MAISON DE DANTON A IR.CIS-SUR-AUBB
(Phot. Gradassi-Royer.)
PREMIERS COMBATS
je doute qu'ils fassent rire les aristocrates pleurants. On assure que leur journal est le recueil facétieux des couplets que chantait naguère la Table ronde des aristocrates, à ses petits soupers chez le bourreau de Paris.
De là procès. L'assignation de l'exécuteur des jugements criminels est ainsi libellée :
L'an 1790, le i5 janvier, avant midi, à la requête de Ch.-H. Sanson, exécuteur des jugements criminels, demeurant à Paris, rue Neuve Saint-Jean, paroisse Saint-Laurent, Louis-Philippe Thévenin-Durozay assigne Camille Desmoulins, demeurant rue de Tournon, ^2.
A comparoir demain samedi, 10 heures du matin, avec le sieur Garnery, libraire, au tribunal de police sis à l'Hôtel de ville de Paris, et à payer 3, 000 livres de dommages-intérêts applicables au pain des pauvres de la paroisse Saint-Laurent, et à faire réparation d'honneur.
La sentence sera affichée au nombre de 3, 000 exemplaires.
Camille répliquait alors :
Vous êtes un ingrat, Monsieur Sanson : j'ai cru que le sentiment intérieur de la bassesse du métier que vous faites vous empêchait de lever les yeux et d'oser écrire à un citoyen, même pour le remercier ; car vous me deviez des remercîments pour vous avoir appelé dans mon prospectus le représentant du pouvoir exécutif.
Je ne m'abaisserai pas, ajoutait-il, jusqu'à me mesurer avec Sanson, mais je vais apprendre à M. le Bourreau, si délicat sur le point d'honneur, ce qu'il doit penser de son ministère.
La sinistre logique de ces temps redoutables devait pourtant jeter, un jour, le satirique de 1790 sous le couperet du représentant du pouvoir exécutif. 11 semble, au surplus, —
rapprochements lugubres, — que Desmoulins, à de certaines heures, eût comme l'appréhension de ce dénoûment, lorsqu'il écrivait, dès ces années de lutte : « Je mourrais avec honneur de la main de Sanson, mais de la main d'un spadassin ce serait mourir piqué de la tarentule. » Quel spadassin menaçait donc Camille? Plus d'un, à coup sûr. Les gentilshommes partisans de la cour semblaient, un moment, avoir juré de débarrasser la monarchie de ses plus redoutables adversaires, les Barnave au Parlement, les Desmoulins dans la presse. Le duel de Charles Lameth avec M. de Castries avait exaspéré Paris. Il s'était même formé une association particulière dans le but de protéger les patriotes contre les spadassins, et d'habiles tireurs, tout prêts à dégainer, se faisaient appeler alors les tueurs de spadassins, les spadassanicides. « J'ai fait serment de défendre tous les députés contre leurs ennemis », écrivait à Prudhomme un M. Boyer, qui fit en effet reculer un certain matamore du nom de Sainte-Luce, et qui se trouvait à la tête de cinquante spadassa/iicides. Son adresse, qu'il faisait connaître, était passage du Bois-de-Boulogne, faubourg Saint-Denis. A la vérité, les patriotes avaient besoin d'être défendus. Un garde national disait tout haut : « Si je rencontre Desmoulins, je lui coupe le tête avec mon sabre !» — « Cet homme-là, écrit Camille, n'aime pas la plaisanterie. »
On pouvait mettre un tel bravache à côté de ce Bonne- Carrière qui tout à l'heure menaçait Desmoulins de « cinq cents coups de canne ou de bâton». La bastonnade était, paraît-il, une raison au dix-huitième siècle ; Voltaire luimême en avait su quelque chose.
Au Palais-Royal, Camille faillit, certain jour, être assommé, dit-il, avec Danton, par des « souteneurs hauts de six pieds
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de Washington pot-au-feu (La Fayette). » Carra ne venait-il pas d'être brutalement frappé par l'aide de camp Parisot ?
Après ces royalistes, ce sont les acteurs qui cherchent querelle à Camille. Il avait assez vertement raillé dans ses numéros l'acteur Naudet, capitaine de grenadiers dans la garde nationale, et le gros Desessarts, sapeur des vétérans dans le même bataillon que Naudet.
La grosseur formidable de ce Desessarts était proverbiale, et Desmoulins s'en amusait. Ce Denis Dechanet, dit Desessarts, né à Langres, en 1738, et qui devait mourir à Barèges en octobre 1793, était le même qui avait fpit suspendre durant un mois l'Année littéraire, deFréron le père, et voulait faire mettre le critique au For-1'Evêque, parce que Fréron avait dit : « Si ce rôle (le marquis de Renneville) n'a pas réussi, ce n'est pas la faute de l'auteur, mais bien celle du gros ventriloque qui l'a cruellement défiguré. Oh ! c'est qu'il faut voir ce M. Desessarts, quand il s'avise déjouer mal ou de lâcher la bride à sa haine contre les hommes de lettres ; il ne laisse rien à désirer ! » Comédien quémandeur, Desessarts n'avait cessé, au temps jadis, de réclamer des gratifications au duc de Yillequier. Or, ces gratifications, les comédiens les regrettaient. De là leur attachement à l'ancien régime. Michelet a remarqué (T. III, et ailleurs, de son Histoire de la Révolution française) que le perruquier était essentiellement contre-révolutionnaire, et il a dit pourquoi : parce que ce qui vit du luxe se préoccupe peu de la liberté. Je lis dans le Rapport de Camus, Bancal, Quinette, Lamarque (nivôse an IV, page 56) : « C'étaient gens de toute espèce : prêtres, moines, émigrés, filles publiques et perruquiers. »
Tout rapprochement fâcheux évité, on pourrait dire de