LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DE M É D E O I N F
rue Hautcrenilln, 1 9
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La tâche que j’entreprends m’a été confiée par un cher et excellent ami (^1). S’il ne me l’avait pas imposée luimême, elle m’eût été suggérée par le sincère attachement que je lui portais. Un autre motif m’a encore déterminé : c’est l’occasion qui m’était offerte de raconter une vie fort intéressante, quoique très-ignorée, et de montrer
tout ce que peut une volonté ferme et persevcrante, dir igée par un esprit droit et par une âme expansive et honnête.
Cette étude m’a d’ailleurs valu ce précieux avantage de vivre quelque temps de plus dans 1 intimité de ce savant, digne et respectable à tant d’égards. Parmi les documents
(1) Voici les termes de son testament qui m'imposaient ce devoir amical :
« J’ai écrit aussi de ma propre main une histoire détaillée de ma vie entière. » 11 n’est pas question de la publier; mais si mon ami M. P. A. Cap... voulait, » bien prendre la peine de rédiger ma biographie sur ces documents exacts, je » serais heureux qu’il consentît à payer ce tribut à la mémoire d’un homme » qui l’a tant aimé, lui et toute sa famille »
qu’il a fournis lui-même à sa biographie, j’ai trouvé plus d’une fois avec bonheur l’expression de rattachement qu’il portait à ma famille. J’y ai trouve aussi une multitude de particularités qu’il cachait par modestie et dans la crainte d’intéresser médiocrement ceux qui ne l’ont pas connu, mais que j’ai dû recueillir religieusement, parce qu'elles iont mieux apprécier son esprit élevé, son vaste savoir ou son cœur généreux.
. Que l’on ne cherche donc point ici un intérêt d’émotion ou de curiosité qui, à l’aide de situations piquantes ou dramatiques, excite et soutient l’attention du lecteur. Une carrière modeste, utile, sans péripéties bien saillantes, mais non sans gloire, si elle ne présente pas de phases extraordinaires, peut toujours offrir un haut et sérieux enseignement.
Orphelin dès l’âge le plus tendre, privé de fortune et de première éducation, mais résolu de se suffire à lui-même et de s’élever par son seul mérite, Montagne, d’abord aidetimonier de la marine, se voué, à l’exemple de son père, à la profession médicale, et atteint aux plus hauts grades de la chirurgie militaire. Rentré dans la vie civile, il s’attache à l’histoire naturelle, se place au premier rang des botanistes et des micrographes, et devient membre de l’Institut. N’est-ce pas là un saisissant exemple de ce que permettent d’accomplir le culte ardent et sincère de l’élude,
„ ttlonté de servir de 'tout son pouvoir l'humanité comme la science, enfin, la pratique soutenue du bien, appuyé sur la modestie et l'abnégation, vertus si rares de nos
jours !
« Lorsqu’un homme, disait récemment M. Coste('l), » s’est consacré tout entier aux actives méditations de la » science, l’histoire de sa vie puise son plus vif interet » dans l’exposé fidèle des travaux qui ont fait ses joies , ses » tourments et sa gloire. » Mais si sa vie morale n est pas au-dessous de sa vie scientifique, si les qualités de 1 homme privé se sont élevées à la même hauteur que ses talents, on ne saurait s’arrêter à la simple énumération de ses travaux, et son biographe est tenu de rendre à sa mémoire une justice à laquelle lui-même n eût pas attache moins de prix qu’à sa réputation de savant.
S’il est vrai, comme l’a dit Fontenelle, que les savants sont des ambitieux de cabinet , celle généralité, comme toute autre, doit admettre des exceptions. La biographie qu’on va lire en présente une des plus accentuées.
On a publié, il y a quelques années, au sujet de Mozart, un petit livre intitulé : Vie d’un artiste chrétien au xviii8 siècle. J’ai eu un moment la pensée de mettre en tête de la biographie de Montagne ces mots : Un savant
désintéressé au xix° siècle.
(1*) Éloge de du Trochet, prononcé à la séance publique de l’Académie des sciences, du 5 mars 18G6.
Les diverses périodes de cette noble existence, aussi studieuse qu’accidentée, formeront les deux premières parties de cette étude. La troisième partie, sous forme (V Appendice, comprendra l’énumération des travaux scientifiques de Montagne. J’ai cru devoir la séparer des deux premières, parce quelle doit surtout intéresser les botanistes, et qu’elle se rapporte moins à la biographie du savant qu’à l’histoire générale ou particulière de la science des végétaux.
Les documents qui font la base de ce travail ont été puisés dans une autobiographie très-étendue, écrite par Montagne lui-même; quelques autres détails m’ont été fournis par sa famille ou par ses amis.