DETROIT DE TORRES- — THURSDA Y-ISLAND
faire connaissance avec les passagers et les quelques jeunes dames qui se trouvaient à bord. Elles avaient déjà passé quarante-huit jours en mer depuis leur départ d'Ecosse et désiraient séjourner six semaines en Australie pour faire des visites à quelques amies. Je ne pouvais m'empêcher de penser que jamais aucune Française ne serait capable de faire, dans les mêmes conditions, un pareil voyage. Les ladies écossaises, au contraire, semblaient trouver leur projet fort ordinaire et des plus naturel.
Nous longeons les côtes pour faire une courte escale à Soubaraya où j'avais déjà passé quelques jours auparavant. Le temps est magnifique, aussi nous pouvons jouir du dernier grand point de vue que nous aurons de la terre javanaise, c'est le Bromo (Brabma), le splendide volcan en activité s'élevant à environ 2000 mètres d'altitude et qui domine toute la baie. Le parcours de notre voyage est souvent intéressant ; près de l'île Timor on côtoie les jolies îles de Baba, toutes couvertes de verdure, puis nous rentrons dans l'immensité de l'horizon, en traversant la mer d'Arafura. La chaleur est grande à bord, mais les passagères veulent se distraire; aussi tous les soirs, sur le pont, elles organisaient un bal : nous dansions grâce à une mer calme comme peuvent l'être les eaux d'un lac, au clair du croissant de la lune et des étoiles. Chacun de nous jouant à tour de rôle des valses et autres danses au piano.
Le dixième jour de notre voyage marquait notre principale escale, nous sommes dans le détroit de Torrès ; on s'arrête vingt-quatre heures à Thursday-Island (île Jeudi). C'est un curieux coin de terre. L'île n'a pas trois milles dans toute sa longueur et peut-être a-t-elle seulement un mille et demi en largeur. Elle est couverte d'une verdure maigre et tous ses arbres sont peu développés. L'agrément de cette terre lointaine consiste surtout dans l'abondance de ses points de vue, donnant sur les nombreuses petites îles qui l'entourent, autant de silhouettes vertes émergeant de la mer. Thursday-Island est habitée par cinq ou six cents Européens à peine, les indigènes y sont fort occupés par la pêche aux perles fines et à celle de la nacre. En comptant le nombre des habitants des petits îlots environnants, qui portent chacun le nom d'un des jours de la semaine, on arriverait au chiffre d'environ 2000 habitants pour tout le groupe formé par l'archipel.
Nous abordions àThursday le jour de la Saint-Patrick : la Société des Riflemens de l'endroit donnait un grand bal. Prévenue d'avance de la venue de YIndia, elle envoie gracieusement à ses passagers une invitation pour assister à leur fête. Nous sommes tous heureux de ce plaisir inattendu, et nos gracieuses voyageuses préparent aussitôt leurs belles toilettes. Le bal était simple, bien entendu, dans un