‹ CambronneChapitre 3 sur 73 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

Il existe dans le département de la Somme, non loin d'Abbevillc, une vieille commune du nom de Cambron, célèbre par une vieille église du XVI« siècle, du style gothique flamboyant et que les manuscrits d'autrefois appellent Camberone et Camberonium.

Dans l'Oise, deux communes portent le nom de Cambronne : Tune (arrondissement de Compiègne, cantoft de Ribécourt) était au moyen âge le chef-lieu d'une seigneurie considérable dont les possesseurs avaient pris le titre» mais qui, à partir du XY^ siècle, passa en d'autres mains. Les familles de Vandeuil, de Blécourt, d'Aumalle, de Montmorency, de Montguiot et Poulletier ea occupèrent tour à tour le château plus tard détruit et remplacé en 4762 par une construction nouvelle. La nef de la vieille église romane remonte au XIV« siècle.

L'autre commune, Cambronne les-Clermont, est située dans l'arrondissement dont nous venons d'écrire le nom et fait partie du canton de Mouy. Eglise vénérable là aussi par son antiquité, puisqu'elle fut consacrée en 1239.

C'est vraisemblablement d'une de ces communes que la famille du général Cambronne a dû, à une époque qu'il est difficile de préciser, emprunter le nom qu'il a illustré et, ce qui permet de le croire, c'est qu'elle est certainement originaire de Picardie.

Dans une notice intéressante, M. de la Nicullière-Teijeiro, archiviste de la ville de Nantes, a reconstitué la généalogie des parents et des grands-parents de Cambronne, d'après les registres des actes de baptême et des actes de Tétat-civil. Nous la reproduisons à notre tour, en nous réservant de la compléter et de la rectilier sur certains points.

Jean-Louis Cambronne, courtier de toiles, marié à Marie-Anne Blondel, qui habitait Saint-Uuentin au commencement du XVIII^ siècle, eut trois enfants, deux fils Jean et Louis-Marie et une fille Françoise. Laissons de côté cette fille qui épousa en 1736 Pierre-Alexis Saugnier, dont le père avait exercé les fonctions de consul — quelque chose comme membre de la Chambre de Commerce — et revenons au fils Louis-Marie qui se maria à Saint- Quentin, le y juillet 1731, avec Marie-Anne Kencuve.

Louis-Marie eut au moins sept enfants, cinq fils, André, Louis-Jacques-Nicolas, Pierre - Charles , Marie-Antoine- Alexis et Nicolas-François, que nous n'inscrivons peutêtre pas dans l'ordre de primogéniture, e deux filles, Marie-Anne, qui se maria dans la suite à Louis Roger, marchand apprèteur de toile, à Saint-ljuentin et Jeanne- Françoise- Véronique, qui épousa à Saint-Uuenlin un de ses cousins, Quentin-Corneil Cambronne.

Nous donnerons à la fin de ce livre, aussi exactement que faire se pourra, l'arbre ^néalogique de la famille Cambronne. Revenons pour l'instant à Louis-Jacques- Nicolas qui se marie à Nantes en l'église Sainte-Croix le

12 décembre i763 avec la fille cadette d'un négociant nantais alors décédé, Thérèse Daller. Il en eut Tannée suivante deux jumeaux, garçon et fille, qui ne vécurent pas et moururent au lendemain de leur naissance (17 nov. 1764), un iils Louis-Charlcs-François, né le 22 mai 1766, mort le 9 juillet 1792 et un autre fils Pierre-Félix, baptisé, le 9 février 1768.

Sa sœur, Jeanne-Françoise-Véronique née le 16 octobre 1737 et baptisée le môme jour à la paroisse Saint-Jacques de Saint-Quentin, mourut jeune encore en 1760. Elle avait épousé, le 30 mai 1756, son cousin, Quentin-Corneil Cambronne, marchand brasseur. Leur mariage fut célébré par l'abbé André Cambronne, « chanoine de Téglise collégiale de Neslo, frère de Tépouse », mais il dura peu, puisque quatre ans après, il était dissous par la mort de la femme.

Elle laissait deux filles qui épousèrent Tune M. Lefebvre de Saint-Quentin, Tautre M. Viéville. Resté veuf, Quentin Corneil Cambronne se remaria avec Anne-Françoise Adan dont il eut six enfants. Leur descendance vit encore à Saint-Quentin, Ay, Arras, Lille et Paris.

Mais des enfants de Louis Cambronne^ celui qui doit nous intéresser le plus directement, c'est Pierre-Charles Cambronne, né le 25 décembre 1738 à Saint-Quentin. Il avait dû assister au mariage de son frère aîné et être séduit par les bonnes manières de Charlotte Daller, la sœur aînée de sa belle-sœur. Il la demanda en mariage, et l'épousa à Nantes, le 28 janvier 1765, à la chapelle dé la Madeleine (paroisse Sainte-Croix) qui s'élevait alors à l'angle de la chaussée de ce nom et du quai des Fumiers (depuis quai Magellan); mais si cette union fut heureuse, elle ne le fut pas longtemps. Le 5 janvier 1767, Charlotte

accouchait comme sa sœur Thérèse de deux jumeaux morts-nés, hélas! elle ne leur survécut guère, et le 25 du même mois, elle succombait elle-même à Tàge de trente ans seulement.

Son mari ne resta veuf que deux ans et, le 31 janvier 4769, il épousait à Téglise Saint-Martin de Noyon Françoise-Adélaïde Druon, lille de Charles Druon, licencié eslois, conseiller du roi en l'élection de Noyon, lequel n^avait pas moins de huit enfants.

Nous avons sous les yeux le contrat de mariage de Pierre-Charles Cambronne passé le 30 janvier 1769 par devant les c notaires royaux gardes-nottes héréditaires et tabellions au baillage de Noyon », Caillet et Sauvel. Il eonstate le régime de la communauté « en tous biens, meubles, acquêts, conquets, immeubles » suivant la coutume de Noyon, que les époux y habitent ou non. Le futur apportait en meubles, marchandises et argent une valeur de quinze mille livres. Les parents de la future lui constituaient en dot une somme de dix mille livres payés comptant.

Chacun des époux mettait dans la communauté deux mille livres, outre leurs habits et linges ; le reste de leur apport leur demeurait propre. De plus, le futur douait la future, si mieux elle n'aimait prendre le douaire coutumier, de la somme de quatre cents livres de rente viagère et annuelle.

Le contrat réglait également ce qui adviendrait en caa de décès ou de dissolution de communauté, sans décès.

Mais ce qui n'est pas moins intéressant que les conditions du contrat, c'est la liste de ceux qui furent témoins, accompagnée de l'indication de leur parenté avec les futurs époux.

Du côté de Pierre-Charles Cambronne, c'est d'abord son père Louis; son frère Marie-Antoine-Alexis, t garçon majeur » ; sa sœur Marie-Anne, épouse Louis Roger, alors consul en exercice à Saint-Quentin ; son beau-frère, Quentin-Corneil Cambronne, mari de sa sœur Jeanne- Françoise-Véronique, qualifié de « marchand , ancien consul y> ; François Reneufve, ancien maire de Noyon ; ses cousins Jacques^ Christophe Reneufve, « garçon majeur », Claude-Nicolas Reneufve, conseiller du Roy, « grenetier au grenior à scel » (sic) de Noyon et Jacques- Maurice Reneufve, « garçon majeur ».

Du côté de Tépouse, c'est son père Charles Druon, licencié-ès-loix, conseiller du Roy, élu en l'élection de Noyon, sa mère, dame Marie-Louise Frassens ; son frère, M« Charles-Louis Druon, avocat en parlement, conseiller du Roy et son procureur en la Maîtrise des Eaux et Forêts de Noyon, Péronne et Roye ; sa sœur Marie-Thérèse-Aldegonde Druon, fille majeure ; son beau-frère M* Jeanh Charles-MarieMargerin, conseiller du Roy, garde-marteau en la maîtrise de Noyon, et la femme de ce dernier, sœur de la future, Marie-Catherine-Louise Druon.

Pierre-Charles Cambronne avait alors trente ans et sa seconde femme vingt-sept. Leur union ne laissa pas que d -être féconde, puisque, suivant l'exemple de sa mère, madame Cambronne eut également huit enfants.

i® Adélaïde-Marguerite, baptisée le 23 janvier 1770, morte le 7 juin 1786 et que Rogeron de la Vallée, auteur d'une Vie de Cambronne sur laquelle nous aurons à dire notre sentiment, donne à tort comme épouse de François Lemerle.

20 Pierre-Jacques-Etienne, le futur général, né le 26 décembre 1770, à qui ce livre est consacré.

3<> Amable-Charles-François, né le 30 mai i772.

4° Constant, baptisé le 4 avril 1773.

5® Stanislas-Louis, baptisé le i8 juin 1776, décédé le 23 février 1781.

6® Constant-Louis-François, né le 15 août 1778, mort glorieusement à Austerlitz à l'âge de vingt-huit ans, comme sous-lieutenant au 46* régiment d'infanterie de ligne^ dans la compagnie même où'avait servi La Tour d'Auvergne.

7<> Justine Cambronne, baptisée le 10 novembre 1780, qui épousa en premières noces Armand-Pierre Lemerle, commis au bureau des contributions directes à Nantes, et en second mariage Jacques Philippe Ferro, capitaine en retraite, chevalier de la Légion d'honneur et de St-Louis.

De son premier mariage, Justine Cambronne avait eu huit enfants :

(a) François Lemerle, qui figurait sur le testament de la générale Cambronne, avec l'indication de la profession d'artiste, mais qui mourut avant elle, comme nous l'apprend l'inventaire dressé à la mort de cette dernière, le 5 janvier 1853, à Paris;

(b) Armande-Justine Lemerle, qui portait les prénoms de son père et de sa mère et devint la femme de Jean- Louis Cabanne. Nous la voyons figurer en 1863^ comme veuve sans enfants, dans un acte notarié. Elle était rentière et habitait Saint-Jean-Bonnefonds (Loire) ;

(c) Marie-llachel Lemerle, née le 16 Septembre 1808, qui épousa à Nantes, le 31 décembre 1825, M. Philippe- Jacob Vincent, rentier. Elle demeurait en 1863 à Paris, 23, route de Choisy.

(d) Joseph-Silas Lemerle , raffineur , domicilié à répoque que nous venons d'indiquer à Paris, 69, me de Flandres, avec sa femme Célina-Augustine-Fanny Pressensë. Cette dernière, aujourd'hui veuve, vit encore. Elle demeure à Porte-Chaise, en Saint-Sébastien près Nantes et porte gaillardement ses quatre-vingts ans. Elle est née à Nantes le 4 mars i813. C'est à elle que nous devons une partie des renseignements qui précèdent.

(e) Gertrude Lemerle, née à Nantes, en 1813.

(f) Caleb Lemerle, né le 3 mai 1815 à Nantes.

(g) Claudine-Oauphan Lemerle qui épousa Pierre- François Lhéritier, docteur en médecine.

(h) Enfin Noëmie-Thérèse Lemerle, qui mourut à Nantes le 23 janvier 1829.

Justine Cambronne mourut à Angouléme, faubourg Labussatte, rue Montlogis, 70, le 22 juin 1861, à Tàge de plus de quatre-vingts ans, et son second mari, M. Ferro, la suivait quelques mois après, le 27 septembre, dans la tombe, sans postérité, laissant par testament sa fortune aux trois enfants encore vivants de sa femme.

8«> Enfin Lucie, baptisée le 5 juin 1782.

De cette grande et belle famille, qu'est-il advenu? Adélaïde-Marguerite, l'aînée, meurt à l'âge de seize ans; nous ignorons le sort d'Amable-Charles-François, de Constant, de Stanislas-Louis, de Lucie; nous suivons un peu plus longtemps dans la vie Justine, dont nous retrouvons la présence aux principaux actes civils de l'existence de son illustre frère, nous connaissons la mort glorieuse de Constant-Louis-François, dont M. de laNicollière a retrouvé dans les registres de l'état-civil de la mairie de Nantes

(an* XIV, i806, 2« division, folio 154) l'acte de décès bien digne des honneurs de la reproduction :

Extrait du registre de létat-civil au 46^ régiment d'infanterie

de ligne

Conformément à Tinstruction du Ministre de la Guerre, en date du 24 brumaire an xii, sont comparus devant moi soussigné officier payeur du 46^ régiment de ligne, les nommés Dorothé Merens, sous-lieutenant à la Ire compagnie du ^♦î bataillon, Jean Richard, sergent-major et Pierre Noblct, caporal fourrier à la compagnie de grenadiers du 2«, tous trois du dit régiment, pour y déclarer ce qui suit :

Le onze frimaire an quatorze, a été tué, en notre présence, sur le champ de bataille, à Austerlitz, le sieur Constant Cambronne, sous-lieutenant à la compagnie de grenadiers du 2'i bataillon, fils de... et de..., né le seize aoust mil sept cent soixante-dix-huit, à Nantes, département de la Loiro-Iuférieuro, que nous avons parfaitement connu.

Delaquelle déclaration nous avons pris acte que les témoins ont signé avec nous à Austerlitz, les jour^ mois et an que dessus. Signé: Merens^ sous-lieutenant; Richard, sergent-major; Noblet, fourrier, et Le Tellier^ officicr-pa\ eur.

Certifié par le colonel du dit régiment, G. Latrille.

Fellonneau.

En marge est écrit: No 16, acte constatant lo décès du nommé Constant Cambronne, sous-lieutenant aux grenadiers du âe bataillon, signalé au registre des ofl&ciers, sous le n*^...

Il appert, suivant Tacte de naissance du défunt qu'il se nommait Constant-Louis-François Cambronni^ et qu'il était fils du sieur Pierre-Charles Cambronne, négociant, et de dame Françoise- Adélaïde Druon.

11 ne nous reste plus qu'à parler de Pierre-Jacques- Êtiennc Cambronne, mais auparavant disons que son père mourut le 6 octobre 1784, âgé de quarante-cinq ans

seulement. Bien que qualifié de négociant, terme élastique qui comprend au besoin le plus humble commerce, le père Cambronne passait pour n'avoir qu'une position de fortune fort modeste. Nous le voyons exempté, sur sa requête, du logement des gens de guerre, par délibération de la ville et communauté de Nantes du 30 mai 1778, comme garde-magasin des poudres et salpiHres (1). Onand il mouinit dans la paroisse de Sainte-Croix, il laissait à sa veuve qui n'avait alors que quarante-deux ans, la charge de jeunes enfants dont l'aînée n'était Agée que de quatorze ans et la plus jeune de deux ans seulement. Nous avons sous les yeux l'inventaire des meubles, elTots et marchandises fait au décès de Pierre-Charles Cambronne, par Noiron, commis-grelïier au présidial de Nantes, avec l'aide de Pierre Cox, ïnaîivQ/rippier, llaute-Grande-Uue. Nous en donnerons en annexe quelques passages curieux pour les modes du temps, ce que nous pouvons dire dès ici, c'est que Cambronne, marchand de bois du Nord, laissait une fortune prisée 140.447 livres 2 sols 9 deniers, somme assez considérable pour l'époque. Mais il fallait un homme pour conduire un pareil négoce et ce n'était pas trop de toute la vaillance de la mère de famille pour mener à bien l'œuvre que lui laissait la mort prématurée du chef frappé dans la fleur de Tàge.

(1) Archives municipales de Nantes. Administration communale

BB 106, loi. i:;.

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