‹ CambronneChapitre 8 sur 73 · CAMPAGNES · texte numérisé non relu

CAMPAGNES

1792-1801 Armées des Ardennes, du Nord, des cdtes de

Brest^ des côtes de Cherbourg, de FOuest»

de Rhin et Moselle, d'Angleterre, da Danube et du Rhin.

1804-1805 Armée des côtes de TOcéan.

1806-1807 Grande Armée.

1808 Armée d*Espagne.

1809 Armée d* Allemagne.

1810, 1811^ 1812 Espagne.

1813 Saxe.

1814 France.

1815 Armée du Nord.

Quelques-uns des documents que nous avons consultés au ministère de la guerre portent en outre les indications suivantes des généraux sous les ordres de qui servit Cambronne, au cours de ces diverses campagnes :

Armée des Ardennes Lafayette et Luckner.

Armée du Nord Dumouriez

Armée des côtes de Brest Canclaux, Léchelle

Armée des côtes de Cherbourg. . . . Rossignol, Canclaux, Hoche*

Armée de l'Ouesl Hoche.

Armée de Rhin et Moselle Moreau, Augereau.

Armée d'Angleterre Bonaparte.

Armée du Danube Jourdan, Masséna.

Armée du Rhin Masséna, Moreau.

Armée des côtes de TOcéan Soult.

Armée d'Espagne (1810, 1811, 1812) Duc d'Istrie et Comte

d'Orsenne.

Comme on l'a dit avec raison, d'aussi beaux états de service se passent de tout commentaire. Leur éloquente concision énumère les nombreux traits de bravoure de Cambronne qui sut immortaliser son nom au milieu de la pléiade de généraux illustres des premières années de ce siècle.

Nous allons maintenant reprendre par le détail les principaux faits que résument les états de service de Cambronne.

C'est le 27 juillet, en qualité de grenadier, qu'il s'engage dans le premier bataillon de Mayenne-et-Loire (1). De gros souliers avec une épaisse semelle garnie d'un triple rang de clous; des guêtres étroites d'étoffe noire, boutonnées jusqu'au genou; une culotte de toile blanche; un habit dont les revers de drap rouge formaient comme une large tache de sang sur chaque sein et dont les longues basques battaient sur les mollets; deux courroies -de cuir jaune se croisant sur la poitrine et soutenant l'une la giberne sur les reins, l'autre le sabre sur le flanc gauche; sur le dos, le sac de peau de chèvre du soldat, la moustache naissante et frisée, les cheveux longs, poudrés et séparés au sommet de la tète, pendants sur les oreilles et noués par derrière avec un cordon de soie; pour coiffure, un bonnet de fourrure au milieu duquel luisait une plaque de

(1) L'Hiêtoire du !•' bataiUon des Volontaires de Maine-et-Loire (1791-1796), par François GrUle (Paris, Amyol, 1850, 4 vol. in-S»), ne mentionne pourtant pas le nom de Cambronne.

cuivre argenté portant le numéro du bataillon ; enfin pour arme, indépendamment du sabre, un lourd fusil à un seul tube, au bout duquel s'ajustait la terrible bayonnette, tel était le costume de Cambronne quand le 1" août 1792 il prit congé de sa mère pour rejoindre son corps avec cinq autres volontaires de Saint-Sébastien.

Quand ils arrivèrent à Angers, leur bataillon était parti. Ils n'atteignirent Paris que le 13 et y restèrent quinze jours, avant de se remettre en route pour Verdun, mais ils n'y pénétrèrent pas et ce n'est que le 15 septembre, après Dieu sait combien de marches et de contre-marches, qu'ils finirent par rencontrer à Clermont-en-Argonne les volontaires angevins encore tout émus de la mort de leur commandant Beaurepaire.

Le 6 novembre, Cambronne reçoit à Jemmapes le baptême du feu et il assiste, ébloui, à la conquête de la Belgique. C'est à Anvers qu'il se trouvait dans les premiers jours de 1793, quand la Convention victorieuse licencia, faute de ressources, ceux de ses défenseurs qui aspiraient à revoir leur famille. Il regagna Paris, puis Orléans et c'est dans cette ville qu'il s'embarqua sur la Loire, à bord du bateau du marinier Jacques Malivet que ne mit pas moins d'un grand mois pour le déposer sur la cale du Port-Maillard.

Il trouva Nantes en proie à l'agitation la plus vive. La ville toute dévouée au noHvel ordre de choses avait à lutter contre la résistance de la noblesse et du clergé qui entraînaient à leur suite les campagnes fanatisées. D'une extrême bienveillance même pour ceux dont il ne partageait pas les opinions politiques et religieuses, il avait déjà l'année précédente, avant son départ pour l'armée, sauvé les jours de l'abbé Duménil, devenu depuis curé de VillèrÉvêque, près d'Angers, en lui donnant un asile chez sa

mère pendant deux mois, et cet acte d'humanité ne sera pas le seul que nous aurons à enregistrer à Tactif de Cambronne. Mais il n'en était pas moins foncièrement attaché à la Révolution et, quand Nantes fut menacé par Tarmée catholique et royale, il fut inscrit comme sergent, le 17 juin 1793, dans les rangs de cette fameuse Légion . Nantaise, recrutée, jusqu'à concurrence de huit cents hommes, dans l'élite de la jeunesse et qui s'immortalisa par sa générosité, sa bravoure et ses exploits.

Trois jours après, Cambronne se distinguait déjà au village de la Louée, où la mort de Coëslin avait démoralisé les soldats républicains qui battaient en retraite. Les charretiers avaient abandonné aux mains des Vendéens un caisson de munitions qu'il s'agissait de leur reprendre. Cambronne s'élance à la tète de sa compagnie et parvient, après avoir égorgé l'escorte ennemie, à ramener le caisson dans les rangs des bleus étonnés de tant d'audace et de bonheur (1).

Au mémorable siège de Nantes, la Légion Nantaise se tenait à la porte de Vannes. Le poste desTrois-Moulins est emporté par les troupes royalistes et les gardes nationaux qui le défendaient, se replient sur la ville, écrasés par le nombre. Le capitaine Touchard, sous les ordres de qui servait Cambronne, les secourt, les ramène au combat et refoule les Vendéens, mais sans parvenir à reprendre le premier poste perdu. Il ne fallut pas moins que la mort de Cathelineau, tué par un cordonnier de la place Viar-

(1) Les états de service de Cambronne parlent suivant les copies plus ou moins lisibles qui ont été faites, soit de Salonay, soit de liaunay. Ce sont des inexactitudes manifestes : il n'y a pas eu de rencontres de ce nom et c'est de La Louée, orthographiée quelquefois Lalouay, qu*il s*agit.

mes, pour jeter le désordre et la panique parmi les assaillants et les contraindre à la retraite. Cambronne, qui s'était multiplié dans cette journée sans laquelle Nantes et la République étaient perdus, obtint, pour prix de sa bravoure, le grade de sergent-major.

Nous le retrouvons, le 20 août, à Paimbœuf où sa compagnie débarque, malgré la fusillade des royalistes qui reculent devant le courage des légionnaires nantais. On rapporte que, muni d'un billet de logement, Cambronne refusa d'en profiter à cause de la misère extrême des malheureux qui lui devaient place au feu et à la chandelle. Il abandonna même à la pauvre famille, aux enfants affamés son pain de munition et s'en fut dormir dans la rue, la tète sur son sac, entre deux bornes.

Le 25 août, Cambronne était de retour à Nantes et dès lors il ne se passa peut-être pas de jour sans qu'il fût appelé à quelque reconnaissance dans la campagne, à quelque escarmouche contre les chouans. Charette attaqua le 7 septembre le camp des Naudières où Beysser commandait. La Légion Nantaise contribua vaillamment à repousser cette attaque. Le camp de La Balinière fut à son tour assailli dans la même journée, mais également défendu par l'invincible Légion. Toujours en tête de sa compagnie, Cambronne se fit remarquer parmi les plus méritants et, à cette époque où l'avancement était rapide, il fut nommé le 8 septembre lieutenant de sa compagnie (1).

(1) Mellinet (La Commune et la Milice de Nantes^ tome 8. p. 91) donne le rapport du général Canclaux sur cette double défense. Il se termine par l'ordre du jour suivant :

« Au nom de la République, le général en chef remercie et félicite « les généraux, son état-msgor, les officiers, sous-officiers, volontaires

Le lendemain soir, 9 septembre, il occupe le château d'Aux, que M. de Chataigner cherche à surprendre à la faveur de la nuit. Mais les royalistes sont repoussés et quelques-uns d'entre eux faits prisonniers. Pourquoi n'ajouterions-nous pas foi à un certificat servi en 1816, pendant son procès, et d'après lequel Cambronne aurait à cette date sauvé la vie à deux de ces prisonniers, M. Yves Chataigner et un rennais, du nom de Joseph ? Ces marques de générosité n'étaient pas surprenantes de la part de notre jeune lieutenant.

Vers le mois de janvier 1794, la Légion nantaise est détachée en partie au Groisic, Cambronne s'y trouvait. S'il faut en croire la tradition, les officiers de la Légion auraient été dénoncés à Fouquet, un des séides de Carrier, comme coupables d'incivisme pour s'être installés, en guise de caserne^ dans un vieil hôtel dont les tapisseries portaient encore des fleurs de lys et des médaillons à l'effigie de Louis XVL Tout au plus, est-il permis de penser que c'était là un des griefs invoqués par Fouquet, mais il y en avait certainement d'autres, vrais ou faux, en tous cas moins ridicules. Fouquet, qui avait le titre d'adjudantcommandant, vint au Croisic et voulut faire procéder à l'arrestation des officiers et sous-officiers inculpés, au nombre de quarante, mais il ne trouva personne parmi les soldats et moins encore parmi les habitants, pour exécuter ses ordres et il dut quitter honteusement le Croisic,

« et soldats de toute Tannée, de leur brave et généreuse conduite et « de leurs succès, h

Cette journée dans laquelle les chefs de la basse Vendée Tirent échouer tous leurs projets facilita sans doute la marche rapide de Tannée de Canclaux dans le pays.

heureux encore de n'avoir pas subi le sort qu'il réservait à ses adversaires.

Du Croisic à Guérande la distance était trop courte pour n'être pas souvent franchie par les officiers de la Légion Nantaise. Une délibération du conseil général delà corn* mune de Guérande du 5 août 1793 ordonne de préparer des logements à 200 hommes du bataillon de Seine-et- Oise commandée par Bizet et à plusieurs autres officiers, au nombre desquels figure Cambronne. Nous ne savons s'il y vint à cette date, s'il y resta et pendant combien de temps, mais nous l'y retrouvons le 5 floréal, an II (24 avril 1794) ainsi qu'en témoigne le très curieux procèsverbal inédit dont nous devons le texte à l'obligeance de M. Emmanuel de Boceret :

Du 5 Floréal de Van II de la République Française

une et indivisible

Assemblée publique du Conseil municipal de la Commune de Guérande, tenue en la Maison Commune dudit lieu, où présidait le Citoyen Retel, premier Officier municipal.

Présent le Citoyen Le Borgne, agent national provisoire.

A l'endroit le Citoyen Moysen, Maire, a dit :

Citoyens^ Ce jour, dans votre absence environ les 3 heures de l'aprèsmidi, s'est présenté à la Maison Commune le Citoyen Cambrone, Officier des Grenadiers de la Légion Nantaise en garnison dans cette Ville, qui outre les insultas qu'il n'a cessé de me faire, m*a en outre menacé. J'ai cru devoir, par respect pour la place dont je suis honoré, rapporter procès-verbal du tout et sur lequel je

vous prie de délibérer.

Signé : Chiei Motsbn, maire.

La municipalité, tprès s'être fait donner lecture, par le Secrétaire Greffier du procès- verbal rapporté ce jour, par le Citoyen Moysen, Maire^ contre le citoyen Gambrone, Officier des Gre-

nadiers de la Légion Nantaise en garnison dans cette ville, et après avoir délibéré sur le tout, considérant combien est répréhensible et même punissable le Citoyen Cambrone pour la conduite qu*il a tenue envers le citoyen Maire, autrement le fonctionnaire public serait sans sûreté à son poste et ne pourrait remplir avec toute la tranquillité qui convient à son caractère, les pénibles mais honorables fonctions dont il est chargé.

Ouï Tagent national provisoire, déclare louer et approuver la conduite du Citoyen Maire dans le refus qu*il a fait de mettre de suite en arrestation la citoyenne Dory, parce que seul il ne le pouvait pas sans consulter et avoir Tavis de la majorité des membres qui lui sont associés.

Et attendu que la citoyenne Dory a été trouvée sans cocarde, la condamne ir garder la prison pendant huit jours conformément à la loi du Sfl septembre 1793.

Arrête en outre que le procès-verbal susdit restera déposé au Greffe de celle Commune, qu'expédition de celui-ci, ainsi qu'une du présent seront envoyées au citoyen Normand^ Commandant de la dite Légion, qui est requis par le présent d'appliquer ou do faire appliquer par qui de droit contre le dit Cambrone, la peine que la loi prononce en pareil cas.

Signé: Belliotle le jeune, Noize, Le Dorguet agent, Gautier, Gagouart et Retel.

Ce qui s'était passé se devine sans peine. Cambronne avait rencontré dans les rues la citoyenne Dory, filUidu fournisseur des étapes, sans cocarde et, par suite, en contravention avec la loi du 21 septembre 1793 (1). Peut-

(1) Ces prescrii)tions n'étaient pas moins strictement appliquées à Nantes. Témoin cet avis, du 8 pluviôse an IV, de radminislration municipale de Nantes à ses concitoyens :

« Citoyens,

» Vos administrateurs s'appcrçoi . ent avec douleur que plusieurs personnes, et particulièrement les femmes, négligent de porter la cocarde tricolore, ce sij?ne de ralliement des Républicains français.

» Plusieurs lois t'ont une obligation formelle à tous les citoyens de

être avait-il eu à se plaindre pour ses hommes de quelques distributions insuffisantes ou de mauvaise qualité. Toujours est-il qu'il fit des observations au maire en l'invitant à faire arrêter séance tenante la coupable. Et comme le maire n'allait pas assez vite au gré de ses désirs» il rinjuria et le menaça.

De là réunion du Conseil, qui demande la punition de Cambronne, ce qui ne l'empêche pas, en attendant, d'infli-^ ger huit jours de prison à la citoyenne Dory. Le 8 floréal, c'est-à-dire trois jours après, toute cette grande colère s'était apaisée, soit par peur des soldats, soit par bonté d'àme ; et un nouveau procès-verbal, curieux aussi dan& le libellé de ses motifs, venait annuler le premier.

Voici ce document :

La Municipalité,

« Considérant que le citoyen Cambronne est un franc et loyal républicain,

» Que sa bravoure est connue par tous ses compagnons d'armes qui, en différentes occasions, ont été témoins do sa valeur et de la haine implacable qu'il porte aux tyrans;

» Considérant que si ledit Cambronne s'est écarté du respect que tout citoyen doit aux représentants du peuple, ce n'est qu'uiv oubli involontaire auquel l'a porté sa tête éprise par le vin.

» Qu'un pareil oubli, quand il n'a pas pour principe la méchanceté appuyée de l'incivisme, doit être repris, sans doute, mais

Tun et l'autre sexe de s*en décorer et prononcent des peines contre ceux qui paroissent en public sans Tavoi^

» Celle du 21 septembre 1793 (vieux style) enjoint positivement 9ux femmes de la porter ; elle punit celles qui ne le font pas, la première fois de huit jours de prison, et en cas de récidive, elles sont réputées^ suspectes. Quant à celles qui arracheraient à l'autre ou profaneraient la cocarde nationale, elles seront punies de six ans de réclusion ».

Suivait Tinjonction d'avoir à porter la cocarde nationale, avec lessignatures de Beaufranchet, Haudaudine, Lecadre, Fourny, Couprie, Ogier et Dorvo.

que l'auteur ne doit pas subir la peine que mériterait celui qui serait dans le cas contraire ;

» Ouï l'agent national provisoire ;

» Arrête que le citoyen Normand, commandant la Légion Nantaise^ en garnison dans cette ville, sera invité à vouloir bien, sur les procèâ-verbaux et l'arrêté de cette municipalité qui lui ont été envoyés, ne faire punir le dit Cambronne que par la police de son corps.

Cambronne dut être modérément puni, si même il le fut. D'après la tradition, jCambronne et ses soldats remplissaient Guérande de tumulte et faisaient mille dégâts aux alentours. On trouve trace de ces incartades dans quelques délibérations des pouvoirs publics, une fois entre autres, où le sentiment général leur reprochait de taillader à coups de sabre les jeunes arbres des promenades, de tirer àla cible dans les branches et les troncs et de détériorer les marais salants, en y allant à la pèche. Il fut même question de la profanation d'un christ, mais rien n'établit une part quelconque prise par Cambronne dans ces faits et il n'est pas désigné nommément dans les délibérations relatives aux dégâts commis sur les promenades et dans les marais salants.

Cambronne séjourna aussi quelque temps à la Roche- Bernard, où il fut logé par réquisition chez une dame de Boceret, qui n'avait pas émigré. M. Emmanuel de Boceret, neveu de cette dame, duquel nous tenons ces détails, a entendu dire dans sa famille que Cambronne s'était battu en duel en pleine rue, à côté de l'hôtel-de-ville de La Roche-Bernard, il est vrai qu'il était trois heures du matin. Blessé au bras, Cambronne alla se coucher, sans soufDer mot, mais le lendemain, son lit ensanglanté le trahit. Toutefois, il ne voulut fournir aucun renseignement et aux questions qui lui furent faites par M>°* de

Boceret, qu'il estimait beaucoup malgré Tantagonisme de leurs idées, il répondait seulement: — Ce n*est rien. Madame, ce n'est rien.

Peut-être ne s'agissait-il môme pas d'un duel, mais d'une simple rixe, dont nous avons trouvé le récit dans un volume devenu fort rare aujourd'hui, Souvenirs et Anecdotes sur la Révolution française ou plutôt contre elle, publiés par M. G. Audiger, d'un style ampoulé et médiocre (1). Voici ce récit qui figure à la page 54 de la seconde édition et que nous reproduisons sans en garantir l'authenticité et sans en approuver l'esprit :

La Ville de La Roche-Bernard avait aussi sa société populaire et, un jour que celle-ci tenait sa séance, et qu'un de ses membres était à la tribune, prononçant un discours qui sentait furieusement le gibet, le capitaine Cambrone, aujourd'hui maréchal de camp et qui commandait alors la Légion Nantaise, se présenta au club avec plusieurs de ses amis, tous jeunes officiers qui s'égayèrent hautement aux dépens des clubisles et surtout de l'orateur qui occupait la chaire aux harangues.

La gent sans-culottide ne s'amusa pas de leurs plaisanteries et les invita très-grossièrement à quitter la séance; Cambrone dissimula son mécontentement et dédaigna do corriger l'insolence de ces frères et amis et sans imaginer qu'il fui possible de jamais manquer d'égards envers des gens aussi incivils, il va d'un pas assuré allumer sa pipe au flambeau qui éclairait le président, vrai président à mortier, car c'était un maître maçon qui, choqué d'une familiarité qui semble insulter à sa dignité, se plaint amèrement de la licence que prend le Capitaine. Celui-ci

(1) La couverture porte ces mots : A Paris, chez le» principaux libraires, 1832.

On lit sur la première page : Paris, Audin, quai des Augustins, Delaunay et Levavasseur, Palais-Royai, 1831. Imprimerie de Guiraudet, rue Saint-Honoré, 315. C'est un in-16.

qui faisait profession de mépriser très souvojrainement les Jacobins, ne voulut même pas s'excuser et, au lieu (l*opposer quelqu* raisonnement aux invectives du président sans-culotte, en vrai militaire, Cambrone lui appliqua sur la figure la plus énergique paire de soufflets qu'on ait jamais reçus. Le président quoiqu'étourdi de la colaphisation républicaine du Capitaine, cria: Assassin et tout le tripot patriotique est en émoi. On entoure le chef des bonnets rouges qui, armé de son étourdissante clochette, sonne à tour de bras son appel au peuple.

On chaîne Tennemi, et alors chaises et bancs sont lancés sur lui, flamberge au vent nos jeunes gens d'estoc et de taille se défendent courageusement, évitent en partie Tatteinte du mobilier de la société populaire dont les sociétaires clopin dopant, prennent bravement au large en battant en retraite par les fenêtres, et laissant Cambrone et ses amis maîtres du champ de bataille.

Le lendemain le Comité Révolutionnaire s'assembla et tandis qu'il délibérait sérieusement sur les soufflets dont le président Jacobin avait été gratifié, la Légion Nantaise battait aux champs et les officiers fauteurs du délit riaient de Taventure.

L'affaire n'eut pas d'autre suite que celle qu'éprouva certain gascon qui racontant à quelqu'un qu'on lui avait donné un soufflet, répondit à celui qui lui demandait si l'affaire avait eu des suites : — Oui sans doute elle en eut car ma joue fut très-enflée.

Comme tous les corps d'élite, qui ne se recrutaient que dans une classe spéciale de citoyens, la Légion Nantaise fraternisait peu avec les troupes de la République. Le général Hoche comprit que le seul remède à un pareil état de choses, c'était l'embrigadement de l'armée, autrement dit la fusion des bataillons de ligne dans les bataillons de volontaires : de là la création d'un nouveau corps sous le nom de deuxième Légion des Francs. Cambronne y fut nommé le 6 octobre 1794, capitaine de la compagnie

des carabiniers. C'est à ce titre que nous le retrouvons Tannée suivante à Châteaubriant où ils se trouva mêlé à l'incident que voici. Le 18 floréal an III (7 mai 1795), un siBur Jacques Aulnette, maréchal-taillandier, demeu- , ifant faubourg de la Barre, à Châteaubriant, monta sur la four du four à l'aide d'un grappin et y encloua trois canons.

Cambronne qui l'avait surpris, vint avec la garde et le fit arrêter. Le surlendemain 20 floréal, il fut cité comme témoin et voici sa déclaration :

Pierre (1) Cambronne, capitaine au premier B^^ d'Infanterie légère, en garnison à Châteaubriant, âgé d'environ vingt-cinq ans, a dit n'être parent, alié^ serviteur ni domestique de ceux dont il vat parler.

Déclare que le dix-huit de ce mois environ les deux heures de l'après-midi il alla avec la garde à la tour du four. Ayant regardé à travers la porte il apperçut un particulier à lui inconnu qui étoit monté sur une pièce de canon, que quand la porte fut ouverte la garde se saisit de ce particulier et le conduisit au eorps-de-garde, que le déclarant remarqua que les trois canons qui étoient sur la tour du four avoient été encloiiés. Et n'a autre eonnoissance.

A signé la ditte déclaration après lecture.

CAMBRONNE Capne

L'enquête démontra qu'Aulnette ne jouissait pas de ses facultés mentales.

Cambronne, appelé par ses chefs là où sa présence semble nécessaire, se distingue dans tous les combats qui se livrent en Bretagne, spécialement à Quiberon.

^1) Cétait donc bien, parmi les prénoms de Cambronne, celui de Pierre qu'il préférait, comme nous l'indiquions plus haut.

Nous n'avons pas à refaire ici Thistoire de la descente des armées royales sous le commandement de Puisaye ^t de Sombreuil. Cambronne fit son devoir, mais, une fois la lutte terminée, il s'efforça de rendre aux prisonniers le plus de services qu'il put. Quelques-uns l'ont attesté depuis (1). C'est ainsi qu'il protégea M. Rado-Dumatz, capitaine des grenadiers, qu'il avait eu comme camarade aux Oratoriens, et quelques-uns de ses compagnons d'armes. Il leur procura même les moyens de s'évader du fort Penthièvre et s'occupa encore d'eux quand, repris par un corps d'observation, ils eurent ^té transférés aux^prisons d'Auray. Il leur venait en aide de sa bourse. Il s'efforça d'en faire autant pour M. Pavon de Faymoreau, officier au régiment de Rohan-Soubise, qu'il ne dépendit pas de lui de soustraire à la mort.

Désormais, Cambronne ne connaîtra plus, comme soldat, les tristesses de [la guerre civile dont il cherchait à atténuer les horreurs. C'est contre les ennemis de la France qu'il se battra, et contre eux seulement, avec une bravoure qui n'a jamais subi un moment d'hésitation ou de faiblesse.

C'est le 16 décembre 1796 que le général Hoche quitta le port de Brest pour l'expédition d'Irlande. La deuxième Légion des Francs, où Cambronne était capitaine de carabiniers depuis le 15 vendémiaire an III, faisait partie de

(1) Ces faits ne sont connus que par des certificats produits en 1816 dans le pr()cès intenté à Cambronne. Cest à cette date seulement qu'il songea, pour sa défense, et sans doute sur les conseils de son illustre avocat, à se faire délivrer des attestations qui, eu égard au long temps écoulé depuis les événements qu'elles affirment, manquent à coup sûr de précision dans les dates et dans les détails. Elles n*en sont pas moins l'expression de la vérité et à ce titre, nous les avons notées ici.

l'expédition. La flotille française comprenait quinze vaisseaux de haut bord, vingt frégates, six gabarres, cinquante bâtiments de transport, que montaient vingt-deux mille hommes. Que fût-il advenu de TAngleterre, le seul pays où les armées de la Révolution et de TEmpire n'aient jamais réussi à pénétrer, si une violente tempête n'eût, le soir même, dispersé notre escadre ? Un vaisseau sombra ; un autre, après une défense héroïque, fut pris par l'ennemi, et c'est miracle si le reste de la flotte put regagner les côtes de la France.

Le général Bigarré, dans ses piquants Mémoires , a donné d'intéressants détails sur cette tentative. Il y parle de la Légion des Francs et s'il ne nomme pas Cambronne, nul doute que ces deux vaillants Bretons se soient plus d'une fois rencontrés à ce moment-là, comme depuis.

Pour témoigner à Hoche sa reconnaissance et lui prouver que l'insuccès de l'expédition d'Irlande n'avait diminué la confiance de personne dans son dévouement et son courage, le Directoire l'appela au commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse. La plupart des troupes qui avaient formé sous ses ordres l'armée des eûtes d'Angleterre, le suivirent sur les bords du Rhin. C'est ainsi que le !«' brumaire an V (22 octobre 1796) Cambronne fut nommé capitaine à la 46« demi-brigade.

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