‹ Camilla; ou, La soeur et le frère, comédie-vaudeville en un acteChapitre 3 sur 32 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Précédens, LIONEL, ensuite LUDWORTH.

Du bruit! du tapage ! a merveille ! c'est ce que j'aime !

MISTRISS C\RINGTON.

C'est Lionel ! . . .

LIONEL

On discute ici quelque bill de réforme et , si la question n'est pas assez embrouillée. . . nous voilà. {A Cam/llu.) Bonjour, ma petite sœur. {A Luthmih , (fui \>ient lentement.) Arrivez donc, sir Ludwortli. . . et vous, vénérable mistfJM Carington. . . voulez vous me permcltre de vous présenter un de mes bons amis. . . de l'université d'Oxford. • • (Les damé» saluent*) sir Ludworlh, baronnet, gentilhomme

< .uiiilU, Lionel, Ludworlh , Prelty , Mistiiss Carington, Imli.ni.>.

campagnard , qui vient se fixer dans ce comté , où il a fait un héritage considérable.. . à la charge par le testateur, son grand-oncle , de se marier dans l'année. . . ce qui le rend dans ce moment un sujet précieux auprès des mères et des tantes.

MISTRISS CARINGTON.

Monsieur n'a besoin d'aucun antécédent , et se recommande assez par lui-même.

LUDWORTH.

Vous êtes bien bonne , madame . . .

LION KL

De plus, il est très-timide . . . et c'est moi qui me suis chargé de le lancer, d<; le produire. . • et même de le marier. . . j'ai sa procuration.

LUDWORTH.

Y penses-tu ?

LIONEL, passant auprès de Prttty*.

Air du vaudeville de la Petite Saur.

A moi, si vous le trouvez bon , Il faut ici , mesdemoiselles , Faire la cour, paraître belles. . . Et moi je promets, en sou nom , D'èlre un mari «les plus fidèles !

Je promets de suivre vos goûts, D'è*rc un modèle de sagesse ! . . .

PllETTY.

Et par bonheur ce nYst pas vous Qui devee tenir la promesse.

LIONEL

Ah ! Pretty . . . mais il n'y a pas de mal . . . nous sommes en famille, et l'on peut parler franchement. . Mon cher baronnet {montrant CamilUi) , je vous présente d'abord ma sœur Camilla... qui possède toutes les qualités que le ciel m'a refusées... c'est vous dire assez que c'est un ange... mais je ne peux pas faire son éloge , j'y ai trop d'intérêt. . . c'est ma sœur, et à ce titre , je me récuse, et l'exclus du concours... {Lui présentant Indiana.) Miss Indiana, la fille de la maison, la reine des bals, la Terpsychore de cctle résidence. On ne peut danser avec elle sans en être épris, aussi je vous con-

* Camilla, Ludworlh, Lionel, Pretty, inistriss Cariiiglou, Indiana.

io CAMILLA,

seille de ne pas l'inviter, cela dérangerait des combinaisons déjà établies, et la mettrait dans l'embarras du choix. MISTRISS CARINGTON.

Que voulez-vous dire, Lionel?

LIONEL

Qu'on a toujours eu des vues sur noire ami Edgard , le frère de Pretty, qui voyage en ce moment. {Le présentant à Prctty.) En revanche, je vous présente miss Pretty , la plus piquante, la plus maligne de toutes nos jeunes héritières ; mais je ne vous engage pas à vous mettre sur les rangs , attendu qu'il faudrait d'abord , mou cher ami , vous couper la gorge avec moi.

MISTRISS CARINGTON, passant auprès de Lionel. Eh bien ! par exemple !

11 ne reste donc de toutes ces beautés , qu'une seule à qui vous puissiez, sans rivalité, offrir vos hommages . . . c'est

MISTRISS CARINGTON.

Monsieur Lionel ! . . .

LIONEL

Pourquoi pas?. . . Son grand-oncle ne lui interdit pas les veuves. . .

Mon frère. . . une telle plaisanterie. . .

INDIANA

Est comme toutes les vôtres , d'une inconvenance . . . (Ludivorth et mistriss Carington vont causer dans le fond.)

LIONEL

C'est cela ! vous voilà toutes contre moi . . . vous voulez qu'un jeune militaire ait des plaisanteries à l'essence de rose comme les dandys et les fashionables de Londres. . . mais calmez-vous , je sais un moyen de faire ma paix et de me réconcilier avec vous toutes. . j'apporte une nouvelle.

TOUTES

Et laquelle?

LIONEL L'arrivée d'Edgard !

CAMILLA , vivement.

Edgard !

PRETTY

Mon frère!

INDIANA

Mon cousin !

Mon neveu!. . . en êtes-vous bien sûr!

LIUNEL.

Nouvelle officielle à laquelle vous pouvez croire, car elle n'est ni dans le Times ni dans le Mornin^ Clmmicle ; mais là , dans ma poche- . ■ une lettre que j'ai reçue de lui . MISTRISS CARINGTON ET INDIANA.

Eh ! lisez donc vite !

LIONEL

Quand je disais qu'on avait des intentions. . . PRETTY. /

Il n'en finira pas !

LIONEL

Patience. . . m'y voilà. . . ( A Ludworth. ) Vous permettez, haronnet?... {Ludworth s'éloigne.) (Lisant*.)

« Mon cher Lionel , quoique tu m'aies un peu négligé » depuis les trois années que je voyage sur le continent. . . »

C'est vrai! ... je n'ai jamais le tems d'écrire. . . » je n'ai pas oublié et n'oublierai jamais que nous som- » mes presque frères , que nous avons été , ainsi que ta » sœur Gamilla , élevés sous les yeux et par les soins de » l'honorable William Tyrold, votre père et mon tuteur... » Je dois à son courage et à ses talens la fortune que je pos- » sède aujourd'hui , et que nous disputait une famille am- » bilieuse et puissante. »

Je le crois bien.. . mon père avait tant de mérite ; un des premiers avocats de Londres, qui n'avait qu'un défaut... celui d'être trop honnête homme. . .

PRETTY

Eh bien ! achevez donc !. . .

LIONEL

C'est juste... Je vous passe la première page... ce

* Ludworlh, Caniilla , Lionel, Pretty. mistriss Carington, Iniliana.

i2 CAMILLA,

sont des éloges de mon père. . . de moi. . . ça nous mènerait trop loin !

MISTRISS CARINGTON.

De vous ... il plaisante ! . . .

LIONEL

Edgard ne plaisante jamais. . . il est toujours grave, sérieux, raisonnable ce qui fait que nous sommes si

bien ensemble. . .

PRETTY, riant.

L'amitié vit de contrastes.

LIONEL, la regardant tendrement.

Etl'amour de sympathie. . . heureusement pour moi. . .

PRETTY

Je ne sais pas ce que vous voulez dire. . .

LIONEL

Je vais peut-être vous l'expliquer... (Parcourant la lettre.) « Je serai à Clèves, chez ma tante mistriss Ca- » rington , lundi prochain , 10 mai. »

TOUTES

Aujourd'hui !

LIONEL, àPretty.

Attendez !.. .ce n'est pas tout. . . ( Lisant en appuyant. ) « Et quant à ce qui fait le sujet de ta dernière lettre, nous » en parlerons. Je ne mets que deux conditions à mon » consentement ; d'abord celui de ma sœur, et ensuite la « certitude pour moi que tu la rendras heureuse, car, tu- » teur et frère de Pretty, je suis responsable de son avenir •> et de son bonheur, etc. , etc. » Il me semble que c'est clair !

PRETTY

Pas trop. . . et voilà deux conditions . . .

Répondez-moi de la première. • • je vous réponds de la seconde . . .

PRETTY

Nous verrons.. . je ne suis pas du tout décidée. .. si cela m'arrivait jamais , ce serait seulement à cause d'Indiana qui prétend être mariée avant moi.

COMÉDIE- VAUDEVILLE. i3

LIONEL

Ah! chère Indiana, que je vous remercie.'. . .je vous devrai mon bonheur !

\SD\\îi\, piquée.

Pas encore , monsieur.

PRETTY

En attendant, je vous permets toujours pour aujourd'hui. . . au bal , d'être mon cavalier. . . LIONEL.

Nous allons donc au bal ?. . .

MISTRISS CAKINGTON.

Nous y allons toutes - . .

LUDWORTH . à Canùlla.

Miss Gamilla me permettra-t-elle d'être son partner?*...

LIONEL , à part.

C'est bien ! . . .

Je vous rends grâce, monsieur, je ne compte pas y aller. . .

LIONEL

Et pourquoi donc ? . . . c'est absurde !

C'est possible. . . mais cela est ainsi. . .

LUDWORTH , troublé.

Mille pardons. . mademoiselle, de mon indiscrétion. . . (// Indiana.) Oserais-je alors. . .

INDIANA, sèchement.

Je ne puis , monsieur ... je suis engagée . . .

MISTRISS CARINGTON.

Y pensez-vous?. . . on accepte toujours. .

INDIANA

Est-ce ma faute à moi, si j'ai d'avance vingt invitations. . . je ne suis pas comme ces demoiselles. . .qui n'ont jamais que celle du moment. . .

PRETTY

Est-elle fière . . . pour quelques invitations qu'elle doit à sa maîtresse de danse . • .

* Canùlla, Ludworlh, Indiana, mistriss Carington, Lionel, Pretty

i4 CAMILLA ,

INDIANA

Et aux cavaliers qui me voient . . . tous ceux qui dansent m'invitent toujours pour la première.

PRETTY

Et ceux qui causent ne l'invitent jamais pour la seconde.

INDIANA

Encore .' . . . c'est trop fort.

UN DOMESTÏQUE.

Le thé est servi.

MISTRISS CARINGTON.

Air : Venez, mon père, etc.

Vite courons ; car à peine aurons-nous Une heure pour notre toilette.

{Passant auprès de Ludworth.)

Monsieur, pour le thé qu'on apprête , Dans le salon passe-t-il avec nous?

LUDWORTH , lui offrant la main.

C'est trop d'honneur , trop de bonté'.

LIONEL, bas à Pretty.

Voilà, dès la première épreuve, Je l'avais dit, il n'est resté Pour lui que la main de la veuve.

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