‹ Camilla; ou, La soeur et le frère, comédie-vaudeville en un acteChapitre 6 sur 32 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CAMILLA, puis EDGARD*.

Quelle tête !• . • mais il a un si bon cœur ! ... et pourvu qu'il soit heureux . . . Qui vient là?

EDGARD

Qu'on prévienne seulement ma tante . . • mais ne dérangez pas ces dames. . ■

CAMILLA , avec trouble.

Oh mon Dieu ! [Avec joie.) Édgard ! . . . » EDGARD, s'êlançant vers elle.

Camilla ! . . . ma chère Camilla !.. je vous revois donc enfin ... on m'assurait que ma tante . . . que toutes ces demoiselles étaient à leur toilette ... et je rends grâce au ciel ! . . . Eh mais .' qu'avez-vous?. . . CAMILLA.

Moi. . . rien. . .

EDGARD

Vous souffrez . . .

Oh ! non . . - non , )e ne le pense pas . . .

EDGARD

C'est ma faute ! . . . et vous surprendre ainsi. . .

Non pas ! . . . nous vous attendions . . . mon frère nou* avait prévenues de votre retour. - .

* I d| ... .1 , ( Mailla.

Et ce retour, Camilla, puis-je croire qu'il a été quelquefois désiré par vous ? . . .

CAMILLA Ah! si vous pouviez en douter. .. vous mériteriez que ce ne fût pas. . . Vous qui parlez, vous n'avez donc jamais pensé aux amis que vous laissiez en Angleterre. . ■ EDGARD.

Leur souvenir ne m'a jamais quitté , cl lui seul me consolait de l'absence.. . car ce n'est pas moi. . . c'esl votre père , mon tuteur, qui avait exigé ce voyage. . . qui le regardait comme le complément nécessaire à mou éducation . .

11 est de fait que trois années passées sur le continent doivent bien vous instruire , et vous apprendre bien des choses . . .

, EDGARD

Je ne le pense pas ! ... et je cherche encore ce que j'ai gagné à parcourir l'Europe . . . quelques impressions fugitives, effacées chaque jour parcelles qui leur succédaient... et qui ne m'ont laissé dans la mémoire que des noms de villes et d'auberges. . . Pour les coutumes, pour les mœurs,

f>our la société, croyez-vous qu on les connaisse encourant a posle? ... et quelle solitude ! . . . quel vide affreux vous environne- • . au milieu de ces cilés populeuses- • • où vous ne rencontrez que des regards inconnus. . . indifférens. • c'est alors que, par la pensée, vous revenez à votre patrie. . . à vos parens. . . à vos amis qui vous oublient peut-être.

Ah ! Edgard ! . . .

EDGARD

Combien l'on désire les revoir. . . que l'on paierait cher l'aspect du toit paternel. . . et le sourire dune sreur. . . aussi, mon exil terminé... comme je me suis empressé d'accourir. . . comme le cœur m'a battu en apercevant de loin les côtes de la vieille Angleterre, et plus tard, celle humble habitation où nous avons été élevés ... et où demeurait votre père ....

Quoi ! vous y avez été . . .

fcDGARD.

C'est là d'abord que se sont tournés mes pas. . . et que de souvenirs m'ont environné ! . . . . c'est là que commencèrent nos premiers jeux. . . nos éludes. . nos plaisirs. . . c'est là que, sous les yeux de votre père. . Hélas ! je ne devais plus l'y revoir. . . et les soins, les bienfaits qu'il m'a prodigués ... je ne devais plus l'en remercier que sur son tombeau. . . Je l'ai l'ait du moins. . . je lui ai juré de payer à ses enfans l'amitié que je lui devais... et vous, Camilla, daignerez-vous', en son nom , accepter mes sermens?

CAMILLA, essuyant ses yeux.

Ah ! toujours. . . toujours , vous le savez bien. . .

EDGARD

Ma Camilla ! . . . ma sœur ! . . . et Lionel , où est - il donc i* . . . .

Absent , dans ce moment , et bien inquiet de votre décision. . .

EDGARD

Qui ne doit pas beaucoup l'effrayer... et si, par sa conduite . . . comme je l'espère . . . comme j'en suis sûr ... il a toujours été digne de ma sœur. . . je ne vois pas qui pourrait s'opposer à ce mariage. . .

CAMILLA, timidement.

Peut-être son manque de fortune. • •

EDGAUD.

Au contraire. . . c'est pour cela que j'y tiens. . •

CAMILLA , lui prenant la main.

Ah ! je vous reconnais là . . .

EDGARD

Kl en quoi cela peut-il vous étonner:'.. . est-ce qu'à la place de ma sieur , où la mienne , vous songeriez à vous m. nier pour augmenter vos richesses?.. .

CAM l II \- M. ils. . . sans les chercher. . . on petit les reiu oulrcr. . . »i sous »- rapport. . . nos projets, Rdgaffdi . . me paraissent du i convenables. . .

COMÉDIE-VAUDEVILLE. a5

EDGAUD.

Quoi ?. . . que voulez-vous dire?. .

Ai -je commis une indiscrétion?.... ici on n'en fait pas mystère , et mistriss Carington, voire tante , ne nous a pas laissé ignorer que bientôt lndiana , sa fille. . . EDGARD.

Oui , ce sont ses intentions . . j'ai cru depuis long-tenu les deviner. .. mais jusqu'ici rien de ma part n'a pu lui faire penser que ces idées fussent les miennes.. . CAMILLA.

Ociel!...

KDGARD.

Et vous, Camilla , qui connaissez le caractère de ma cousine, et qui surtout connaissez le mien. . croyez-vous qu'un tel mariage soit possible?... croyez -vous que ce soit là la femme qui puisse me rendre heureux?. . . enfin, vous qui êtes mon amie . . . est-ce là la compagne que vous auriez choisie pour moi?

CAMILLA , vivement.

Oh non. . . (Se reprenant. ) Mais peut-être aurais-je choisi plus mal. . .

EDGAHD.

Eh bien! moi, en venant ici. . . j'avais une autre idée.. . un mariage ! . . . qui a été le rêve de toute ma vie ... et sur lequel je veux vous demander vos conseils. . .

CAMILLA , vivement.

Moi ! . . . je n'y entends rien ! . . . EDGARD.

Vous êtes cependant la seule que je veuille consulter, et si dans une affaire aussi importante pour moi . . . vous refusez de m' entendre . . c est que vous n'êtes pas mon amie. . •

Oh ! parlez ! . . . parlez ... je vous écoute . . .

EDGAP.D.

Eh bien! c'est assez difficile à vous expliquer. . .

C'est égal. . . je tâcherai de comprendre. . .

a6 CAMILLA,

EDGARD

Vous vous doutez bien que c'est quelqu'un que j'aime. . . mais cet amour- là n'est rien encore auprès de la confiance que j'ai en elle. . auprès de l'estime que m'inspirent sa raison, sa prudence. . .

Peut-être vous abusez- vous?. . .

EDGARD

Non . . . non.. . j'en suis certain , et s'il faut vous dire. . . Dieu ! c'est ma tante ! . . .

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