TROISIÈME PARTIE
APPENDICE
Dans les pages qui précèdent nous n’avons parlé que d’une manière presque incidente des nombreux travaux scientifiques de Montagne. Bien qu’ils soient pour la plupart très-connus des naturalistes, ceLle étude biographique serait nécessairement inexacte si elle ne comprenait la liste complète de ses écrits et quelques détails qui s’y rattachent. Nous avons cru devoir aussi saisir cette occasion d’exposer quelques généralités relatives à la Cryptogamie , qui en est le principal sujet, afin que le lecteur puisse suivre, avec connaissance de cause, la série des travaux de Montagne et l’ensemble de son œuvre.
Soit que les grands végétaux attirassent toute l’attention des botanistes anciens, soit que ceux-ci aient, comme le vulgaire, dédaigné l’étude de cette végétation rudimentaire, soit enfin que l’imperfection des instruments d’optique ne leur permît pas de s’en occuper avec fruit, les plantes crytogames ont été longtemps négligées. Si l’on excepte les travaux du Florentin Micheli, qui vécut au xvnc siècle, ce n’est guère que vers le commencement du xvm1’ qu’elles sont devenues l’objet des investigations des hommes spéciaux.
Les botanistes du siècle précédent n’en mentionnèrent qu’un très-petit nombre et ne décrivirent que des algues ou des champignons. Après Micheli, il faut remonter à Dillen et à Vaillant pour trouver quelques notions justes sur diverses
plantes de cet ordre. Linné, un peu plus tard, recueillit et coordonna tout ce qu’on en avait découvert jusqu’à lui, pour le rattacher à son système (1). il en forma sa 24e classe et leur donna le nom de cryptogames c'est-à-dire noces cachées, qui leur est resté, bien que plus récemment on ait essayé de remplacer ce terme par d’autres que l’on pensait mieux exprimer leurs caractères généraux.
On sait que les plantes cryptogames sont dépourvues de corolle, d’étamines, de pistils, d’ovaire, et que leur embryon est simple, homogène, sans organes distinctifs. Un grand nombre de ces végétaux sont d’une dimension telle, qu’on ne peut les apercevoir qu’à l’aide delà loupe ou du microscope. Ils vivent peu et se multiplient avec rapidité. On a calculé que, certains champignons peuvent produire soixante millions d’utricules par minute. Leurs organes reproducteurs se nomment spores et sont tantôt renfermés dans des réceptacles nommés sporanges , tantôt dépourvus d’enveloppes. Us sont généralement remarquables par la richesse, la variété de leur organisation et par les particularités de leur existence. Leurs applications pratiques sont nombreuses et importantes.
De Candolle, en adoptant la dénomination de Linné, divisa les cryptogames en vasculaires et cellulaires. Parmi celles-ci, il distingua les œthéogames (noces insolites) qui comprennent les mousses et les hépatiques, des agames ou amphigènes (noces ambiguës), comprenant les lichens, les phycées (algues) et les fonginées (champignons). Montagne n’admit que la première division (æthéogames), craignant que la seconde ne préjugeât une question encore irrésolue, peut-être même insoluble, et il préféra leur donner le nom de thallogènes (2).
(1) La Cryptogamie de Linné, en 17G4, se composait de 32 genres, qui renfermaient 414 espèces.
(2) Le thalle (rameau) est l’organe qui, dans les lichens, porte la fructification. II. correspond à la fronde dans les algues, et au stroma dans les champignons
APPENDICE
Les cellules ou ulricules qui composent le tissu des plantes cellulaires se présentent sous deux formes principales. Les unes sont cylindriques, tubuleuses, allongées; les autres se rapprochent de la forme sphérique ou cubique. Entre ces deux extrêmes les variétés sont infinies. La plante résulte le plus ordinairement de la combinaison ou de l’agencement des cellules. Celles-ci, loin d’être simples, se trouvent souvent emboîtées les unes dans les autres. Leur contenu est également variable : tantôt c’est un mucilage, tantôt une fécule; plus fréquemment, excepté dans les champignons, on y trouve de la chlorophylle, une matière colorante ou des sucs propres dont la chimie a su retirer des produits utiles à la médecine ou à l’industrie.
11 est difficile de donner des plantes de cette classe une définition qui puisse s’appliquer à leur ensemble. Cela tient à l’extrême diversité des formes du même organe, de famille à famille, diversité telle, que ces familles sont en apparence fort étrangères l’une à l’autre. Ces différences résident surtout dans leur structure, qui est purement cellulaire, d’une part, c’est-à-dire sans aucun mélange de trachées ni de vaisseaux, et de l’autre, dans leurs séininules, privées de cotylédons et plus comparables au pollen des végétaux supérieurs qu’à leurs graines.
Voici la plus récente distribution des familles cryptogamiquesj donnée par Montagne et adoptée par la plupart des naturalistes :