CHAPITRE V
DE ZURICH A HOHENUNDEN
Sous la première République , trois corps qui n*ont rien de commun entre eux portèrent successivement le numéro 46.
C'était d'abord le 46* de ligne, ancien régiment de Bretagne, dans lequel débuta Desaix. Les bataillons de ce régiment se fondirent, après la campagne d'Alsace, en 1793, avec des bataillons de volontaires pour former la 9i« et la 92« demi-brigade de bataille.
En second lieu, ce fut la 46® demi-brigade de bataille, formée en 1794 (le 3 ventôse an II) à Tarmée d'Italie, qu'elle quitta en 1796, après Montenotte, pour être versée dans la 39® demi-brigade de ligne.
Ce fut enfm la 46® demi-brigade de ligne, celle de La Tour d'Auvergne et de Cambronne, qui se forma en l'an V en Bretagne avec les anciennes 17® et 107* de bataille, le 2® bataillon du 9® de ligne (ci-devant Normandie) et les deux bataillons du 39® de ligne (ci-devant Ile-de-France). Cette brigade n'avait pas trois mois d'existence que les hommes furent versés en totalité dans l'artillerie de la marine à Brest. C'est là que le corps fut reconstitué avec les cadres qu'il avait conservés et la Légion des Francs^ où Cambronne était capitaine de carabiniers, et qui elle-même se composait de détachements de vingt hommes tirés de chacun des corps de l'armée de rOuest.
Cambronne, en se rendant à son nouveau poste, s'arrêta quelques jours à Nantes, où il embrassa sa mère, puis il se mit en route pour]Cologne où se tenait alors le quartier général de Hoche. C'est là qu'il prit pour la première fois le commandement d'une des compagnies du bataillon des grenadiers de la 46« demi-brigade d'infanterie de ligne, où il devait s'illustrer pendant près de neuf années. La campagne fut tout d'abord de 'courte durée. Le sanglant combat de Neuwied, l'entrée de l'armée de Sambre-et- Meuse à Francfort, étaient les préliminaires de succès plus éclatants encore que vint interrompre le traité de Leoben.
La paix n'était, à cette époque, qu'une trêve armée. Quand Bonaparte, songeant à une nouvelle invasion de l'Angleterre, mit en mouvement vers la Manche les troupes disséminées sur les bords du Rhin, ce n'était plu^ Hoche qui les commandait. Le vaillant général était mort le i8 septembre 1797, au camp de Wetzlar, trop tôt, hélas I pour la France, pour l'armée et pour la République. C'est Augereau qui lui avait succédé, mais sans le remplacer.
L'armée d'Allemagne, divisée en plusieurs corps, se répartit en diverses garnisons. C'est la petite ville de Bruges qui reçut les grenadiers de la 46« demi-brigade jusqu'au printemps de l'année suivante. Un jour, le i9mai 1798, le commandant de Bruges, Keller, les rassemble, il s'agit de se porter en toute hâte au secours d'Ostende dont le général anglais Coote menace la faible, mais héroïque garnison. Les grenadiers de la 46« marchent pendant toute la nuit, leur troupe se grossit chemin faisant et le lendemain ces braves tombent sur les Anglais retranchés dans les dunes, en tuent plus de deux cents et font les autres prisonniers. |
Augereau^ en disgrâce auprès du Directoire, ne commandait déjà plus, Tarmée de Sambre-et-Meuse qui se partagea, sous de nouvelles dénominations, entre trois autres généraux, Jourdan (armée du Danube), Bernadotte (armée du Rhin), et Masséna (armée d'Helvétie). Après avoir t'înu garnison successivement à Anvers, à Giessen, à Strasbourg, à Mayence, la 46® demi-brigade fut placée à Tarmée du Danube (division Ferino).
Toujours capitaine de sa compagnie, Cambronne passa, vers la fin de 1798, de Flandre en Suisse, d*abord dans la division du centre aux ordres du général Mesnard, puis après la retraite de Jourdan, vaincu à Stokach, une fois Tarmée d'Helvétie fondue dans celle du Danube, dans la sixième division, toujours aux ordres du même général.
On sait combien fut longue et pénible, la campagne d'Helvétie. Que celui qui veut s'en rendre compte, feuillette les rapports de Masséna, publiés au Moniteur Universel^ efdont la concision toute militaire constitue une des plus belles pages de nos annales. H n'est pas une affaire importante où Cambronne ne se soit signalé par son intrépidité et son sang-froid dans la bataille.
Souwaroff avait concentré ses principales forces dans Zurich^ d'où Masséna avait résolu de le débusquer. Le 25 septembre 1799 , la division du général Lorge et une partie de celle du général Mesnard avaient, de grand matin, traversé la Limmath sur un pont de bateaux. Les grenadiers de la 46^ demi-brigade marchaient en tête de cette seconde division qui s'était emparée du petit camp de Hong et des hauteurs d'où l'on domine la ville de Zurich sur la grande route ,de Winterthur.
Dès l'aurore, l'action commençait avec d'autant plus d'acharnement que les Russes n'avaient pas d'autre che-
min pour sortir de Zurich. Korsakoff se défend avec une rare opiniâtreté, mais ses troupes, coupées en deux tronçons par les brigades Lorges et Mesnard, sont culbutées et forcées de rentrer dans la ville.
Nos grenadiers les y suivent et... Mais laissons ici la parole au général Masséna lui-môme dans le rapport qu'il adressa au Directoire exécutif, comme commandant en chef de Tarmée du Danube, sur les opérations de cette armée du 3 au 18 vendémiaire an VIII :
« ... Je fis de suite, dit-il, resserrer la place de Zurich; » Tennemi s'y défendait encore pour protéger sa sortie » par la porte de Rapperschwill qu'il tenait et par laquelle » il espérait encore retirer ses troupes et ses équipages ; » mais le général Oudinot, qui déjà s'était emparé du » faubourg de Zurich, marchait sur le corps de la place » avec la 37®, un bataillon de la 46«, la Légion Helvéti- )) que, un escadron du 9^ hussards et une compagnie » d'artillerie légère. Le chef de brigade Lacroix, à la » tête de la colonne, enfonce à coups de canon la porte » de Baden, égorge tout le poste russe qui la défendait et )) entre dans la ville, faisant un carnage horrible de tout
» ce qui entreprenait de se défendre. » (1)
Voilà pour la prise de Zurich, mais les exploits de la
46* demi-brigade ne s'en tinrent pas là et nous empruntons au môme rapport de Masséna, dans les pages suivantes, les détails suivants sur le combat de Paradis :
« Le 14 vendémiaire, le général Molitor se replia sans » pouvoir ôtre entamé sur les points de Mollis et de » Nœfels où, soutenu très à propos par la division Gazan j» qui arrivait à peine, il s'était maintenu et avait conservé
(1) Moniteur Universetf du H brumaire an VIII, p. 157-159.
» le pont de Nœfels, six fois pris par les Russes et autant » de fois repris par nos troupes, ce qui nous laissait » maîtres des deux rives de la Linth.
» .. Je dirigeai sur Stein etDissenhofen la division Lorge, » sur Paradis et la tête du pont deBussingen le général » Mesnard et sur Wintherthur et Audelfingen la réserve » de grenadiers ; je me rendis moi-môme avec mon chef » d'état-major à Frauenfeld et de là à Audelfingen.
» Le 15, dès la pointe du jour, les divisions firent leur » dernière marche pour se porter sur le point d'attaque. » Celles de Gazan et de Lorge avaient, pour arriver à » leur destination, beaucoup plus de chemin à faire que » celle de Mesnard ; et quoique, à cause de cette différence, » la division Mesnard fût partie plus tard, elle n'eût pas » plutôt commencé son mouvement sur Paradis qu'elle » trouva Korsakow, marchant à sa rencontre avec un » corps de 12000 Russes ou Bavarois. L'engagement fut » très vif, mais la supériorité du nombre des ennemis » arrêtait déjà notre mouvement, lorsque la réserve des » grenadiers arrivant, le combat changea bientôt de face. » L'ennemi fut attaqué avec la plus grande vigueur, le » champ de bataille fut bientôt jonché' de morts et les » bavaro-russes ne trouvèrent leur salut que dans une >y fuite précipitée et en se jetant en désordre dans la tète » de Bussingen ».
Cambronne n'est pas désigné dans ce rapport, mais le général Masséna n'y a pas nommé beaucoup de seg subordonnés. « Tous, écrit-il, généraux, officiers, soldats, » ont parfaitement rempli leur devoir, je regrette de ne » pouvoir les nommer individuellement. » (1)
(1) Moniteur Universel du 13 brumaire an VIII, p. 173.
Toutefois les états de service de Cambronne relatent par une note spéciale, son rôle dans cette chaude journée. Voici cette note :
« A la prise de Zurich, le capitaine Cambronne enleva à » la bayonnette avec sa compagnie deux pièces de canon » qui faisaient feu dans la ville, sous une fausse porte, » contre le bataillon dont il faisait partie. Il prit sur lui » cette manœuvre qu'il exécuta avec une telle vivacité » qu'il empêcha les canonniers de faire une seconde 1 décharge. »
Faut-il ajouter quelques détails à ces lignes trop concises ? On se fusillait, on se canonnait presque à bout portant. Plusieurs pièces russes, favorablement placées, mitraillaient les assaillants. Cambronne comprend aussitôt que ces canons peuvent décider du succès.
— Grenadiers, s*écrie-t-il, c'est là qu'il faut frapper. En avant et à la baïonnette I
Il s'élance le premier sur les pièces. Une volée de mitraille renverse les hommes qui l'entourent, mais ceux qui restent debout, redoublent d'ardeur. Ils arrivent enfin et tuent les canonniers russes sur leurs pièces. Cambronne fait alors tourner ces pièces contre l'ennemi. Après une résistance acharnée des Russes qui essaient de les reprendre, les grenadiers chargent de nouveau à la baïonnette, mettent l'ennemi en déroute et lui font douze cents prisonniers. Il n'en fallait pas moins pour achever la défaite de Korsakofî. Elle était d'ailleurs complète.
Huit mille hommes tués ou blessés, cinq mille prisonniers, une partie de la cavalerie, les bagages, cent pièces de canon enlevées, quinze drapeaux, le trésor, la chancellerie, la chapelle même de l'armée russe, tombés entre nos mains, voilà quel était le bilan de la journée du 26
septembre 1799 qui devait sauver la France républicaine de rinvasion moscovite.
Restait pourtant Souwaroff qui arrivait d'Italie, la rage au cœur et impatient de venger la défaite de son lieutenant, Souwarolî, l'invincible qui cherche à tout prix à se frayer un passage vers le Rhin. Il a devant lui le général Molitor, mais, malgré toute la bravoure des Français, comment avec trois bataillons seulement, résister à une armée de douze mille Russes? On a vu comment, au combat de Paradis, nos troupes vinrent à bout de la supériorité numérique de l'ennemi.
Tant de valeur méritait bien une récompense. Masséna la donna à la 46« demi-brigade sous la forme d'un ordre du jour spécial où il la félicitait de s'être distinguée à l'affaire du 15 vendémiaire an VIII (7 octobre 1799) et d'avoir pris aux Russes cinq drapeaux et deux pièces de canon :
Braves soldats,
Quelle part brillante n'avez-vous pas eue dans les mémorables événements qui viennent de se passer 1 Partout l'ennemi vous a vus lui présentant un front inexpugnable ou l'enfonçant avec une ardeur sans exemple, partout vous avez semé au milieu de lui la mort et l'épouvante! Qui oubliera surtout que, sur le Rhin, vous avez hâté sa défaite en enlevant son artillerie et ses drapeaux! Quel exemple de bravoure et de dévoûment vous avez donné tout à la fois ! Vous avez confirmé cette grande vérité que rien n'est au-dessus du courage des soldats républicains. Que Tidée de votre conduite brillante vive au milieu de vous ! elle entretiendra cet enthousiasme généreux qui forme les héros 1
Soldats de la 46® demi-brigade, toute l'armée a fait son devoir, mais j'ai remarqué encore que vous aviez parfaitement rempli le vôtre.
Cambronne pouvait prendre sa grande part de ces éloges, le souvenir de sa conduite à Paradis était resté dans la mémoire de ses supérieurs et dix-sept ans plus tard en prononçant pour lui devant le conseil de guerre une de ses plus belles plaidoiries, Berryer pouvait évoquer, à juste titre, la journée du 7 octobre 1799 comme une de celles où Cambronne s'était le plus héroïquement comporté, à côté de Zurich, d'Iéna et de Waterloo, personne ne se fut levé pour le contredire.
« Toutes les fois, s'écriait-il, qu'une ardeur française « vous emporta au fort du péril, au foyer des combats, « vous avez rencontré, vous avez admiré le général « Cambronne. Soit que, dans les rues de Zurich, à la tète « d'une seule compagnie de grenadiers, il emporte à « l'ennemi plusieurs pièces de canon et douze cents pri- « sonniers ; soit qu'à Paradis, avec quatre-vingts hommes, « il parvienne à culbuter trois mille Russes, partout « éclatent à la fois et sa bravoure et sa volonté ferme de « remplir les ordres de ses chefs. »
Qui donc aurait pu contester d'aussi glorieux souvenirs ?
Pendant la campagne de 1800, la 46» demi-brigade fit partie de l'armée du Danube sous les ordres du général Moreau et fut placée au corps de réserve que commandait le général en chef en personne (division Delmas). Cambronne y commandait la 3« compagnie de grenadiers, c'est-à-dire les grenadiers du 3« bataillon. C'est à Bàle que la demi-brigade passa le Rhin le 25 avril, pour prendre le 3 mai une part glorieuse à la bataille d'Engen. A la tête de ses hommes, Cambronne est de ceux qui enlèvent à la baïonnette les bois et le pic de Hohenhewen défendus par huit bataillons autrichiens, qu'il précipite dans la
vallée. Deux jours après, nous le retrouvons à la bataille de Mœskirch où, en prenant position entre les divisions Delmas et Lorges, la 46® demi-brigade repousse les attaques tentées par Tennemi pour couper ces deux divisions.
Pendant les opérations autour d'Ulm, elle assiste avec le corps de réserve à la fin de la bataille d'Hochstedt et tandis que le 1«' bataillon poursuit Tennemi et s'empare de Donauwerth le 23^ juin et du château de Wurbourg le 24, les deux autres bataillons poussent jusqu'à Nordlingen. Nous la retrouvons tout entière le 27 juin à Neubourg où la brigade Montrichard accablée par des forces supérieures, risquait d'être anéantie. La 46^, conduite par le capitaine • du génie Rogniat, accourt au pas de course de Rhain et arrive sur le champ de bataille à la tombée de la nuit. Des masses de ulhans la chargent aussitôt avec rage, elle les reçoit, sans tirer un coup de fusil, sur le fer de ses baïonnettes. Ce fut, une fois la nuit complète, une terrible mêlée à l'arme blanche où Ton ne se connaissait plus que de près, à l'uniforme qu'on portait, à la langue qu'on parlait. A dix heures, la bataille continuait encore. Enfin les Autrichiens cédèrent les premiers et nous laissèrent maîtres du terrain. Mais à quel prix? La Tour d'Auvergne, le premier grenadier de France, avait été mortellement atteint d'un coup de lance au cœur et le chef de brigade Forty fut retrouvé percé de vingt-cinq coups de sabre. Ce combat fut le dernier de la campagne d'été sur le Danube, auquel prit part la i6« demi-brigade.
On s'est demandé s'il était vrai qu'après avoir élevé à la La Tour d'Auvergne un monument laissé sous la sauvegarde des braves de tous les pays, l'armée eût proclamé pour son successeur dans le beau titre de « premier
grenadier de France » le capitaine Cambronne, son compatriote et son ami. Cambronne s'en est toujours défendu. Lorsque vers la fin de sa vie, le docteur Priou lui donna lecture d'une biographie encore manuscrite de La Tour d'Auvergne où il faisait allusion au titre dont il avait ainsi hérité, Cambronne l'interrompit : — Mon cher monsieur, lui dit-il, cela n'est pas exact, et je désire que ce passage soit supprimé de votre écrit.
Cette attitude était conforme à celle qu'il avait eue suivant certains de ses biographes (4), au moment même où ses compagnons d'armes lui offraient la succession de La Tour d'Auvergne.
— Mes amis, souffrez que je refuse cet honneur que je ne crois pas avoir suffisamment mérité. Il n'en est pas un parmi vous qui n'en ait fait autant que moi; marchons donc ensemble sur les traces du brave qui vient d'expirer et laissons-lui la gloire de n'avoir pas trouvé de successeur.
Etait-ce pure modestie? Cambronne en était assurément capable. Mais voici qui constitue un argument plus sérieux :
Quand, après sa mort, il fut question de lui élever une statue à Nantes, on se préoccupa des inscriptions qui figureraient sur le piédestal et l'on songea à y graver ces mots: Premier Grenadier de France, Mais, en présence des opinions diverses qui circulaient sur ce point, le maire de Nantes s'adressa, pour en avoir le cœur net, au ministère de la guerre.
Des recherches minutieuses furent faites alors,, sans
(1) Histoire du général Cambronne. Paris, chez les marchands de nouveautés, 1846.
rien produire qui pût donner quelque fondement à l'assertion dos biographes. Cette circonstance si importante n*est pas mentionnée aux états de service du général Cambronne et pourtant il est hors de doute que, s'il eût ^té salué d'un titre aussi honorable, on eût trouvé une inscription quelconque sur le registre des officiers de la 4()« demi-brigade.
D'ailleurs l'ordre du jour de l'armée du 12 messidor an VIII (l^"" juillet 1800) annonçant la mort glorieuse de La Tour d'Auvergne, porte qu'il ne sera pas remplacé dans la compagnie dont il avait fait choix et qu'elle n'aura plus que 82 hommes au lieu de 83. Et de fait, La Tour d'Auvergne continua à être compris comme grenadier à la 2^ compagnie dont il faisait partie, tandis que Cambronne, comme nous l'avons dit plus haut, comptait à la 3®.
Les hostilités ne reprirent que vers la fin de novembre. La 46« demi-brigade, toujours attachée à la nrôme division, sous les ordres du général Grandjean, se porta sur Wasserbourg et assista le !«' décembre au combat d'Ampfing, puis le lendemain elle prit position dans la petite plaine de Hohenlinden, à droite du village de ce nom et de la route. C'est là que, vingt-quatre heures plus tard, devait se livrer la grande bataille oi^ s'illustra le général Moreau,
Qui depuis... Rome alors estimait ses vertus.
Derrière la droite de la 108® qui était déployée en première ligne, la 46« se forma en colonne serrée et quand le premier choc se fut produit entre la 108® et le jeune archiduc Jean qui a-vait donné l'ordre à huit bataillons hongrois de filer sous bois et de chercher à tourner la droite de cette demi-brigade, la 46® accouinit, engagea.
au milieu des sapins une lutte corps à corps avec les hongrois et demeura victorieuse. Au même instant, le mouvement du général Richepanse commençait à se faire sentir dans l'intérieur de la forêt, la 46» se porta alors en avant, poursuivit l'ennemi la baïonnette dans les reins et lui fit de nombreux prisonniers.
Après cette mémorable victoire, Moreau passant successivement les divers affluents du Danube, arriva jusqu'aux portes de Vienne comme pour y arracher à Finfortuné François II, la promesse de la paix qui se signait bientôt à Thionville.
La 46® demi-brigade fut alors dirigée sur Spire et de là sur Dunkerque où elle arriva le 28 mai 1801. Après quelques mois d'exercices et de manœuvres, des détachements, parmi lesquels celui que commandait Cambronne, furent embarqués à bord de la flotille et eurent le 17 août notamment quelques engagements avec les Anglais qui, mécontents, se décidèrent le 25 mars 1802 à signer le traité d'Amiens, le plus beau que la France ait jamais obtenu.
Mais la paix, à cette époque, n'était jamais de bien longue durée. Quand la guerre éclata de nouveau, les deux bataillons de guerre de la 46» devenue en 1803 le 46» régiment de ligne furent envoyés à Boulogne et placés dans le corps du maréchal Soult (division Vandamme). Au camp de Saint-Omer, Cambronne continue à se distinguer par son assiduité et sa bravoure, qu'il soit occupé sur la grève à protéger les ouvriers contre les bombes, dans le port à diriger leurs travaux ou sur les péniches à poursuivre les croisières ennemies. Le 26 prairial an XII (15 juin 1804) il fut nommé membre de la Légion d'Honneur et, comme pour prouver que jamais distinction ne
fut mieux justifiée, à quelques jours de là, il accomplissait un nouvel acte de courage.
Une péniche percée de boulets anglais, coulait à fond. Cambronne monte avec quelques soldats dans un canot pour tâcher de sauver ceux qui la montaient. Il arrive trop tard, seul un matelot se débattait encore. Cambronne n'hésite pas, il se jette à la mer, est assez heureux pour le saisir et le ramener sain et sauf à la côte. Il reçut les félicitations du colonel du génie, Pascal Vallongue, qui informa le ministre de ce nouveau trait d'héroïsme par la lettre suivante :
CAMPS & ARMÉES Boulogne, ce 8 thermidor an 12.