‹ Cambodge: la crémation et les rites funérairesChapitre 20 sur 35 · FUNÉRAILLES D'UN DIGNITAIRE · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES D'UN DIGNITAIRE

J'ai assisté aux derniers instants et à rincinération de cinq dignitaires et relevé, la plume à la main, toutes les particularités des cérémonies ou des rites qui, chaque fois, ont.été observés. Je consulte mes notes et, les unes complétant les autres, je crois pouvoir donner sans rien omettre la relation très exacte de ce qui se pratique dans tout le Cambodge pour un haut dignitaire, — puisque ces notes ont été recueillies aux quatre coins du royaume. — Je lâcherai, par des notes, d'éclairer et de compléter mon récit et surtout de donner les noms cambodgiens de toutes les choses que je désignerai et aussi le mot pâli quand ce nom existera.

I. — Avant l'agonie. — Dès qu'il est visible pour chacun que le malade va entrer en agonie, ses parents ou, à défaut d^eux, ses serviteurs, ses amis, ses voisins, font tendre au-dessus du lit un ciel de cotonnade blanche et tout autour, à un mètre environ, une pièce de cotonnade blanche haute d'environ 8q centimètres; puis on y suspend, quand on peut se les procurer au monastère, des peintures représentant des scènes du paradis. On appelle aussi, soit un, soit deux, soit quatre religieux pour l'assister de leurs derniers récits de stances, et un achar ou lettré, pour l'occasion dit goki (i), (ascète), pour présider aux cérémonies.

Le fils ou le petit-fils, ou la personne chargée de préparer le départ du mourant, ayant en sautoir l'écharpe blanche qui, de l'épaule gauche, passe sous l'aisselle droite et revient sur l'épaule gauche, s'approche du mourant et l'incite à se détacher des

il) Oa pâli yoyi.

choses de ce monde et à songer aux trésors du paradis dont les représentations sont sous ses yeux, -- (Vovez ci-dessus, chapitre H, i, i, l'exhortation rituelle que donne le kbuon prias parama saph)m

Cette exhortation achevée, les religieux disent les stances ou kéathéa (i) des mourants : < Tout est soumis au changement et le corps humain n'est plus qu'une chose inerte quand le principe de vie (ou préas ling) l'a quitté. La vie de l'homme est courte, et la mort survient à son heure, personne ne peut savoir exactement cette heure. On use ou on acquiert des mérites sur terre, a dit le maître ; il faut donc s'efforcer d'acquérir des mérites afin de parvenir au paradis et d'avoir une bonne renaissance. L'assistance tout entière est alors prosternée, les mains ouvertes, jointes à la hauteur du visage légèrement incliné ; on observe le plus grand silence.

I. — L'agonie. — Dès que le moribond commence à perdre l'esprit, on lui met entre les mains une fleur d'aréquier, un petit cierge en cire d'abeille, dit tien tréng parce qu'il est de la grosseur du roseau tréng, et quelques bâtonnets odoriférants dits thouk.

Puis le fils ou le petit-fils lui dit : « vous, nous vous remettons cette fleur d'aréquier afin que vous l'emportiez et la déposiez sur le préas cholomoni qui est au séjour des divinités. Rappelez- vous bien cela ».

L'achar ou yoki s'approche à son tour et demande aux divinités de pardonner au moribond les fautes qu'il a pu commettre, et cettje demande est, dit-on, répétée cent fois, la face tournée au Nord-Est. — Voy. Le kbuon préas parama saph, II, i.

On met alors un cierge ou une lampe, rarement une torche, — ainsi que cela se faisait toujours autrefois, — au milieu d'une corbeille pleine de paddy (ou riz dans son écorce) et on place cette corbeille au pied du Ut, mais un peu à droite. Oki allume deux autres cierges — je n'ai pas vu qu'on les ail marqués ainsi que l'indique le kbuon... préas saph déjà cité (2) — et on les met à la tête du lit, l'un à droite, l'autre à gauche. A l'angle gauche du pied du lit, on met un autre petit cierge et quelques baguettes odoriférantes ou thouk.

Le cierge ou la lampe ou la torche^ placé dans la corbeille de paddy, est dit pratip chœung-thbaung, c'est-à-dire « luminaire du pied et de la tête » ; je n'ai pu savoir pourquoi. Un homme est chargé de veiller à ce que ce feu ne s'éteigne pas car il éloigne le malheur non seulement du moribond, mais de la maison et de la famille ; en outre, c'est à ce feu que l'achar doit allumer les torches qui servent à mettre le feu au bûcher d'incinération. Cet homme est dit néak kiés chœungthbaung, celui qui attise la mèche du pratip chœung thbaung. Autrefois la torche devait être allumée à l'aide de l'étincelle provenant d'une pierre à feu ; aujourd'hui on l'obtient d'une allumette chimique.

Les cierges de la tête sont dits tien kaul ou cierges du pieu (kaul), parce qu'autrefois ils étaient fixés à un pieu.

( I ) En pâli el sanscrit gàtlià.

On n'oriente pas le lit, mais on assure que la meilleure orientation est Ouest-Est. de manière que le visage du mourant soit tourné vers le point de l'horizon où le soleil se lève.

Quand on s'aperçoit que le moribond agonise, on prend soit une feuille d'or^ soit ttne feuille d'argent, qui devrait toujours être découpée en forme de feuille de ficus religiosa, soit une feuille de ce figuier ou de mûrier tombée elle-même de l'arbre, soit un petit morceau de la feuille du palmier trâng (i) et l'achar y trace une stance pâlie. C'est un saupor-bat ; on le place sur les lèvres du mourant, mais de manière à ne pas gêner sa respiration. — Voyez le kbuon... préas saph, 1, 3 et III.

A partir de ce moment, il convient d'observer le plus grand silence et de veiller à ce qu'il ne se produise aucun bruit jusqu'à la seconde de la mort. Je n'ai pas observé qu'on attachât la moindre importance aux cris des animaux ou aux bruits provenant du dehors. — Voyer le kbuon... préas saph I, 6.

3. — Après LA MORT. La mort étant survenue, les parents les plus proches du défunt, — sa lemme, ses fils ou ses filles, — lui ferment les yeux et la bouche ; si la bouche ne reste pas fermée, on met un bandeau provisoire pour soutenir le menton. On allume ensuite deux cierges qu'on met près du lit, et les lamentations commencent et se prolongent environ une demi-heure. Pendant ce temps, l'achar ou yoki détache les amulettes que le défunt portail, les remet à la famille (i) et répète les demandes de pardon déjà formulées, comme si le <léfunt n'était pas encore mort ; c'est parce que, me disait un assistant, il est possible que la mort ne soit qu'apparente et qu'il ne convient pas, dans ce cas, que le moribond n'entende pas les bonnes paroles que l'achar dit pour lui.

4. — L'ondoiement DU corps. — La mort paraissant certaine parce que le cadavre se refroidit et qu'on ne perçoit plus aucun battement du cœur, — au bout d'une demi-heure, alors que les cierges sont au tiers brûlés, - les parents prennent le corps sur leurs genoux et procèdent au lavage avec l'eau consacrée par les religieux et qui est contenue en quatre grands vases (3).

5. — La bière. — La bière est parfois un tronc d'arbre koki, ou d'autre bois précieux creusé. Elle est plus souvent faite de cinq planches et plus étroite du côté des pieds. Le couvercle est quelquefois voûté et d'une seule pièce, non que cela soit ri* tuel, mais parce que c'est la coutume chinoise. Il y a des bières qui sont plus étroites à la base et par conséquent évasées, mais il y en a qui sont aussi larges du bas que du haut. Pour les riches elles sont recouvertes d'une couche de méréak ou beau vernis noir, dit de Chine en Europe, et ornées de motifs très légers faits de feuilles d'or battu, découpées et appliquées.

i,f ) Le latanier dont les feuilles bien polies servent à écrire les satras.

(2) N'est-ce point parce que le buddhisme n'admettait pas autrefois la croyance aux amulettes ?

(5) Un esclave chargé de procéder à ce lavage, ou maintenant un engagé pour dette, est libéré.

On met au fond un lit d'environ dix centimètres soit de sciure de bois précieux, à son défaut de balle de paddy, puis une couche très mince de feuilles de goyavier brisées au pilon dans le mortier familial et enfin une dernière couche de feuilles de thé indigène. Mais tout cela n'est pas rituel. C'est sur cette couche de feuilles de thé sauvage et indigène qu'on place le matelas destiné à recevoir le corps après l'ondoiement.

6. — L'ensevelissement. — L'ondoiement étant achevé, on fait avaler la valeur de deux petites cuillères de mercure au cadiivre afin de le conserver jusqu'au moment de l'incinération, puis on met une pièce d argent entre ses dents. Quelquefois cette pièce d'argent est remplacée par un petit lingot d'argent et mOme par un lingot d'or, mais l'usage aujourd'hui est de mettre une piastre ou une des divisions de la piastre. Par deux fois, j'ai observé que la famille recherchait de préférence les anciennes monnaies cambodgiennes et j'ai entendu dire qu'autrefois les gens très riches mettaient une barre d'or au préalable écrasée.

Cela fait, on place les neuf saupor-bat dont il a été parlé au kbuon... préas Saph (voy. I, 9 et III). Ils sont placés : le premier sur la poitrine, le second sur les lèvres, le troisième sur les narines, deux autres sur les yeux, deux autres encore sur les oreilles et les deux derniers dans les mains. Ces saupor-bat, on l'a vu, reçoivent de Fachar une inscription en langue pâlie et caractères cambodgiens : elles visent les sens de la parole, de l'odorat, de la vision, de l'audition, du toucher et de l'amour à l'aide desquels le défunt a pu pécher. Ils comportent, m'a-t-on assuré, des demandes de pardon.

Ces saupor-bat placés, on procède à l'ondoiement. On saupoudre la figure du mon de farine de riz mêlée de safran et d'autres poudres odorantes, on lisse les cheveui avec de l'eau de coco, puis on habille le corps de vêtements blancs qui autrefois, étaient ceux des gens du peuple et qui, aujourd'hui, sont restés l'emblème de la laïcité, le costume des hommes pieux qui vivent dans les monastères et des vieilles dames qui se disent daun-cfti ou religieuses, et qui, parfois, vivent dans des cellules, à côté des couvents. Cela fait on entoure la tête d'un coupon de soie blanche, puis on prend une pièce de cotonnade blanche de douze coudées cl on la roule autour du corps, sans cependant enfermer les bras, les mains et les jambes. Puis on ramène les avantbras sur la poitrine, on joint les mains et on place un cornet fait d'un morceau de feuilles de bananier, dit saung, dans lequel on a placé quelques morceaux de noix d'arec, un petit cierge, trois bâtonnets ordoriférants et trois feuilles de bétel roulées. Les bras et les mains sont maintenus par une bande d'étofle, blanche également.

L'ondoiement est alors achevé. On prie les religieux de faire le bangskaul el de réciter le karuna kosala matika. Le bangskaul (du pâli bhango, chanvre. eisakala, morceaux) se fait ainsi : on étend un coupon d'étoffe de trois coudées sur le cadavre (ou le cercueil, ou les cendres, ou la tombe) ; un religieux le saisit par un des angles, dit une stance en langue pâlie, et lire à lui l'étoffe qui devient sa propriété.

7- — La mise en biêhe. — Les religieux ayant fait chacun un bangskaul, on enlève le corps du lit sur lequel on Favait déposé pour l'habiller et Tenseyelir, et on le dé» pose dans le cercueil ou kada banhchhos (i) la tête sur an petit coussin, la face en dessus. Les jan^bes sont rapprochées et liées à Taide d'un cordon de coton blanc qui, entourant le coi*ps, vient renforcer la bande qui soutient les bras et maintient les mains jointes.

On fait alors avec ce même cordon rompu une sorte de collier, et à ce collier de coton on attache un autre cordon également de coton blanc qui, étant ramené jusqu'aux pieds, remonte ensuite de l'autre côté du corps pour venir aboutirsur la paro* de la bière au-dessus de la tête. On bouche tous les vides entre le corps et les parois delà bière avec du tabac haché et du papier chinois ; sur le corps on entasse aussi des feuilles du même papier jusqu'à ce que le cercueil soit comblé. Enfm le couvercle est posé sur le cercueil de manière que le bout du cordon soit saisi et pende en dehors. C'est à ce cordon qu'on attache la longue bande de coton dite phusayâng.

La bière refermée, on invite les religieux à procéder à un second bàngskaul mais cette fois les coupons de cotonnade blanche sont déposés sur le cercueil.

Pendant cette longue opération, les femmes de la famille et les pleureuses ne cessent de se lamenter et disent les louanges du défunt, les choses bonnes qu'il a faites, ses projets, énumèrent ses biens, les gens qu'il laisse derrière lui et lui reprochent d'être parti si tôt, d'avoir tout abandonné pour s'en aller au paradis.

8. — L'ex}>ositiois. La bière est parfois close aux jointures, sous le couvercle, avec un composé d'argile, de riz pilé et de différentes plantes odorantes qu'on a pris soin d'écraser, puis on dépose le cercueil dans la pièce des audiences. On place près de la bière deux cierges et, au pied, le pratit chœung-ihbaung que surveille le néak^kiès /chargé de veiller à ce qu'il ne s'éteigne pas. C'est alors qu'on prend soin de mettre la tête à l'Ouest afin que la face soit tournée au levant et qu'on fixe, au cordon qui sort de la bière, le phusayông dont j'ai parlé ci-dessus.

Les parents se font alors raser la tète en signe de deuil, les femmes aussi bien que les hommes et les enfants, sauf parfois pour ceux-ci une petite mèche de cheveux qu'on réserve au sommet pour la fête de la tonte de la houpe qui est une grande solennité familiale.

C'est en cette salle, — qui remplace la chapelle ardente quand il s'agit d'un prince, d'une princesse ou d'un roi, que viennent réciter des stances les membres de la famille, les amis et les voisins, qu'ils apportent les cierges tréng et les bâtonnets odoriférants qu'on allume autour de la bière ; c'est aussi là, sur un petit lit bas que, aux heures où le défunt avait coutume de prendre ses repas, on apporte les petits bols et les soucoupes où sont placés des mets délicats que quelques heures plus tard on jettera dehors et qui seront dévorés par les chiens, les chats et les autres animaux.

( I ) On voit qae Fume funéraire est réservée aux rois, anx princes et anx princesses. Il en résulte que la bière d'un dignitaire et d'un homme du peuple se rapproche plus de celle du Buddha que de celle d'un roi cambodgien et que le rite ancien n'est pas absohiment observé sur ce point, quand il s'agît d'un prince; on d'une princesse.

Des religieux, deux par deux ou quatre par <{uatre, viennent garder le corps et ne sortent de la salle que pour être relevés par un autre groupe. Ils prient à certaines heures du jour, le phusayông étendu sur les mains, et reçoivent, le matin au moment de la relève, chacun un coupon de cinq coudées d'étoffe teinte en jaune, pour le bain et une pièce de dix cents, bien que la règle défende absolument aux religieux de recevoir de Targent.

9. — La conserve do corps. — Quand le corps doit être conservé plusieurs années, avant d'être incinéré, il est enterré, ou bien la bière est déposée sur un petit bâti ou sur quatre pieux, soit dans Tenceinte du monastère, soit dans l'enclos de la demeure, sous une petite cabane très simple faite de bambous et couverte de paille. C'est alors là qu'ont lieu toutes les cérémonies que je viens de décrire, que les religieux viennent prier non plus tous les jours, mais tous les thngag-sœl ou toutes les nouvelles et pleines lunes.

J'ai vu à Kompong-thom, la bière d'un dignitaire qui était ainsi conservée par sa veuve depuis plus d'une année, et sa veuve, chaque jour, en l'honneur et en faveur du défunt, achetait un énorme poisson qu'elle suspendait à la palissade de l'enclos et qu'elle odrait en aumône aux corbeaux qui le venaient déchiqueter. Un religieux m'expliqua que l'oOrande serait néfaste si, au lieu d'acheter ce poisson, la veuve le faisait pêcher d(ms l'intention de l'offrir aux animaux, parce qu'elle tuerait un être afin d'offrir sa chair à plusieurs autres êtres.

10. — L'offrande des CHAms. — Autrefois, très souvent et maintenant de plus en plus rarement, les dévots, avant de mourir, ordonnaient que leurs chairs fussent arrachées de leurs os immédiatement après leur décès, coupées par morceaux et offertes aux oiseaux du ciel. Les chairs sont alors découpées en longues lanières à l'aide de couteaux au préalable consacrés par la prière et trempés dans l'eau lustrale sur laquelle les religieux ont prié, puis divisées en petits morceaux et exposées sur des plateaux d'or, d'argent ou de cuivre, sur des bâtis de bambous élevés à celle intention. Les vautours, les corbeaux, les aigles les enlèvent soit avec leurs becs, soit avec leurs ongles et les emportent au loin. Cest une offrande pie et, dit-on, très agréable aux dieux. Le cadaj^re du roi Ângk-Duong, celui du père du Louk Santhor qui fut ministre des finances du roi Noroudam et celui d'un pauvre homme de la province de Kampôt furent ainsi décarnés et offerts aux animaux. J'ai assisté à la dernière opération et, je ne dirais pas la vérité, si j'écrivais ici qu'elle n'était pas répugnante. Je n'ai rien vu qui fut plus révoltaht, bien que je comprisse le côté touchant de l'offrande, la bonne pensée du mourant. Mais, dans la pratique, ce côté touchant disparait et il ne reste plus que la sinistre opération du décarnage et de la division des chairs en morceaux que les oiseaux voraces enlèvent et, parfois, laissent choir au travers du village et dans les grandes herbes de la brousse.

J'ai entendu parler aussi d'un pauvre homme qui avait exigé que son corps fût porté dans la forêt éloignée, puis abandonné là, afin que les tigres et les panthères pussent se repaître de son corps.

Le buos-mukh'pMaung marche devant la civinre, la Wte cei'ite d'uru! corde' d'herbe pklang à fariaelle on a fixé le cordon qni sort de la bière.

Dans les deux cas, ies os sont pieusement recueillis* - ce qu'on en trouve tout au moins, — et enterrés ou brûlés.

II. — Le TRANSFERT DU œRi»s AU BUCHER. Uuiind le jour de rincinération est venu, les religieux viennent à la maison mortuaire et y trouvent Fachar ou yoki, ^es néak phlok et la famille et parmi les membres dont la tête a été soigneusement rasée le fils, le petit-fils ou celui qui doit être néak-buos-mukh'phlœung.

Les religieux font un troisième bangskaul sur la bière avant le « départ pour la forêt » et disent en outre une prière dite Thamma-thvéa-sattatang, - Voyez kbuon... préas Sap/i, II, 6.

L'achar dit par trois fois les quatre satipatthanam, - Voy. kbuon,,, préas Saph, IV, 4 et la note.

Le transfert a rarement lieu sur une voiture, et le plus souvent sur une civière en bambous recouverte de cotonnade blanche. Cette civière est portée par huit hommes de manière que les pieds du mort soient en avant. La tête est toujours indiquée par un certain nombre de cierges trâng et de bâtonnets odoriférants qu'on a allumés.

Au moment où le corps quitte la maison mortuaire ou Tenclos, Fachar prend une pierre et une marmite d'eau qui sont à Fintérieur de la maison, tout au haut de Féchelle, et les jette dehors, y compris la marmite qui se brise. C'est pour empêcher le défunt de revenir chez lui effrayer ses parents et les tourmenter.

Sur la civière, deux religieux prennent place, un de chaque côté de la bière et le buos-mukh'pblœung, le « religieux [qui marche] devant le feu >, et qui est non un religieux, mais un des plus jeunes fils ou petits-fils du défunt, marche devant la civière. C'est lui qui, dit-on, est chargé de conduire le corps du défunt au bûcher, de l'offrir au saint feu qui le consumera.

Il marche, la tête ceinte d'une corde d'herbe phlang à laquelle on a i\\é le cordon qui sort de la bière afin qu'il y ait constante relation entre le corps du défunt et l'enfant qui le conduit au bûcher (i). Cet enfant est absolument vêtu de blanc et porte, d'ailleurs comme le yoki, les néak phlouk et toute la famille, l'écharpe blanche qui se porte sur l'épaule gauche et sous l'aisselle droite.

Un homme porte en avant la bannière blanche ou jaune qui mesure quatre coudées de longueur et dont la largeur est celle de l'étoffe. Celte bannière dite tong-préasling ou a drapeau du principe de vie jd est suspendue à un bambou horizontal un peu plus long que l'étoffe est large, à l'aide de deux ficelles qui avec le bambou forment un triangle dout le sommet est attaché à la hampe. Au milieu de la barre horizontale est attachée la marmite qui contient le riz cru dont il sera parlé plus loin et le bétel, l'arec, le tabac de la dernière offrande.

Derrière le porteur du tong-préas-Ung se trouve Fachar ou yoki, [luis le t^hef des religieux qui doivent réciter les stances de l'incinération, puis les religieux, puis le

1 1 Cette corde d'herbe phlang (le kusa des livres hindous ; est tressée. Elle est quelque fois liée autour de la bière au lieu d'être nouée hu cordon de coton de Fintérieur : dans ce cas, celui-ci n'existe pas le plus souvent.

néak krès-^hœung-thbaung qui est charge» d'entretenir le feu auquel seront ailumées les torches. Enfin vient la bière.

Le plus souvent, le chef des relijïieux est porté dans un hamac suspendu à un bâton cintré, à laide de quatre cordes. Le bâton est tenu soit par deux hommes, le plus souvent par quatre, deux en avant et deux en arrière, à laide de bâtons qui croisent le premier et qu'ils tiennent sur, Tépaule.

Denière la bière suivent les enfants, garçons et filles qui jettent du léach aux tévodas malfaisants pour les (Hoigner du cortège, du bûcher et des sous, quelquefois des pièces d'argent, aux gens du peuple afin de leur faire l'aumône.

12. — Le BiicHEB. — Le bûcher est fait de bois plus ou moins précieux et élevé entre quatre pieux dits çhœLing-thka, destinés à maintenir le bois. Il est à peine haut de un mètre, large de deux et long de trois. La bière ou kada banhchhos est placée dessus, la tête à l'Ouest de manière que le visage du mort regarde l'Est. Cela fait, les néak-phlok ajoutent au bûcher autant de bois qu'il en faut pour entourer la bière sans cependant la dépasser en hauteur de plus de dix ou quinze centimètres et surtout sans la recouvrir.

Le nK)t méndap ou mén est le mot par lequel on désigne toutes les constructions légères ou pavillons sous lesquels ont lieu les incinérations. Que ces pavillons soient monumentaux comme ceux que l'on construit pour les rois, les princes ou les princesses, encore très beaux et curieux comme ceux qui sont éievés pour les dignitaires, les gens riches et les chefs de monastères, ou simples comme ceux qu'on trouve dans tous les villages un peu importants pour l'usage de tous, couverts de tuiles ou couverts de feuilles de palmiers, ils sont tous des mén.

Cependant les mén du peuple sont distingués d'après la forme de leur toiture en phnàm-yông et en para/n. Quils ^omii phnàm-yông owparam^ \H sont élevés sur quatre colonnes et par conséquent carrés par leur base, mais tandis que la couverture du phnôm-yông à la forme d'un cône, celle de param est à quatre faces. Les ornements dont ces toitures sont parfois agrémentées ne modifient pas la dénomination.

i3 Les préparatifs de l'incinération. — Dès lamvée, le cortège fait trois fois le tour du bûcher en lui présentant le côté gauche, puis on dépo.se la bière sur le bûcher.

Cela fait, le i/o/c/ fait un tour supplémentaire en disant la stance Sirome puthéa.,,, puis de sa bêche (i) il indique où il faut planter, aux quatre angles du bûcher, quatre nouveaux pieux appelés aussi chœiing-ihka ; chaque fois qu'on enfonce un pieu, il appuie la bêche sur lui en disant la stance Acharang uâtiyang

Cela fait, il prend le couteau (2) et, après avoir dit trois fois la stance Aherikang

anattpang il tranche le khsé bas ou corde à nœud coulant qui sort du cercueil et

vient par un nœud coulant ceindre la tête du baos-mukh-phlœung (3).

(1) Voy. le Kbuon préas saph, IV, s?, 6 et S.

(2) Voy. IV, ? et 9.

(3) Voy. IV. 9.

Pendant qu'on place quelques bûches dans la bière, on relire les quatre jarres d'eau placées sur les quatre pieux qui soutiennent le bois et on les met au pied de ces pieux. Près d'eux on met quatre petites boîtes en feuilles de bananier et contenant du riz cuit ; ce sont les bay kantony ou « riz cuit des corbeilles ».

14. — L'incinération. — Cela fait, le yoki monte sur le bûcher et fait enlever le couvercle de la bière par les néak-phlok ; puis il enlève lui-même les saupor-bat qui deviennent sa propriété et une dernière fois il arrose le visage du mort avec de l'eau de coco.

Pendant cette opération lugubre, les religieux qui se sont groupés soit à l'Est, soit au Sud du bûcher, reçoivent le phusayôny sur les mains et disent une assez longue série de stances funéraires, puis le phusayôny est enlevé et remis aux néakphlouk^ Parfois il n'y a plus de phusayông et les religieux récitent des prières sans être en communication visible avec le cadavre.

Puis, prenant le tony-préas-liny de la main gauche et la bêche de la main droite, le yoki fait trois fois le tour du bûcher en lui présentant l'épaule gauche et en disant les stances Utétayanh chakkii,,. C'est alors qu'on enlève les quatre jarres d'eau de l'endroit où on les a placées pour les mettre sur les quatre pieux enfoncés par le yoki.

Le troisième tour achevé, il prend une torche, l'allume au feu du néak-kiès chœuny-thbauny ; les quatre néak-phlouk, pendant qu'il attise sa torche, font de même et attisent la leur. Puis, quand elles sont bien enflammées, les cinq hommes, le yoki à l'Est, vont au bûcher et y mettent le feu.

Les flammes se propagent rapidement, grâce â l'huile de bois répandue sur le bûcher et aux copeaux, au papier qu'on y a rnêlé et bientôt le bois n'est plus qu'un brasier au centre duquel le corps se consume. Il faut environ une heure 1/2 pour brûler un cadavre de cette façon, afin qu'il ne reste plus de lui que des éclats d'os calcinés.

J'ai vu une fois la tête, déjà dépouillée de chair, rouler du bûcher et y être remise par un des néak-phlok à l'aide d'un long bambou qui servait à attiser le feu.

i5. — La recherche des ossements. — Quand tout est consumé, qu'il ne reste plus rien que des charbons encore ardents mais qui ne flambent plus, le yoki prend le riz ^ du préas-ling et le fait cuire sur un tas de charbon pris au bûcher. Dès qu'il est cuit, il le mêle au riz cuit des quatre kantony. Il fait ensuite apporter les quatre jarres d'eau près des religieux et les invite à les consacrer. Cela fait, les quatre néak-phlok en répandent le contenu sur ce qui reste du bûcher, puis l'eau de vingt ou trente autres jarres qu'on a amassées à quelques pas, car l'eau consacrée ne suffirait pas à éteindre les charbons.

Pendant ce temps le yoki fait trois lois le tour des cendres en leur présentant l'épaule gauche et dit les stances Nirothona màni

Aussitôt que les cendres et les charbons sont refroidis, le yoki et les quatre néakphlok les rassemblent avec leurs mains et en forment une image humaine très grossière dont la tête est tournée â l'Ouest. Cela fait, il demande à ses aides si cette forme est bien celle du défunt. Ils répondent oui.

2. Le cercueil. — Dans le coin, à quelques pas de l'échelle qui conduisait à la chambre où était le cadavre, deux hommes ornaient le cercueil en bois de koki^ qui est un bois dur, avec des papiers de différentes couleurs qu'ils découpaient et collaient avec de la colle-pâle de riz. Près du cercueil se trouvaient la planche du fond qu'on pose sur trois bstrres de cuivre destinées à la recevoir, puis le couvercle également d'une seule pièce. Les parois n'ont guère plus de dix millimètres d'épaisseur. Le cercueil est évasé par le haut, c'esl-k-dire plus large en haut qu'en bas, mais les côtés de la têle et des pieds sont absolument droits.

3. — La corde en sba^ phlang. — Près du cercueil, un homme tresse avec l'herbe phlanQf la corde à nœuds coulants qui du cercueil viendra se lier autour de la tête du jeune homme qui remplira le rôle de buos-mukh'phlœung ,

4- — Le BUOS-MUKH-PHLŒUiNG. - Le jeune homme, un adolescent de quinze à seize ans, est là tout près, vêtu d'un langouti blanc et d'une écharpe qui de l'épaule gauche passe sous l'aisselle droite.

5. — Le param. — Un peu plus loin, les quatre néak-phlok qui sont chargés de l'incinération et leur chef l'achar, qui remplit le rôle de yoki, s'occupent de dresser les quatre bambous qui supporteront le ciel carré qui s'étendra au-dessus du bûcher. Cette construction extrêmement légère est dite param. Elle s'élève au bord du fleuve |Out près de cinq drapeaux blancs dits tong-alaky sur un terrain qu'on a tant bien que mal dégarni d'herbe et entouré d'une apparence de fossé. C'est le méndap des

pauvres gens.

6. — Le bûcher. — Cela fait, oh prépare le bûcher qui comprend une vingtaine de morceaux de bois fdcile à brûler et qui se croisent. Cela ne donne pas un bûcher haut de vingt centimètres.

7. — La mise en bière. — Tout étant prêt, on hisse le cercueil dans la chambre mortuaire et on place le fond ; sur ce fond on met des bambous vieux et éclatés, dont rembrasement sera facile, puis dessus une nalle fourrée de fromager et, sur cette natte, le corps du vieux piphéak Choum. On place un coussin sous sa tête, d'autres tout petits près de ses bras, de ses genoux, de sa tête pour l'empêcher de rouler, puis on adapte le couvercle, mais sans le clouer.

8. - Le bangskaul. Six ou huit religieux montent l'échelle, se placent autour du cercueil sur lequel on a déposé autant de coupons de cotonnade de quatre coudées qu'i y a de religieux, puis ceux-ci font le bangskaul.

9. — Le bangvil-popil. — Us se retirent, et le yoki et les quatre néak-phlok, se plaçant autour du cercueil de manière à lui tourner le dos, font ce qu'on nomme le bàngvil-popily mais tout autrement qu'on le fait au cours des autres cérémonies. Le popil n'est, d'ailleurs, plus un disque de cuivre ou de bronze avec une poignée sur lequel on a placé soit un, soit deux cierges tréng ; il est fait d'un bâtonnet, je pourrais dire d'un éclat de trâng ou latanier, long de deux coudées et gros comme le pouce. Au milieu de ce bâtonnet, on a fixé trois Ihouk et un ciergt' irèng qui brûlent les uns

en fumant, l'autre en tlambant. Les cinq hommes étant ainsi placés le dos tourné à la bière, le yoki, qui est placé à l'Est, met le popil derrière son dos avec la main droite, le reçoit de la main gauche et le passe à la main droite du néak-phlok placé à sa gauche ; celui-ci fait de même pour son compagnon de gauche et ainsi de suite jusqu'à ce que le popil ait fait sept tours complets.

10. Départ du mort. - Alors, pendant qu'on remet le popil à une vieille femme vêtue et voilée de blanc, les quatre néak-phlok aidés de quelques hommes descendent le cercueil à terre. Le yoki jette dehors une pierre et une marmtte d'eau chaude qui étaient placées près du seuil, afin que le mort, une fois sorti de la maison à l'état de cadavre, ne revienne pas sous forme d'ombre, c'est-à-dire de revenant. La veuve, la tète rasée, vêtue de blanc, sous son voile blanc, commence ses lamentations.

11. — Les PRÉPARATIFS DU CORTÈGE. - Le ccrcueil, étant descendu, est placé sur une natte et les néak-phlok s'occupent de suite à placer un cierge trèng à chaque angle, quelques cierges au-dessus de la tête et des bâtonnets odoriférants au-dessus des pieds. La corde en herbe phlang, ou khsé bos (corde à nœud coulant), ne sort pas du cercueil comme il a été dit plus haut parce que la coutume du pays est autre qu'à Phnôm-Pénh et en plusieurs autres lieux. On la lie autour du cercueil, dans le sens de la longueur, de manière à ce que le nœud soit du côté des pieds ; quant à l'autre extrémité qui est un nœud coulant, on la pose comme une couronne sur la tète du buos-mukh'phlœung auquel on remet un couteau.

11. - Le cortège. — Un notable portant un kriiong banchéa se place en avant ; derrière lui vient le yoki portant à la main droite le tong-préas-ling ou drapeau d u principe de vie, de l'àme, qui est un tong-alak (i) tout blanc et à peine haut de deux mètres. De la main gauche, il porte la lanterne contenant le feu qui, allumé avant que la mort soit survenue, doit servira embraser le bûcher. Il n'y avait pas de vase contenant le riz non cuit dont il a été parlé plus haut. Le yoki que j'interroge me répond que ce riz est remplacé par feau chauffée dans la chambre mortuaire et qu on ne fera pas cuire de riz avec les charbons provenant du bûcher. D'autre part, Tachar ne portait pas la pelle qui, pourtant, est rituelle parce qu'il tenait d'une main le iongpréaS'ling et de l'autre le feu qui aurait dû être porté par un autre homme.

Derrière l'achar ou yoki venaient la vieille femme vêtue de blanc qui tenait le popil en bois de (rang avec sa main droite, puis, le tenant aussi par l'autre bout et de la même main, une jeune tille également vêtue de blanc qui, en outre, portait une corbeille à demi remplie de léach (2), du coton et des papiers de cérémonies (chinois).

Derrière cette fillette venaient : le buos-mukh-phlœung, la bière portée ou soutenue par huit hommes, puis les pleureuses qui se lamentaient, puis les parents, les alliés, les voisins et les voisines.

(i) Etendard très long et étroit tait de petits morceaux découpés et reliés par des baguettes ; c'est une oriflamme très ouvragée.

{2) Paddy grillé et légèrement écrasé.

- âo -

i3. — Les CORBEILLES OE PADDY ET DE RIZ. — On religieux s'approche, se place aa pied du cercueil, mais en lui tournani le dos. On met à ses pieds une petite corbeille contenant du paddy, dans cette corbeille une autre beaucoup plus petite contenant du riz non cuit et un cierge trêng et plusieurs thouk allumés. Le religieux dit une prière, renverse les corbeilles d'un coup de pied et se retire. — Ce rite est inonim à Phnôm-Pénh et dans beaucoup d'autres endroits.

i4- - DépAt DE LA BIÈRE SDR LE BÛCHER. — Alors le cortègc se met en marche s'avance \ers le bûcher, en fait trois fois le tour en lui présentant l'épaule gauche. Pendant toute cette marche, surtout pendant les circumambulations, la fillette, ayant lâché le bâton popil, jette à sa droite du léach, du coton et des papiers de cérémonie afin d'éloigner les esprits mauvais et de satisfaire les bons. Puis la corde de phlang est dénouée du cercueil, enlevée de sur la tête du buos'inukh-phlœung^ et le cercueil est placé sur le bûcher, les pieds à l'Ouest et la tête à l'Est. Le tongpréaS'ling est planté à l'Est entre le bûcher et les religieux qui sont déjà assis, sur des nattes. Près de lui, on met un sla-chom et, avec huit autres sla-chom, on borne une certaine aire.

i5. — Les préparatifs de l'incinération. — Les néak-phlok plantent les quatre pieux destinés à soutenir la bière et plantent, près des quatre pieds du parant quatre bambous éclatés par le haut en forme d'entonnoir, puis ils placent un tout petit vase consacré rempli d'eau au fond de cet entonnoir et, sur ce vase, un sla-chom,

i6. — Nouveau bangskaul. — Cela fait les religieux disent quelques stances, se lèvent, s'approchent de la bière sur laquelle on a placé des coupons d'étoffe blanche et procèdent à un nouveau bangskaul.

17. — Derniers hommages au corps. - Les religieux ayant regagné leurs nattes, les néak'phlok enlèvent le couvercle et i'achar yoki, prenant le couteau des mains du buos-makh-phloeung, coupe les liens qui maintiennent le cadavre et découvre la tète et la gorge en prononçant quelques paroles. Cela fait, il prend une noix de coco ouverte et arrose la figure du défunt avec le lait de ce fruit. Enfin, la bière est remplie de bois très inflammable posé sur le cadavre el dessus ce bois on jette des thouk et des papiers funéraires.

Pendant ce temps, I'achar ou yoki prend une carafe d'eau et, placé à la tète de la bière, étant accroupi, fait quelques libations, forme des souhaits et prend la terre à témoin avec l'eau qu*il verse sur elle. Il demande aux quatre éléments la permission d'incinérer le cadavre et pardon aux tévodas pour les fautes commises par le décédé.

18. — L'incinération. — Cela fait, il prend de la main gauche le tong-préasling, et de la main droite la lanterne qui contient le feu allumé dans la chambre mortuaire el confié au néak'kièS'Chœung'thhaung, et les quatre néak-phlok viennent allumer des cierges /rén^ au feu de cette lanterne. Chacun ayant son ciei^e allumé, le yoki suivi des quatre hommes fait le tour du bûcher et, à chaque angle, frappe un morceau de bois avec sa lanterne, et les hommes font le simulacre d'v mettre le feu.

A la fin Jii troisième tour, les quatre néak-phlok déposent leurs cierges et placent des éclats de bois faciles à enflammer^ des morceaux de torches dans les intervalles du liûcher, puis, avec les cierges, ils y mettent le feu. Gnq minutes plus tard, celui-ci est en flammes et le corps commence à se consumer. Les religieux, sauf un, se retirent.

19. — Incinération de la corde d'herbe phlang. — Quand le bûcher est bien enflammé, que la fumée noire monte dans les nuages, deux des nédk-phlok prennent la corde de phlang roulée en couronne et se la jettent de l'un à Vautre trois fois par dessus le feu et au travers de la fumée, Tun étant à la droite, Tautre à la gauche du cercueil. Puis, celui qui Ta reçue la troisième fois la jette dans le cercueil et Tachar, prenant le suaire qui voilait la tête du mort quand il Ta découvert et qu'il avait posé à terre, le jette aussi dans la bière où, de suite, il s'enflamme.

On ne s'occupe alors plus que de placer des contreforts en bois pour empêcher les parois de la bière de se séparer et de tomber, en répandant de Teau d'abord avec des jarres, puis avec de longs bambous, le long des parois intérieures et surtout extérieures de la bière pour ralentir autant que possible leur combustion.

•20. — Ordination or néak-buos-nukh-phlœung. — Pendant ce temps, le néakbuos-mukh'phlœung est présenté par l'achar au religieux resté assis sur sa natte et qui est le chef du monastère, salue et lui demande à entrer en religion. Le chef lies religieux l'accepte et, sur le bord du chemin, on procède à la petite cérémonie de la réception d'un novice parmi les disciples du Buddha. On l'interroge, il prend les engagements rituels, puis se retire à quelques pas pour vêtir les vieux vêtements qu'on a pris au monastère et qui ne servent qu'à cette cérémonie. Un laïque, ancien religieux, l'aide à s'habiller. Une fois complètement vêtu de jaune, il se représente à son opachchhéa (i), c'est-à-dire à celui qui le reçoit, et la cérémonie s'achève rituellement et conformément aux usages. Alors le religieux se lève et prend la route de son monastère ; il est suivi du jeune novice qui passera la nuit dans sa cellule et qui, le lendemain, déposera ses habits religieux pour rentrer dans le blanc, <*'es(-à-dire dans les vêtements civils. Il se déshabillera à la maison mortuaire et renverra les vêtements au monastère.

Une heure et demie après, la bière s'effondrait ; on ajoutait quelques morceaux de bois, on rejetait dans le foyer les tisons qui s'en écartaient, on y repoussait les os qui menaçaient de rouler, et une demi-heure plus tard, il ne restait plus que des charbons ardents et des cendres rouges.

21. — Préparatifs DE l'arrosage DES reliques. — Le lendemain matin, quatre religieux venus du monastère voisin prenaient place sur une natte étendue à l'Est «ht bûcher alors un tas de charbons noirs reposant sur un lit de cendres. On plaça, près de chacun des quatre vases contenant l'eau consacrée, deux sla^hom dont le cierge trêng flambait et les trois thouk fumaient. Puis le yoki pria les religieux de dire une prière en pâli.

(i) Ordinanl, du pâli upajjha.

Cette prière dite, l'achar, le dos tourné aux cendres, accroupi, les mains jointes et faisant face aux reliprieux, dit une prière en pâli, puis, se tournant vers les cendres et prenant un vase en cuivre plein d'eau chaude qu'on avait fait chauffer dans une marmite et sur un foyer entretenu tout à côté, au Sud du bûcher, de nouveau accroupi, il l'éleva entre ses mains et dit une nouvelle prière en commun avec les quatre néak-phlok qui, dans la même position, «devaient «chacun une des petites jarres prises sur les bambous évasés.

22. Arrosage des reliques. - Cette prière dite, les cinq hommes, Tachar, ayant la bêche à la main, se levèrent, présentèrent IVpaule gauche aux cendres et commencèrent à tourner, Fachar en avant et chacun renversant de Teau qu'il portait sur ce qui restait du bûcher. A la fin du troisième tour, Tachar avait répandu la moitié de Teau chaude et les quatre néak-phlok avaient vidé leurs vases, alors ils prirent de Teau dans la grande jarre et achevèrent d'éteindre les cendres et de les refroidir ; c'est ce qu'on appelle l'arrosage des cendres.

Cela fait, le yoki demanda une nouvelle prière aux quatre religieux et ceux-ci dirent le nomou-tassa un grand nombre de fois.

23. — Les formes humaines. - Cette récitation achevée, le yo/c/ avec sa bêche forma une forme si grossière qu*il eut été difficile d'y voir une image humaine ; le côté soi-disant de la tète était tourné à l'Est. Puis, après quelques mots échangés, il bouleversa le tout et fit une autre forme tout aussi grossière dont la tête était à rOuest. Il indiqua de sa bêche où était la bouche et les yeux, puis il fit une nouvelle libation en priant.

24. — Dernier bangskaul. — Cette libation faite, un des néap-phlok prit une feuille de bananier et retendit sur la forme humaine ; un autre y déposa un seul coupon d'étoffe blanche et le yoki invita les bonzes à venir faire un nouveau bangskaul.

Cette cérémonie achevée, les quatre religieux se retirèrent, emportant un unique coupon d'étofie.

25. — Les offrandes a la'forme. — Les religieux partis, le goki fit enlever la feuille de bananier, prit une chique de bétel toute préparée, en toucha l'endroit qu'il avait désigné comme étant la bouche de la forme humaine et la jeta derrière lui ; puis successivement deux cure-dents de bois avec lesquels il toucha le même endroit et qu'il jeta de même, puis successivement encore deux morceaux de tronc de bananier découpés en forme de peigne avec dents à peine indiquées dont il toucha le sommet de la tête et qu'il jeta derrière lui comme il avait fait pour les autres objets.

Ce rite accompli, il dit une prière et, très pieusement, fit avec les quatre néakphlok une dernière libation.

26. — REGH^CHE ET ARROSAGE DES RELIQUES. — - Le yoki étendit les cendres, mit un plateau de cuivre au milieu, et les quatre néak-phloky les parents et les parents du défunt commencèrent à y rechercher les petits fragments d'os qui n'avaient pas été absolument consumés et détruits, mais qui cependant étaient carbonisés. Quand le triage fut achevé et que les os furent déposés dans le plateau de cuivre, le goki

prit le plateau et commença à les laver avec de Teau ordinaire qu'un néak-phlûk versait dessus, en prenant bien soin qu'elle n'entraînât pas quelque fragment.

27. — La fosse des cendres. — Puis il indiqua à l'Ouest du bûcher, mais exactement au pied, l'endroit précis où il (allait creuser pour faire une petite fosse.

La fosse achevée, à peine profonde et large d'un pied, lon^e de deux, il reprit le plateau, se ^ mit auprès de cette fosse et en versa le contenu dans un coupon de cotonnade blanche et très claire, grande comme un mouchoir de poche, et qui était tenu par deux néak-phlok au-dessus de la fosse.

a8. — Purification et parfumage des reliques. — Il donna l'ordre à un des autres néak'phlok de les arroser de nouveau avec de l'eau ordinaire afin d'achever leur lavage. Quand l'eau qui coulait au travers du linge qu'on agitait sans cesse sortit aussi pure que celle qu'on y jetait, l'achar se fit apporter ce qui restait de l'eau consacrée et chaude dans le vase avec lequel il avait arrosé les cendres et la répandit sur les os afin de les purifier en disant quelques stances pâlies. Cela fait, il prit une noix de coco fraîche et en versa le contenu sur les os, afin d'achever leur purification, puis un vase d'eau de curcuma d'un très beau jaune verdâtre qu'il répandit aussi afin de les parfumer. Enfin, il enferma les ossements dans le linge noué et le confia au membre de la famille le plus proche du défunt afin qu'il en fit le dépôt à l'endroit le plus favorable.

29. — Enfouissement des cendres et charbons. — Le yoW, prenant de nouveau la pelle, se mit à rechercher dans le sol la partie qui n'avait pas brûlé des quatre piquets plantés la veille pour maintenir la bière. Il commença par ceux des pieds et, à mesure qu'il découvrait le sommet de l'un d'eux, il l'arrachait avec la pelle et, de la main droite, le prenait et le posait sur le petit foyer dont il a été parlé plus haut.

Cela fait, les charbons et les cendres, — à peine un demi décalitre, — furent repoussés dans la petite fosse ouverte à l'Ouest du bûcher et le tout fut recouvert de terre.

Ce fut la fin de la cérémonie

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