CHAPITRE IV
CAMBRONNE A LA LÉaiON NANTAISE
Et pourtant, malgré cette existence vouée à la patrie, malgré ces campagnes qui le menaient de l'Ebre au Danube, des côtes de l'Océan aux montagnes saxonnes,, malgré des états de services qui suffiraient à illustrer plus d'un officier supérieur, nous ne connaissons pas grand^ chose de la vie militaire de Cambronne. Il avait dû cependant, au cours des guerres qui le tinrent presque constamment éloigné de Nantes, écrire aussi souvent que possible à sa mère, la mettre au courant des batailles auxquelles il prenait part, des incidents multiples de cette vie mouvementée, des épisodes qui signalaient la promenade des aigles impériales à travers TEurope. D'Espagne surtout, où il se battit pendant quatre ans, et plus tard de rfle d'Elbe où il n'avait pas grande besogne à faire et même de la prison d'Ashburton où les Anglais l'enfermèrent après Waterloo, il n'est pas admissible qu'il n'ait pas correspondu avec ses parents, ses amis de F;*ance. A la mort de M"* Cambronne mère, il dut retrouver ses lettres ; à sa mort à lui, sa veuve dut à son tour les garder, puisque l'inventaire du 11 janvier 1854 fait après son décès note, parmi les pièces cotées, a les états de service et M autres papiers relatifs à la personne du général Cam- I» bronne. »
Que sont devenus ces documents et bien d'autres ? Estce parce que l'Etat finit par recueillir la belle fortune du général que les archives familiales de Cambronne ont disparu de Nantes? Ces papiers précieux à tant d'égards»
sont-ils irrémédiablement détruits? ou sommeillent-ils dans quelque coin perdu d'archives ignorées où les vers les dévoreront avant qu'une main curieuse soit venue troubler leur œuvre de destruction ?
Ce sont là des points d'interrogation que nous voulons pour l'instant nous borner à poser, sans perdre l'espoir d'arriver à y répondre un jour, tant nous avons déjà découvert de renseignements inédits depuis que nous nous sommes mis au travail.
Aussi bien, avant Waterloo, avant son procès devant le conseil de guerre, Cambronne, d'une modestie exemplaire comme sa bravoure et son dévouement, s'était-il toujours volontairement tenu à l'écart. « On connait peu de détails sur la vie du général Cambronne », dit la préface d'une brochure publiée, dès 1816, sur son procès (1). Aussi tout ce que nous aurons trouvé sur sa vie militaire n'en acquerra-t-il que plus de prix.
Et tout d'abord, donnons ici ses états de service. M. de La Nicollière les a publiés pour la première fois, en en faisant' demander la copie au ministère de la guerre en 1886, de la part du général Mellinet, par l'entremise du général Yanson. Il les aurait trouvés presque aussi complets, dans le dossier de la Statue de Cambronne^ joints à une lettre du général Pelet que nous analyserons à sa place. Bien que ces deux copies aient été puisées à la même source, elles comportent pourtant sur certains points et sur certaines dates des différences que nous indiquerons.
(1) Procès du gênerai Cambronne^ commandant de la Légion d'honneur. Imprimerie de Fain, place de TOdéon, Paris, 1816. (Brochure rare, que ne possède pas la Bibliothèque Nationale et que nous avons découverte à Londres, au British Muséum).