On Herves
2. Ou de l'Androgyne, qui est la Fatalité (Soi),\a. Génialité, (intelligence), l'Humanité, (individu, homme, Race), la Noblesse, la Sagesse ou la Culture, que Spiess oppose à l'Hérédité (moi), à la Sexualité, (instinct) à la Bestialité (Société, Troupeau, Espèce), à la Grossesse, la Science ou la Civilisation.
subsiste chez quelques individus, et c'est elle qui les différencie du commun des hommes, dont ils sont les guides et les flambeaux.
Cet individu d'élite est l'homme normal, qui unit en sa noblesse la race aryenne de Gobineau, le sexe uranien ou psychique de Camille Spiess, le génie dionysien ou surchrétien de Nietzsche.
C'est à lui qu'il appartient de régner, de régénérer l'humanité par le génie — incarnation individuelle de la race pure — par la culture virile de l'amour platonique. Bardé de force, ceint d'orgueil, il est le guerrier en lutte sans merci pour la virginité morale de la Vie, contre tout ce qui est décadent, mystique^ chrétien ; il s'oppose au libéralisme, à l'idéalisme, au féminisme, au socialisme, à tout le plébéisme quotidien, à toutes les manifestations de décadence de V « instinct hellénique ».
Une vie heureuse, dit Schopenhauer, est impossible : ce que Vhomme peut réaliser de plus beau, c'est « V existence héroïque ».
I Et Spiess ajoute ces paroles (qui sont la
formule de son impérialisme, qui n'est pas l'impérialisme grossier des conquêtes matérielles, mais l'impérialisme de surélévation individuelle, où l'Esprit est Guerrier-Roi) : Pourquoi ne pas exalter la force (i) et Vorgueil d'être fort ? Ce n'est que socialement que nous rêvons d'alliance et de désarmement. En dehors de V orgueil, qui tend au génie, à la création poétique, à V individualité, à V originalité et à Vimmortalité, la vie ne vaut pas la peine d'être vécue.
Et ici, je ne puis résister au désir malicieux d'unir à Camille Spiess un écrivain dont les conceptions paraissent bien éloignées de celles de notre philosophe, mais qui ne laissent pas d'avoir entre elles quelques points de contact.
Tous deux ont une égale noblesse de pensée, une égale sincérité de caractère, une égale probité de vie, tous deux pensent que ^le seul héroïsme qui soit, c'est d'aller jus-
I . Qui est la force nécessaire et féconde, la dureté ou la surpitié nietzschéenne.
qu'au bout de sa pensée », et, tous deux, je les chéris également.
Cet écrivain, c'est Romain Rolland, qui dit, lui aussi :
Ose:( vous détacher du troupeau qui vous entraîne... Quiconque veut être utile aux autres doit d'abord être libre. L'amour même n'a point de prix, si cest celui d'un esclave (i).
Un mot encore sur le problème de Tévaluation, de la hiérarchie des valeurs, que Spiess cherche à résoudre par la transvaluation nietzschéenne des valeurs métisses, par sa conception bio-psychologique de l'homme normal, de l'Aryen, du génie ou de l'Androgyne humain.
, 11 nous montre que l'homme de la table des valeurs métisses est la bête de troupeau, l'individu social, l'animal intelligent, domestique, politique démocratique et mystique, savant et civilisé, — l'homme anormal qu'il
i. Préface d'un roman en préparation: V Un contre Tous, dont quelques extraits ont été publiés dans la revue Soi-Même du 15 février 1918.
oppose à l'individualité géniale, à l'homme bête, sauvage, sage et cultivé, qui est l'homme normal de la table des valeurs biopsychologiques, des valeurs humaines, nobles, héroïques, philosophiques et antisémitiques.
Selon Nietzsche, dit M. de Gaultier (i), toutes les valeurs morales reconnues pour bonnes par la civilisation actuelle: esprit d'égalité, libéralisme, altruisme, renoncement chrétien, sont des valeurs de décadence propres à abaisser la vie au-dessous d'ellemême; elles sont en opposition avec les conditions ascendantes de la vie. Il conclut donc par amour des formes supérieures de la vie, à une « transvaluation v> de toutes les valeurs actuelles, à la destruction dejond en comble de r idéal contemporain.
Gobineau a tracé magistralement l'évolution de l'instinct de décadence due au métissage. 11 déclare que la Race blanche a passé l'âge des dieux, des Androgynes où elle était
I. Le Sens de la hiérarchie cbe^ Nietzsche {Rev. bebd.j 23 mars 1901).
pure; l'âge des héros, où les mélanges furent modérés de force et de nombre ; .l'âge des nobles, où des facultés, grandes encore, n'étaient pas renouvelées par des sources taries, pour tomber dans la démocratie, qui est la complète anarchie ethnique et le règne de la médiocrité égalitaire, du faux monnayage.
Spiess voudrait réhabiliter la table des valeurs humaines par le culte du génie, seul capable de régénérer l'humanité et qui est l'aristocratisme ou l'ascétisme gobinien, la puissance psychique de l'homme normal, de l'homme libre. Nous avons besoin aujourd'hui d'une évaluation nouvelle, d'une vraie philosophie qui est la sagesse, la culture ou l'intelligence de l'homme dont l'individualité est assez puissante pour créer le monde qui intéresse les hommes.
L'œuvre de Camille Spiess, qui aspire à dresser la table des valeurs bio-psychologiques, psycho-sexuelles ou hybrides et sexuelles et à nous montrer que l'homme normal est le génie — incarnation individuelle de la Race pure -- ou la régénération de l'hu-
SA VIE, SON CARACTÈRE ET SA PENSÉE 6ï
manité, réalise le vœu que Nietzsche exprimait en juin 1887, à savoir: // faudrait, avant tout, que toutes les tables des valeurs^ tous les impératifs, dont parlent r histoire et les études ethnologiques, Jussent éclairés et expliqués par leur côté « physiologique » avant qu'on essaie de les interpréter par la psychologie...
Toutes les sciences devront préparer dorénavant la tâche du philosophe de V avenir ; cette tâche consiste, pour le philosophe, à résoudre le « problème de V évaluation », à déterminer la « hiérarchie des valeurs »(i). L'évaluation des valeurs bio-psychologiques que Spiess oppose aux valeurs métisses, psycho-sexuelles, aux valeurs décadentes, est inséparable de la conception de l'homme normal, complet, libre et harmonieux. Tout ce qui est valeur, dit Nietzsche, a déjà été créé, et c'est moi qui représente toutes les valeurs créées (2).