I. Cryptogames vasculaires
Familles : Equisétacées, Fougères, Marsiliacées, Lycopodiacées, Characées, II. Cryptogames cellulaires.
A. (Muscinées) : Hépatiques, Mousses.
B. (Algues) : Byssacécs, Lichens, Floridtes , Phyco'idées , Zoospermies.
C. (Champignons) : Coniomgcètes, Ilypomycètes, Gastéromycètes, Pyré-
nomycèles, Discomycètes, Hyménomycètes.
CAP
Sans entrer ici dans les détails de la structure particulière de chacune do ces familles, qu’il nous suffise d’indiquer en termes généraux, empruntés à Montagne lui-même, les principaux caractères de quelques familles, les plus saillantes et les plus connues. On trouvera ceux qui se rapportent aux autres, clairement exposés dans les articles qu’il a consacrés aux plantes de celte classe, soit dans le Dictionnaire universel cl’ histoire naturelle de Ch d’Orbigny, soit dans l’article Cryptogamie, faisant partie de notre Traité de botanique (t), soit dans les Introductions placées en tête de ses Notices sur la cryptogamie de diverses conlrées, notamment la Flore des Canaries de MM. Webb et Berlhelot, celle de Cuba de M. Ramon de la Sagra, les voyages de Dumont d’Urville, etc.
» Il existe sans doute de plus belles plantes que les Algues; il n’y en a point de plus jolies. Elles sont extrêmement variables dans leurs formes, leurs dimensions, leur structure et leurs couleurs. Leurs formes présentent tout ce que l’on peut imaginer à la fois de plus simple, de plus élégant et de plus bizarre. Leur dimension varie depuis l’extrême petitesse du Prutococcus atlanticus, par exemple, dont plusieurs milliers couvriraient à peine une surface d’un millimètre carré, jusqu’à l’étendue des macrocysles de l’océan Pacifique, qui paraissent atteindre jusqu’à une longueur de 500 mètres. Leur structure intérieure est celluleuse. Quant à la couleur, elles piéscntent toutes les nuances du rouge, du vert, du brun, en passant par le vert olivâtre. Elles conservent dans les collections, outre leurs couleurs et leurs formes, toutes les apparences de la \ie. Les algues sont en général des plantes aquatiques. Elles ne peuvent vivre et croître qu’en contact a\ec 1 humidité.
Les Lichens ( dartres , en grec) ont une physionomie très-
(I) Voyez l’ouvrage intitule : Instruction pour te peuple, ou Cent traites sur les connaissances les plus indispensables , etc., 2 vol. grand int-S avec figures. Paris, Dubochet et Lechevalrcr, 1848-1850, t. I, p. 591 et suivantes.
APPENDICE
variable. Tantôt ce sont des croûtes arrondies, fixées par une de leurs faces sur la terre, les rochers, les pierres ou l’écorce des arbres; tantôt ce sont des lignes noires, simples ou rameuses, assez semblables à des caractères arabes. D’autres fois, ils présentent des folioles rayonnant d’un centre commun, ou des expansions arborescentes terminées par des entonnoirs onde petits renflements dans lesquels est contenu le fruit. Les Islandais se nourrissent du Cetraria Islandica, très-connu et employé en médecine. La Cladonia rangifera est l’unique aliment des rennes en Laponie. On trouve en Tartarie, et l’on a reconnu en Afrique un Lichen esculentus ( Lccunora ), qu’en raison de ses propriétés alimentaires on a soupçonné devoir être la manne des Hébreux. L’accroissement des lichens se Lût avec lenteur. On les trouve dans toutes les régions du globe.
Les Mousses sont ces jolies petites plantes dont le port élégant, les formes délicates et la belle couleur verte charment nos yeux lorsque toute autre verdure a disparu, et que la nature semble morte. Ce sont elles qui forment ces tapis moelleux et comme veloutés sur lesquels nous aimons à nous reposer dans les bois. Elles bravent les hivers les plus rigoureux et fleurissent même sous la neige. Partout où une parcelle de terre permet à leurs racines de s’enfoncer, on peut être certain d’en rencontrer. Elles croissent -aussi sur les écorces rugueuses des vieux arbres, et sont toujours plus abondantes du côté qui regarde le nord, comme si elles étaient chargées de leur servir d’abri contre le froid. Elles remplissent des fonctions importantes dans l’économie de la nature. C’est de leur détritus que se forme l’humus, cette terre végétale sans laquelle les plantes munies de cotylédons ne sauraient se développer, de môme que les carnivores ne pourraient subsister sans les espèces herbivores. Comme les phanérogames, elles contribuent puissamment à restituer à l’air atmosphérique, sous l’influence de la lumière, le gaz oxygène qui lui a été soustrait par la respi-
ra-lion des animaux. C’csl <!i l’accumulation de certaines espèces que l’on doit la tourbe employée dans quelques localités comme combustible. Leurs autres usages sont peu importants et l’on peut en dire autant des Hépatiques.
11 n’en est point ainsi des Champignons. Ces végétaux, connus de tout le monde, sont d’un haut intérêt pour l’homme, qui trouve souvent en eux un aliment agréable au goût et très-nourrissant. Dans nos climats, le printemps et l’automne sont les saisons favorables à leur croissance, parce qu’il leur faut en même temps de la chaleur eL de l’humidité. Sous les tropiques, leur végétation est continue et les espèces se succèdent sans interruption. Partout la rapidité de leur croissance est devenue proverbiale. Les champignons charnus sont seuls comestibles; surtout l’agaric de couche ( Agaricus campes tris), espèce cosmopolite, la morille (. Morchella esculenta ) et la truffe (Tuber cibàrium ); mais un grand nombre sont vénéneux, et, pour éviter les accidents auxquels donnent lieu les méprises, il faut se tenir sur ses gardes. Il vaut mieux s’abstenir que de payer de sa vie une erreur facile; « car il est malheureusement trop avéré qu’il » n’existe aucun caractère certain à l’aide duquel on puisse » distinguer des espèces vénéneuses celles dont l'usage n’est » accompagné d’aucun danger».
D’après les plus récentes théories de la géogonie, les algues auraient précédé toutes les autres plantes et commencé pour les végétaux une série parallèle à celle que les animalcules infusoires ont ouverte pour le règne animal. Après les algues sont venus les lichens pulvérulents, crustacés, puis foliacés, ensuite les mousses et les champignons, espèces parasites de plus en plus développées.
L’importance des cryptogames doit être envisagée sous le double rapport de leur économie dans la nature et de leur emploi dans la médecine, les arts et l’industrie. 1° Il est évident que c’est de leur détritus, mêlé à celui de certaines roches.
APPENDICE
que s’est formé l’humus primitif dans lequel se sont plus tard développées, et dans l’ordre de leur complication, les plantes monocotylédonées et dicotylédonées. Ils continuent encore, avec les débris des autres plantes, à entretenir dans des proportions convenables cette matrice de la végétation. 2° Les champignons et les mousses fournissent à l’homme et même aux animaux une nourriture agréable et abondante. On sait que les algues de nos côtes constituent un engrais excellent, propre à fertiliser la terre ; on en extrait des alcalis, de l’iode, ainsi que du combustible. Certains lichens (Rocella et Parmelia ) produisent une teinture rouge magnifique (orseille, orcine). D’autres cryptogames sont de véritables fléaux pour l’agriculture. L’étude des végétaux de cet ordre est donc d’un intérêt incontestable sous plusieurs rapports.
Le nombre des plantes cellulaires forme à peu près la cinquième partie des végétaux connus. Les recensements les plus récents donnent les chiffres suivants : mousses, 2500 espèces; hépatiques, 1200 ; champignons, 5 à 6000; lichens, 1200; algues et diatomées, 3500. Deux mille de ces plantes ont été introduites dans la science, décrites ou figurées par Montagne, soit dans son Sylloge, soit dans ses 7e et 8e centuries, soit enfin dans les nombreux mémoires qu’il a publiés.
Lorsque Montagne résolut de se livrer exclusivement à cette branche de la science des végétaux, la cryptogamie n’était pas encore constituée d’une manière générale. On comptait en Europe plusieurs savants très-distingués qui s’étaient voués à l’étude de quelques divisions de cette branche de la botanique, mais elle était peu cultivée en France. Montagne voulut l’y élever à la même hauteur où elle était parvenue chez les nations
étrangères. Il s’y adonna, comme l’a si bien dit M. le baron Larrey, « avec l’ardeur passionnée d’un jeune adepte et la constance réfléchie d’un vieux bénédictin», et, à force de persévérance et d’application, il parvint à se placer à la tète de la science. Son opinion devint la parole du maître, et les savants des deux mondes vinrent faire appel sur ce point à son expérience et à son autorité.
Son œuvre, ainsi que va le montrer la liste complète de ses écrits, comprend : 1° de nombreux mémoires, notices ou monographies, s’appliquant à une espèce, à un genre, à une famille de plantes cellulaires; 2° des généralités sur la classification et les divisions principales de cette classe; 3° la description, l’analyse et le catalogue des espèces qui composent la flore cryptogamique d’une contrée jusque-là inexplorée; h° enfin la réunion dans des œuvres spéciales, sous la forme de Sylloge et de Centuries , de toutes les plantes qu’il avait examinées, décrites, figurées ou nommées. Aussi son œuvre est-il complètement original. « Ce qui caractérise surtout d’une manière » générale ses nombreux travaux, a dit M. Brongniart, c’est la » variété des objets qu’ils embrassent et qui concernent toutes » les familles des plantes cellulaires. » Ce qui ne les distingue pas moins, c’est leur nouveauté. Les divisions, les principes généraux de la science pourront être modifiés, mais les observations de détail qu’il lui a fournies conserveront toujours leur valeur et leur intégrité.
Ce n’est même pas à ses travaux si variés de cryptogamie que se réduit la longue série de ses recherches. Montagne, micrographe très-exercé, observateur habile, naturaliste profond et bon physiologiste, s’appliqua encore à l’examen de diverses questions qui, pour être résolues, exigeaient la réunion de ces diverses qualités. Ainsi il étudia les végétaux parasites qui se développent à l’intérieur comme à l’extérieur de l’homme, des animaux et des plantes, et qui donnent nais-
APPENDICE
sa ne oh certaines maladies' dont la cause était restée inconnue. Il est un des premiers en France qui ait attiré sur ce sujet l’attention des savants. Relativement aux végétaux, c était, selon lui, le point de départ d’une science nouvelle qu’il eût appelée la pathologie végétale, et qui est réservée aux observateurs à venir. C’est dans cette vue qu’il s’occupa avec succès de l’élude de la muscardine, de la maladie actuelle des vers à soie, de celle des pommes de terre, de la vigne, des bulbes de safran, du champignon qui s’attache au sucre cristallisé, et qui lui fut signalé par M. Payen, des feuilles d’olivier, de mûrier, de sainfoin, et de plusieurs autres phénomènes analogues, épiphytiques ou parasitaires. À la même série d’études se rapportent celles qu’il fît avec M. Rayer et qui les conduisit à reconnaître dans certaines urines le Septomite urophile : parcourant ainsi le champ immense de la micrographie, dans lequel il reste encore tant de faits à découvrir et de vérités à révéler.
On voit que s’il s’était exercé dans un domaine restreint en apparence, il avait su lui donner une assez grande extension, et l’exploiter d’une manière large et féconde. Il était de ces hommes dont les œuvres onL peu de retentissement chez leurs contemporains, mais dont les travaux restent dans la science, parce que l’auteur n’a rien négligé pour leur donner cette perfection sans laquelle rien ne saurait être durable. La cryptogamie, en effet, était devenue sa passion exclusive. Il y rapportait toutes ses pensées, ou plutôt elle était sa pensée unique. Vingt mois avant sa mort il fit faire sa photographie, et, en la distribuant h ses amis, il y joignit la page suivante que l’un de ses biographes, M. Larrey, considère « comme un manifeste ou un testament scientifique, signé avec la foi d’un philosophe chrétien » .
«Beaucoup de personnes, des savants même, dont il faut » pourtant excepter les naturalistes, s’étonneront sans doute » que l’on puisse, comme je l’ai fait, consacrer trente années
» de sa vie à étudier et faire connaître par des descriptions et » des figures analytiques ces plantes inférieures nommées cryp- » togames , dont quelques-unes seulement sont utiles dans » l’économie de la nature, tandis que d’autres sont employées » avec succès dans les arts, l’industrie, la médecine et même à » l’alimentation des hommes : les champignons, par exemple.
» Mais, abstraction faite de toute application, on ne saurait » vraiment imaginer l’intérêt croissant, toujours nouveau, que » cette étude inspire à ceux qui y consacrent avec désintéres- » sement leurs longs loisirs.
» Ainsi, pour ne parler que des algues, ces plantes admirables » qui vivent au fond des mers ou peuplent des eaux douces, elles » sont pour ainsi dire la palette où le Créateur a étalé ses plus » brillantes couleurs, pour composer de son magique pinceau, » en en graduant admirablement les nuances, ces végétaux qui » forment une de ses plus éclatantes parures; et le milieu où » elles vivent et se perpétuent peut être considéré comme » l’immense laboratoire dans lequel, essayant ses forces, la » nature s’élève par gradation à des formations successives » de plus en plus compliquées, par le mélange varié et modifié » à l’infini des éléments les plus simples.
» Car si Dieu est grand dans les grandes choses qu’il a créées, » sa grandeur est encore plus manifeste dans les petites.
» Deus maximus in minùnis! I ! »
(5 octobre 1863.)
Nous n’ajouterons rien h ces nobles paroles. Elles peignent et résument en peu de mots, mieux que nous ne pourrions le faire, le savant et l’homme de bien dont nous n’avons fait qu’esquisser ici le portrait moral, les travaux et le caractère.