BIBLIOTHECA J
même des comédiens el en particulier de Desessarts, que les
prébendes de l'ancien régime leur manquaient '.
Le numéro l\i des Révolutions de France et de Brabant contenait l'annonce suivante :
Avis important aux femmes grosses. Une lettre nous est par-
1 Ce Desessarts a laissé sa légende. Denis Dechanet, dit Desessarts, ancien procureur, jouait, et jouait fort bien, les financiers, les manteaux et les grimes. 11 était venu de Marseille à Paris pour remplacer Bonneval à la Comédie française. Il débuta, le !\ octobre 1772, par Lisimon du Glorieux el Lucas du Tuteur. 11 fut reçu sociétaire le Ier avril 1773. « Lnc bonbomie mêlée de rudesse, de la franchise, de la gaieté et du mordant », telles étaient, d'après les contemporains, ses qualités. Il fut excellent dans les comédies de Molière. Mais lorsqu'il jouait Orgon, sa grosseur était telle qu'il lui fallait une table fabriquée tout exprès pour pouvoir se cacher dessous. Dans le rôle de Petit-Jean, des Plaideurs, il excitait une hilarité générale à ce vers :
Pour moi, je ne dors plus, aussi je deviens maigre !
Dans la Réduction de Paris de Desfontaines, Desessarts jouait le prévôt des marebands exténué par une longue famine. On voit d'ici l'effet comique. Bien des anecdotes, dont on fit plus tard Lablache le héros, coururent sur Desessarts. Celui-ci ayant provoqué Dugazon en duel, Dugazon, au bois de Boulogne, tire un morceau de blanc d'Espagne, trace un rond sur le ventre de son adversaire et dit froidement : Egalisons la partie, tout ce qui sera hors du rond ne comptera pas. « Le moyen de se battre ! écrit Lemazurier. Le duel bouffon fut terminé par un déjeuner. » Desessarts mourut a Barèges, à cinquante-cinq ans (brumaire an II), suffoqué par l'annonce de la mort d'un camarade. On avait mis au bas du portrait de l'ancien procureur ces mots : « J'aime mieux faire rire les hommes que de les ruiner. » (Galerie historique des acteurs du Théâtre- Français, par P. D. Lemazurier; 1810; tome Ier, p. 227.) Dans le poème de Saint-Just, Organt, on trouve ces vers relatifs à ce Desessarts que Loustallot appelle aussi un monstre
ridicule :
Organt vit là Mole dont le talent Est d'écorcher Molière impunément, Et Desessarts, le Sancho de l'École, Qui croit l'Olympe assis sur son épaule...
Desessarts, on le voit, eût dû se montrer cuirassé contre les plaisanteries de Camille. Il était habitué aux sarcasmes.
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PREMIERS COMBATS
venue, signée Parochel, accoucheur, qui dil qu'une femme est accouchée d'un éléphant parce qu'elle a été frappée de l'apparition du sieur Desessarts au moment où il sort de dessous la table au quatrième acte de Tartuffe.
On invile Messieurs les comédiens français à vouloir bien, les jours où le sieur Desessarts jouera, en prévenir le public sur l'affiche, en très gros caractères.
Parochel réclame bientôt et déclare la lettre fausse. Desessarts se fâcha et Desmoulins refusa son cartel'. « Il me faudroit, dit-il, passer ma vie au bois de Boulogne, si j'étois obligé de rendre raison à tous ceux à qui ma franchise déplaît. Patience!... Je crains bien que le temps ne soit pas loin où les occasions de périr plus utilement et plus glorieusement ne nous manqueront pas. » — « Autant, dit Loustallot. M. Desmoulins mérite d'être honoré, applaudi pour cette affaire, autant ces deux spadassins doivent être méprisés Si le préjugé du duel survit à l'abolition du régime
féodal, il n'y aura jamais de vraie liberté. Le meilleur citoyen, le plus honnête homme sera toujours l'esclave du premier vaurien, du premier l alet-tiieur qu'on lâchera contre lui. »
Talma s entremit depuis pour obtenir de Camille qu'il pardonnât à Desessarts.
1 « M. Desmoulins, auteur des Révolutions de France et de Brobant, dînait, il v a quelques jours, chez le suisse du Luxembourg. Les sieurs baudet et Desessarts. comédiens français, se trouvant dans la môme salle, adressent les injures les plus grossières à l'écrivain ; et le sieur Desessarts, s'avançant vers lui, les poings tendus, lui propose un rarlel. Ce sera, dit M. Desmoulins, en continuant de harceler hs noirs cl les ministériels que je me vengerai. Il me faudrait passer ma vie au bois de Boulonne, si j'étais obligé de rendre raison à tous ceux à qui ma franchise déplaît. Qu'on m'accuse de lâcheté si l'on veut... » (Anecdotes curieuses et plaisantes relatives à la Révolution de France. Taris, 1791, in-18.)