‹ Cambodge: la crémation et les rites funérairesChapitre 21 sur 35 · RITES FUNÉRAIRES RELATIFS A UN RELIGIEUX · texte numérisé non relu

RITES FUNÉRAIRES RELATIFS A UN RELIGIEUX

I. — Ils sont absolument les mêmes que ceux qui sont observés pour un grand dignitaire quand il s'agit d'un chef de monastère ou d'un religieux dont la famille est fortunée, ou d'un petit dignitaire quand il s'agit d'un religieux ordinaire et dont la famille ne fait pas les trais du service. Quelques détails sont cependant à noter.

Quand un religieux est sur le point de mourir, on lui retire ses vêtements jaunes de religieux et on l'habille de vêtements blancs, parce que le blanc était autrefois la couleur des vêtements portés par les laïques, qu'il est resté l'emblème de la laïcité par rapport aux religieux, bien qu'il soit, par rapport aux civils, surtout l'emblème du deuil. Il ne serait pas convenable, dit-on, qu'un religieux mourût dans son vêtement jaune de religieux.

Les saupor-bat d'or, d'argent, de feuilles d'arbre ou de palmier, sont, de même

que pour les laïques, écrits par Tachar du monastère qui remplit le rôle de yoki.

Son corps esl lavé et enseveli par ses confrères.

Lt» rAle <U» huos-niukli-phiauiny t»sl ivrnpii par un ih» sos t^lêves, veAui qui aimait le mieux.

Les néak'phlok sont des gens du village, le plus souvent des voisins du monastère, mais toujours des laïques auxquels il est d*usage de donner trois roudées d étoffe hlajiche. Ce rôle est parfois rempli par les néak-sà qui sont des hommes pieux vivant au monastère et servant les religieux, observant les jeûnes, quand il y en a, qui sont ainsi nommés parce qu'ils sont vêtus de blanc (sa).

Les élèves se mêlent aux parents pour chercher les ossements dans les cendréfe et pour les laver.

Ces ossements ou //lea/, quand ils proviennent d'un chef de monastère, sont gardés dans la sala des conférences par deux ou quatre bonzes qui se relèvent tous les jours le matin, jusqu'au jour auquel ils seront déposés dans le chédej. Si on ne doit pas élever pour eux un tombeau on les enterre ou on les met, comme il a été dit ci-dessus, près de la statue du Buddha. Les ossements d'un simple religieux sont conservés par un de ses confrères dans sa cellule jusqu'à ce que le tombeau soit élevé ou, si on ne doit pas construire de tombeau, déposés comme il a été dit ci-dessus.

Tous les frais du service funéraire sont faits par la famille du défunt, par les notables du village ou couverts par une souscription ouverte parmi les fidèles.

IL — Monsieur Rigandet, évêque de Birmanie, raconte dans la Vie ou légende de Gautama, le Buddha des Birmans ^i) les funérailles d'un chef de monastère auxquelles il a assisté. Je ne crois pas inutile de donner ici la note qu'il a consacrée à celle cérémonie, à propos des funérailles du Buddha.

« La longue description des funérailles de Buddha a suggéré l'idée de mettre sous les yeux du lecteur un abrégé des cérémonies observées par les Boudhistes en Birmanie, quand des rites funèbres sont célébrés sur les restes mortels de Talapoins qui ont été éminents dans leur ministère, et qui ont passé toute leur vie dans les monastères. En comparant le détail suivant avec le récit de la légende, nous verrons que le cérémonial funèbre, de nos jours, est presque identique à celui qui était suivi à l'origine du Boudhisme.

« Quand un reclus Boudhiste a rendu l'âme, le corps est soigneusement et minutieusement lavé par les laïques ou les jeunes hôtes du monastère. Une large incision est pratiquée dans l'abdomen ; le contenu est enlevé et enfoui en terre sans qu'aucune cérémonie soit observée pour cela. Le vide est rempli de cendres, de son ou d'autres substances destinées à empêcher la putréfaction. Le corps est alors enveloppé très serré de bandes ou de langes de couleur blanche, de la tête aux pieds, et ensuite couvert de Thabit jaune canonique. Quelquefois une couche de vernis noir est mise dessus, puis des feuilles d'or, de sorte que le corps tout entier est doré. Il est ensuite ficelé tout autour avec des cordes serrées autant que possible afin de le réduire aux plus étroites dimensions. Quand il a été ainsi préparé, le corps est placé dans un cercueil ouvert. Le cercueil consiste en un tronc d'arbre grossièrement creusé et si négligemment choisi fort souvent qu'on n'y trouve pas la place pour recevoir le corps. Au milieu de la partie intérieure du cercueil, une ouverture

(i> Voy. p. 3i4-5ij.

<1 eiiviroa deux pouces de diamètre a été faite pour faciliter réeoulement des matières liquides qui pourront suinter au travers des bandes. Le cercueil est déposé sans cérémonie sur le sol dans le monastère. Un bambou de sept à huit pieds de long est apporté, on insère une de ses extrémités dans le trou pratiqué au fond du cercueil, l'autre extrémité est enfoncée dans le sol en dessous : c'est par cette rigole que tes matières liquides vont se perdre dans la terre. Après un intervalle de loà i-ï jours, le corps est supposé être tout à fait sec : on s'occupe alors de mettre un couvercle sur le cerceuil et de le fermer.

« Pendant que je demeurais à Tavoy, je voulus certain jour, aller examiner tous les détails observés dans ces circonstances. Une occasion très-favorable se présenta de satisfaire ma curiosité. Un Talapoin de ma connaissance était mort quinze jours auparavant, après trente années de profession; son corps, couché dans le cercueil, allait pour toujours être soustrait aux regards humains. Je vins au monastère où je rencontrai un grand nombre des frères du décédé qui s étaient réunis pour la cérémonie. Je les connaissais pour la plupart, ma réception fut à la fois gracieuse et cordiale.

n Grande lut ma surprise quand, au lieu <1<* la tristesse et du recueilleipent que la rirconstance semblait commander, je vis les rires, les conversations et les plaisanteries auxquels tout le monde se livrait et qui me parurent scandaleux. Personne ne semblait faire la moindre attention au corps qui gisait à nos pieds. Une pause momentanée eut lieu dans la conduite inconvenante des assistants, à l'apparition de deux vigoureux charpentiei*s portant une planche de quatre ou cinq pouces d'épaisseur destinée à servir de couvercle. Ils essayèrent vainement de la mettre en place : la cavité du cercueil n'était ni assez large ni assez profonde pour recevoir le corps, bien ({ue réduit aux plus faibles proportions. Ce ne fut pas une opération commode que d'amener le contact de la planche avec les bords du cercueil, en dépit de la résistance (fu 'offrait le corps. Les charpentiers étaient décidés à en venir à bout. Aux deux extrémités et au milieu du cercueil, des cordes furent passées plusieurs fois autour et tendues à l'excès de manière à faire cinq ou six tours au même endroit, d'énormes coins de bois furent glissés de droite et de gauche entre les cordes et le cercueil. Sur ces coins, les ouvriers frappèrent à grands coups de marteau de toutes leurs forces, pendant près de vingt minutes, au grand étoimement de tous les assistants. Chaque coup de marteau diminuait la distance entre le couvercle et les bords du cercueil. Chaque petit progrès ainsi obtenu excitait les transports d'applaudissements et un hourrah pour les persévérants ouvriers. A la fin toute résistance ayant été surmontée, le couvercle fut fixé. Il est inutile de dire que le corps, à l'intérieur, n'était plus qu'une masse hideuse de chairs comprimées et d'os brisés.

« Suivimt la coutume dans ces occasions, une bâtisse grossière était érigée pour y placer les restes mortels du défunt, jusqu'à ce que les préparatifs sur une grande échelle eussent été terminés pour rendre honneur à l'illustre mort. Ce bâtiment, romme tous ceux analogues, n'est qu une construction provisoire élevée pour la circonstance, faite de bambous. An centre de ce large Bungalow, était une espèce d'estrade d'cFiviron i }. pieds de haut, bien ornée. La partie inférieure esl souvenl dorée, mais

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toujours plaquée de minées feuilles de métal et de clinquant de diverses couleurs. Àax côtés pendent des dessins informes représentant des animaux, des monstres de diverses espèces, des sujets religieux et autres, extrêmement indécents. Autour de Testrade sont disposés des poteaux du sommet desquels pendent des petits drapeaux et des banderolles de formes et de dimensions variées. Au sommet est disposée une place pour le cercueil, mais les quatre côtés sont de deux ou trois pieds plus élevés que le niveau sur lequel est mis le cercueil, de sorte que celui-ci est entièrement c^ché aux regards des visiteurs.

« Les choses restèrent en cet état pendant le mois, c'est-à-dire jusqu'à ce que tous les arrangements eussent été pris pour la grande cérémonie, dont les frais sont habituellement couverts par des contributions volontaires. Les préparatifs étant terminés, un jour fut fixé au son des gongs pour brûler le corps du pieux reclus. Ce jour-là, à midi, toute la population de la ville se pressa dans une vaste plaine au Nord de la ville et en dehors des anciens remparts et des fossés. Hommes et femmes dans leurs plus riches costumes, fourmillaient de toutes parts en quête des endroits les mieux situés pour avoir une vue complète de la fête. Le bûcher funèbre occupait presque le centre de la plaine ; il était haut d'environ i5 pieds et carré de forme, ceint de planches qui lui donnaient un air de netteté. Large à la base, il allait en diminuant par le haut et se terminait par une plate-forme carrée où le cercueil devait être déposé. Un petit toit, supporté par quatre bambous, ombrageait la plate- forme élégamment ornée. Un char massif à quatre roues, décoré de la façon la plus fantastique, se voyait à distance ; il était tiré par un grand nombre d'hommes et fut amené au pied du bûcher. Le cercueil était sur le char. I>'immense^ applaudissements, des milliers de cris avaient annoncé le passage du char avec le> précieuses reliques à mesure qu'il traversait la foule. Le cercueil fut imméditement hissé sur la plate-forme. Des nattes furent alors répandues autour du bûcher sur lesquelles s'assirent bon nombre de Talapoins récitant à haute voix de longues citationi en pâli. Les dévotions étant accomplies, ils se levèrent et se disposèrent à partir, escortés par un bon nombre de leurs disciples, qui se chargèrent des offrandes ' faites pour la circonstance. Ces offrandes consistaient en bananes, cocos, canne» à sucre, riz, oreillers, nattes, matelas, etc. Maîtres e( disciples retournèrent a leurs monastères avec leur précieux butin.

<c La place étant dégagée, les yeux de tous étaient fixés sur deui énormes fusée^ placées horizontalement, chacune entre deux cordes auxquelles elles étaient reliées par deux anneaux de chaque côté. Une des extrémités des cordes était solidement ûxée à des piquets derrière les fusées, et l'antre était raidie autant que possible au pied du bûcher. A un signal donné, les fusées, mises en feu, s'élancèrent avec un sifBement long et prolongé, faisant vibrer les cordes en passant et pénétrant immédiatement à l'intérieur du bûcher, mirent le feu au monceau de matières inflammables qu'on y avait préalablement accumulées dans ce but. Peu de temps après le bûcher était en flammes et bientôt entièrement consumé avec le cercueil et le corps. Les o> ou les morceaux d'ossements à demi brûlés qui restaient furent soigneusement recueillis, pour être plus tard enterrés en un lien spéci;^!. »

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