LA GRANDE BARRIÈRE. — L'ILE DE SABLE
endroit si éloigné, mais le bon accueil remplaçait le reste. La salle, entourée d'une véranda ornée de drapeaux et de lanternes vénitiennes, avait cependant un charmant aspect: un piano formait tout l'orchestre. Un souper était servi sous une tente. La gaîté, l'entrain général étaient remarquables, la fête s'est prolongée jusqu'à quatre heures du matin. Il fallait enfin regagner notre navire qui partait à six heures, mais nous ne nous attendions guère à nos prochains malheurs. A peine étions-nous sortis du bal, afin de regagner les petites barques qui devaient nous conduire sur VIndia, qu'une pluie torrentielle, comme on en voit seulement sous les tropiques, commence à tomber. Il fallait plus d'une heure pour gagner notre navire et nous ne pouvions nous abriter d'aucune façon. Nos pauvres ladies en robe de bal ne rient plus, mais elles acceptent courageusement leur disgrâce et nous arrivons enfin à bord presque noyés sous la pluie.
Notre troisième escale est Townsville. On ne nous permet pas de descendre à terre, l'arrêt étant seul réservé pour le débarquement des marchandises. Nous sommes ici sur les véritables côtes australiennes. La Grande Barrière, formée d'immenses bancs de corails et de récifs, nous sépare de l'Océan. Autrefois les voyages étaient toujours dangereux dans ces parages, on ne naviguait que pendant le jour et on cite de nombreux naufrages. Actuellement les passages sont mieux connus et ces mers sont moins à craindre. VIndia continue sa route à travers les récifs et s'arrête encore une fois près de Great Sandy Island (Grande île de Sable) en vue d'un lieu qu'on nomme les White Cliffs (Blanches Falaises). Comme on s'arrête pendant vingt-quatre heures, le capitaine et le docteur espéraient en descendant à terre pouvoir tuer des kangourous dans la forêt d'eucalyptus qui borde la côte, mais ils n'ont pu avoir que deux perroquets. Cet endroit est d'ailleurs fort peu habité; il y a trois maisons seulement qui abritent un poste télégraphique et le gardien des feux pour la nuit. Au bord de la mer vivent misérablement deux ou trois familles de sauvages australiens. Ceux-ci nous intéressaient vivement, aussi, en leur distribuant du tabac, quelques pièces d'argent et des cigares, sont-ils devenus nos amis. L'un d'eux nous a lancé plusieurs fois le fameux boomerang avec une habileté, une dextérité étonnantes. Les femmes sont peu agréables à voir, mais les quelques enfants qui étaient là ont une heureuse physionomie. Ouelle affreuse misère pour ces pauvres gens qui savent à peine se construire un abri ! Ils se contentent de trois gros morceaux d'écorce d'eucalyptus, qu'ils disposent comme nous le faisons pour construire un château de cartes. C'est leur tente; elle abrite seulement le haut du corps, les jambes restent au dehors, exposées aussi bien au soleil que sous les pluies diluviennes. Autour du campement ils font une