CHAPITRE PREMIER
Le ministre du Palais a fait imprimer en langue et caractères cambodgiens, — à Foccasion de la crémation du roi Noroudâm et en outre du Programme en langue française et en caractères latins, une brochure trop importante pour que j'omette de la donner ici, au moins en partie. Elle est tout à la fois un document historique et une ordonnance royale réglementant les cérémonies qui ont précédé, solennisé et suivi la crémation.
Il est intitulé Préas réach komnai bon préas barom sâp préas Kaurna knong préas Sooanakoth ki préas bat sâmdéch préas Noroudâm barom Réam tévéa oalana préas chan krung Kampouchéatipdeg^ c'est-à-dire « Notice royale relative au sacrifice du saint corps du préas Kaurna (du saint et miséricordieux) qui est dans la sainte Urne, ou roi Noroudâm (etc.), souverain du royaume des Kambujas ».
Ce titre un peu long s'étend sur une gravure carrée mesurant en centimètres 6x6, imprimée en rouge sur le papier jaune qui est la couleur royale et celle du deuil pour les religieux buddhistes. Klle représente une sorte de Mèndap flanqué de deux bas côtés au-dessus desquels paraissent deux chhat-ruot à cinq étages surmontés d'une llamme.
.NOTICE HlSTUKiyUK DE .NOKUCJDAM.
Ce décret commence par one énumération des événements de la vie du roi défiml.
11 est né à Phoum Mongkol-baurey (i), dans la province de Battâmbàng, un samedi, le i5^ jour de la lune ascendante du mois de Méakh de l'an 1197 de la petite ère, année de la Chèvre, la 7«? du petit cycle, vers 3 heures 20 minutes de l'après-midi, date correspondant au 3 février de l'an i834 de l'ère européenne.
Alors qu'il était jeune prince, son nom fut préas Ângk-machas Chrâling. Lorsqu'il tut grand on lui donna le nom de préas Ângk-machas Réachéa-Votey.
(]e prince, qui était sâmdéch, était le fils aîné du préas bat Sâmdéch préas Hariréak-Rama-Essarachéathipdey (préas Angk-Duong, le roi) et de la Sâmdéch préas vuréachchlnf-bârom-bàpil nommée Pén, laquelle décéda le jeudi 5^ jour de la lune croissante du mois d'Asath de l'an n^yj de la petite ère, année de la Chèvre, la 7® du petit cycle, date qui correspond au 27 juin 1895. Elle avait 82 ans.
Préas Angk-machas Réachéa-votey se fit préas phniios (religieux), c'est-à-dire samnér (novice), dans le monastèie de Krang-bânley, dans la province de SâmrAng
(U Phoum. mol rainhodgien, ♦^l haurey. houn. piiri, (bourj,', vilh»i ton>liUiFiil un doublet.
tong. Il fut phniios phikkh (religieux, phikkhu, mendiant) daUvS le monastère de Préas-barom-Nîvés, dans la ville de Bangkok, au royaume de Siam. C'est dans ce monastère qu'il déposa le froc.
Dès qu'il eut déposé le froc et la sébile du religieux, il devint Sâmdéch mâchas Obarëach du royaume du Cambodge en Tan 12 18, année du Cheval, la 6« du petit Cycle, qui correspond à l'an i856 de l'ère européenne.
Le Préas bat Sâmdéch préas voréach pita (royal père) ayant joui des biens royaux (du pouvoir) pendant treize années, mourut au cours de la quatorzième à l'âge de 6:> ans, le i V jour de la lune croissante de Kadœk de l'an 12:12. année du Singe, la 2** du petit cycle, novembre 1859 de l'ère européenne, vers 4 heures 28 minutes de l'après-midi.
A cette époque, le Sàindéch préas maha Obaréach (Réachéa-voley) était âgé dr >.} ans. Il avait 2) ans quand il fut élevé au trône. Il réunit los principaux rouseillers vi présenta le Saint Corps de son père au feu sacré.
La puissance française lui ayant accordé son aide pour l'ondoiement royal, il recul les titres de Sâmdéch- préas Noroudâm barom Réam tévéa vatana. souverain du royaume des Kambujâlhipdey, dans le palais d'Oudong-la- victorieuse, en la province de Sâmrông-tong, un vendredi, i®'' jour de la lune croissante de Pisakh de l'an 1226, année du Rat, la 6** du petit cycle, date qui correspond au 3 juin 1864 de l'ère européenne.
A l'âge de 3o ans, il vint habiter en la ville de Phnôm-pénh-Chado-mukh ( 1 ) en l'an 1227, année du Buffle, la 3® du petit cycle, qui correspond à l'année 1866.
Devenu malade depuis six mois d'un abcès à la joue gauche, il décéda dans la salle du préas Tinéang préas maha-montîr un dimanche io« jour de la lune croissante de Pisakh de l'an 1266, année du Dragon, la 6^ du petit cycle, à ^ heures 5 minutes. Il était âgé de 70 ans et avait régné 4^ «^ns. A sa mort assistaient réunis, les alliés de la famille royale, les hauts fonctionnaires du Protectorat, ainsi que les ministres, les hauts dignitaires et les conseillers.
A ce moment la compagnie des pandit ou lettrés et les personnages rites plus haut offrirent de l'or en feuille (sauanabat) au préas maha Obaréach et un cierge dit du halpa (temps) qu'il alluma lui-même.
La compagnie des màlàphusa (ou phusamàlà), cesl-à-dire des ensevelisseurs, offrit le saint linceul (préas phusa-phiioy-tat) et le plaça sur le saint et éminent corps. Cent religieux formant huit groupes récitaient les stances sur la vertu buddhique du don.
A 5 heures 20 minutes, le dignitaire du Protectorat (qui était alors M. de Lamothe), les chels des religieux, le premier ministre, les quatre autres ministres, les dignitaires (le tous grades, se réunirent dans la salle du préas Tinéang-tévéa-vhiîchchhay
(I) Le. phii(>in-|>énh ou « mont plein i> ou « colliiip dn IVmiIi o de (.liàdo-iiiiikli on lii^s qii;iiifaces ». ancien nom de Phnôm-pénli, Peut-^tre d<*> quali"»' liras du llcuve.
< la salle du Trône où Tanj^e conseille) el ofliirent tous les biens royaux (le pouvoir) au snàng ( i) Sàmdéch préas Cliéltha.... Alors celui-ci revint avec son escorte royale dans la salle du prcas Tinéang-niaha-monlir (où se Irouvait le corps du roi défunt).
KiNSEVELISSEMENT ET MISE EN l'URNE FUNÉRAIRE.
Ayant aiusi rappelé la vie et la mort du roi défunt, le rédacteur raconte en ces termes le détails de rensevelissement et de la mise en la double urne funéraire :
A 6 heures du soir, le cierge du kalpa fut éteint, pendant que les préahm (ou ha/ious) soufflaient dans les conques marines el battaient le tambourin rituel dit klang-chhnak. Les membres de la famille royale, les alliés de cette famille et tous les hauts dignitaires (sévokamatya) offrirent au défunt Feau parfumée qu'ils versèrent sur son corps.
A 9 heures de la nuil, les membres de la famille royale baignèrent el lavèrent le saint corps avec de Feau parfumée.
A 9 heures \'\ minutes de la nuit, le Roi, les membres de la famille royale, et les domestiques royaux enlevèrent le saint el éminent cadavre et le déposèrent sur le joli lit d'or {tèn sottay souana).
A i<> heures de la nuit, les chefs des snôm préasdàmruot, ou laveurs de cadavres, ceux des gardes royaux, ceux du palais furent chargés de la garde du saint et éminent (•orps avec les membres, les alliés de la famille royale, les gens du service royal, des princes et des princesses.
A minuit, les pleureuses offrirent leurs larmes pendant une veille.
Le lundi n'" jour de la lune croissante de Pisakh, qui était le ii avril, au matin, sept religieux firent le hangsfcaul en récitant le satin sakarana en l'honnenr du défunt et pour lui a(!quérir des mérites.
A 3 heures et demie de l'après-midi, les conques meuglèrent et les chefs des malaphusa placèrent deux dàmlœng de mercure (2) dans la bouche du saint et éminent l'adavre el rhabillèrent. Tout d'abord on lui mil un caleçon de soie dit snap orouv, puis, par «lessus, une étofie blanche dite posdâ-sà, puis sur le corps un linceul blanc dit phousa-sd, un linceul blanc et brodé pour le bas dit phousa-tat-sà, puis un pantalon de brocart d'or dit snap-orouo-méas (3) el enfin, sur le pantalon, on lia avec une ceinture en soie une pièce d'étoffe en soie crème dite le préas-posdà sarobap ou chàrbap. Ceci fait, on posa sur les épaules les deux galons d'or qui se croisent sur la poitrine et sur le dos dits mâha-sdngva méas, puis les péahoreakh
(i) Snàng, mot cambodgien, « adjoint » ou «> roi adjoint > ou *• Obaréach ». — Chéttha du pâli jettha, frère.
(2) Environ deux cuillerées de mercure, bàrol.
(.3) Il est dit plus haut : un pantalon dont la partie haute était en soie blanche, la partie médiane en soie rouge et nr et la partie intérieure, une large bordure appelée chor-préaskhàr |»e>mil 9 danilœng. 2 chi et ."i hun d'or. - Voy. chapitre III, paragraphe m.
[qui sont les épaulettes en forme d'ailes de pigeon que portent les danseuses], des bracelets dits kàng-préas-hast^ des anneaux de pied dits khang-préas-bat^ des anneaux de bras dit kâng-thap, la ceinture à pans dite préas-thip, la ceinture en soie dorée dite khim-khap, les anneaux de doigt dits préas-tonirung, le préas-phakhtr ou préas-phak qui est le masque d'or fin, le phousa-chay-khlas-khoem-khat, (qui est une autre ceinture large en soie blanche), le maha-sàngva-'péch, [qui est le bijou 011 lliap-suong qui orne les deux galons à Fendroit où ils se croisent sur la poitrine], les gants dits srôm-préas-hctst, les chaussettes dites srâm^préas-bat^ le:> chaussures d'or dites sopéar-bat-méas. On oflre alors au roi défunt deux cornets d'or dits sang méas sur lesquels sont fixées des sla-truoy [ou feuilles de bétel renfermant de Tarée ou s/a], et une paire de cierges dorés [quon place entre ses mains jointes].
Ces deux oHratides faites, on invite le [saint et éminent cadavre du] roi à s'asseoir sur un petil lil de camp où ses mains sont soutenues et maintenues jointes par des liges de fer.
On prit ensuite une pièce d'étoile longue de dix coudées qu'on place de même. On plaça ces deux pièces d etolïe en croix sous le corps, on l'en enveloppa, puis soulevant le saint et éminent cadavre on Tinvita à prendre place dans un vase dit lat (t) [fait d'argent fin doré], qu'on plaça près du saint sovanna-kôtha, l'urne de bois plaquée d'or.
Le préas Kaurna àmmachas chivit (sa sahite miséricorde, maitre de la vie, — le roi), ayant salué le roi défunt prit, le mokok ou couronne d'or et le posa sur la tête du cadavre (2) conformément à la coutume, puis il lui mit dans la 'bouche une barre d'or (chhdô méas).
On offrit alors quelques marmites aux religieux présents, quelques autres objets, puis on souleva le vase funéraire dit lat qui contenait le saint et éminent cadavre et on le descendit dans l'urne [en bois plaqué d'or] dit sovanna-kôtha. On porta ensuite cette urne dans la salle dite Préas- maha-monlir, où elle attendra les cérémonies, conformément à la coutume
LE TUANSFERT
Ces détails assez nombreux et qui complètent Tarticle que J'ai reproduit plus haut d'apré> le docteur Hahn étnnt donnés, Tauteur de cette pièce note ainsi qu'il est dit plus bas le transfert de l'urn*»- du Préas-maha-montir au Hô- préas-Thomma-sângoek, puis il décrit la salU' et doune une description du catafalque qui vient compléter celle que j'ai donnée ci-dessus.
Le 10'- jour de la lune croissante de pathommasath (3) de Tannée du Dragon, la & du petit cycle {11 juin 1904), un cortège qui partit de la salle du Préas-maha-montir
(1) On a vu plus haut (chap. 111, paragr. m, qu'il était haut de 1 m 20 et large de 6i\ centimètres à sa partie supérieure.
(2) l^e texte dit « de la forme ».
(3^ li'année 1*^4 était ambolismique, c'pst-à-dire de i.l mois, c»! comptai! deux mois d' ANalli. le pathommasath et le tiUyéasath.
Le prèas-maha-banhcha ou calatulque
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