous cachaient entièrement les côtes. Rentré à Batavia, je ne tardai pas à songer à partir pour gagner les côtes australiennes.
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