CE QUE JE FERAIS SI J ETAIS A SA PLACE
Si le destin m'avait placée sur le trône, si j'étais Reine enfin, et qu'ayant fait le malheur de mes sujets, une mort certaine, qui serait la juste punition de mes crimes, me fût préparée, je n'attendrais pas le moment où une populace effrénée viendrait m'arracher à mon palais pour me traîner indignement au pied de l'échafaud, je préviendrais ses coups, dis-je, et voudrais en mourant en imposer à l'univers entier.
Je ferais préparer une vaste enceinte dans une place publique, j'y ferais dresser un bûcher et des barrières l'entoureraient, et trois jours avant ma mort je ferais savoir au peuple mes intentions ; au fond de l'enceinte et vis-à-vis le bûcher je ferais dresser un autel.-
qu'il appelait (après Louis X\III) l'Autrichienne ou la femme du gros mangeur d'hommes :
« Maints patriotes continuent de regarder Marie-Antoinette comme irréconciliable avec la Constitution. Tous les papiers publics ont annoncé que dimanche elle a trouvé sous son couvert ce billet : Au premier coup de canon que votre frère fera tirer contre les patriotes français, votre tête lui sera envoyée. L'anecdote du billet est peut-être apocryphe, mais tant de journaux l'ont publiée que c'est comme si le billet avait été mis sous l'assiette. » (Révolutions de France et de Brabant.)
Un pamphlet du temps s'amuse de la colère que devait éprouver la reine en Usant ces attaques de Desmoulins :
Requête de la Reine à nosseigneurs du tribunal de police de l'Hôtel de ville
à Paris.
« Supplie humblement Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France, épouse souvent séparée de corps et toujours d'intérêt de S. M. Louis XM, ci-devant roi de France et de Navarre, et en cette qualité autorisée à la poursuite de ses droits en action.
« Se plaint de Desmoulins qui la nomme la femme du Roi et réclame contre lui, « non pas l'embastillement, puisque, par suite de l'insurrection du peuple de Paris », la Bastille n'existe plus, mais « la claustration de ce forcené dans une prison quelconque ».
Pendant trois jours j'irais au pied de cet autel prier le grand maître de l'univers ; le troisième jour, pour expirer, je voudrais que toute ma famille en deuil m'accompagnât au bûcher ; cette cérémonie se ferait à minuit, à la lueur des flambeaux '.
Ce n'était donc point Lucile qui pouvait ramener et maintenir Camille dans la voie grave. Cette jeune fille souriante, qui sut mourir comme une Romaine, vécut en Athénienne, honnête, aimant, — plus que cela, adorant — son mari ; mais ne sachant ni le conseiller, ni le modérer. C'est ainsi
1 En revanche, Lucile écrira sur son cahier rouge ces vers entendus dans la rue ou composés par cpielque poète ami :