PRÉFACE
Mon cher ami,
Vons êtes venu me trouver dan» ma retraite et me confier la mission de présenter à vos leeteiPrs le livre que vous iwez écrit sur Cambronne.
Alors que tant de plumes sérieuses se seraient fait un plaisir de vous rendre cet office, c'est de votre part une aberration dont je we puis trouver V explication ailleurs que dans nos liens d'amitié, ou dans le souvenir d'une collaboration d'antan. Si f accepte de le faire — à vos ^ isques et périls — c'est que je suis heureux de déclarer à vos lecteurs qu'en écrivant ce livre, vous avez fait bonne oeuvre. Dans les temps relâchés o\^ nous vivons, il est bon, il est sain que des écrivains se dévouent à faire ressortir des caractères semblables à celui de l'homme que voîês avez choisi, et à retremper les défaillances par de tels exemples, qu'en opposition à la formule moderne je pourrais qualifier de a commencement de siècle >.
Cambronnne, dont vous retracez la vie dans ses plus petits détails, détails appuyés de pièces des plus authentiques, est une figure caractéristique au milieu de cette ple'îade de généraux et de maréchaux titrés qui a servi d'auréole à l'Empereur. S^il est demeuré général de brigade à un âge oit l'avaneement n'avait pas
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alors fie lûniték, c'eut qu'il a été nrnnt tout un soldat — distnis plutôt « le aoldat » — dont un haut commandement aurait dr route les habitudes de discipline. Et il partaye en cela le sort de bien des héros obscurs, dont les noms n'ont pu trouver place dans cette étonnante épopée, et que tes gloires les plus illustres ont peut-i'tre égalés, mais non dépassés.
Son histoire peut se résumer dans ces trois mots: bravoure, fidélité et modestie.
Bravoure : car ses états de service sont tels gue peu furent plus brillants à une époque de batailles successircs et de campagnes sans trère. Et cette bravoure était tellement innée chez lui qu'elle se retrouve an même degré en dehors de sa carrihe militaire : témoin son attitude devant ses juges, lorsque les passions politiques l'amenèrent devant vn tribunal d'où pouvait, devait même sortir une condamnation A mort.
Fidélité: pendant toute la durée de l'Empire, il fut le serviteur aveugle du drapeau et de l'homme qui le personnifiait alors. Si, lors de la Restauration, il accepta de rentrer dans l'armée, c'est qu'il avait été nettement dégagé de ses serments par l'hommCt et qu'il lui semblait impossible d'abandonner le drapeau, quelle que fût s// couleur. Pensée qu'il e.r primait naïvement dans sa correspondance, en disant qu'il ne snurait se figurer autrement que revt'tu de Vun i for me français.
MiMlestie : poussée à l'e.vtréme et d'autant plus méritoire que. même à cette époque y l'ambition florissait comme de nospmrs. Sa correspondance prouve qu'il dépendait de lui de rendre encore /////.v brillants ses états de service, en ne laissant pas ignorés certains faits qu'il était seul, ou à peu prés, à connait^'e. I.'hommr modtsfr n est-il pas peint, d'ailleurs, dans l'anecdote dr ee carrosse pour lequel il esquissait de ses mains le modèle d'armuirirs dont le fac siinilt.' figure dans cet ouvrage, et qu'il laissait sou>i la remise, en Continuant ti se faire transporter par une simple iirolouge d'artillerie ?*
Cambronne n'appartient [ms senlemenf à notre région : il
appartient à la France, Autant et plus que bien d'autres il méritait qu'une plume fouilleuse vint tirer sa mémoire de l'oubli et rinscrire au Panthéon des gloires militaires Françaises, Par les recherches que votis avez poursuivies avec tant de zèle, par les documents curieux dont vous avez su vous entourer, vous avez fait revivre, mon cher ami, une personnalité qu'il est bon de faire mieux connaître.
Il fallait qu'on sût bien que Cambronne avait d'autres titres au jugement de la postérité et à la trompette de la Renommée que ceux qui reposaient sur un seul mot : sur ce mot peut-être vrai, peutêtre apocryphe, A coup sûr contesté ; sur ce mot grâce auquel notre grand poète Hugo a donné au général de Waterloo un regain de popularité: sur ce mot enfin dans lequel — ainsi que le disait récemment un de nos plus spirituels chroniqueuirs de la presse parisienne, — le peuple Français a ombaunié le souvenir de Cambronne.