Zarathoustra
C'est le sens mythologique de la vie ou la valeur bio-psychologique du Génie, dit Spicss, qui donne aux mots,aux concepts
Et maintenant dirai-je quelques mots du style si particulier de Camille Spiess? Je crois que cela est nécessaire, car peu nombreux sont ceux qui en ont pénétré l'exubérant hermétisme. Moi-même, je dois au lecteur quelques excuses, ayant conscience de m'être livré, en cette étude, à des répétitions d'idées, des floraisons de vocables, qui, pourtant, n'étaient peut-être pas sans utilité dans l'exposition d'une vie si belle, mais qui baigne en des profondeurs difficilement pénétrables. Si j'ai fauté, qu'on me le pardonne, en faveur de ma bonne volonté que ne soutinrent pas des forces trop brèves. La tâche était grande, et j'étais petit.
D aucuns ont cru trouver des contradictions dans la forme qu'emploie notre auteur. Pour ma part, je ne perçois pas de contradictions dans ce style, mais de nombreuses allitéra-
philosophigues, chers à Vhumanité de tous les temps, leur véritable signification étymologique et au problème de l'évaluation, sa solution, qui est la table des valeurs ethno-anlbropo-mythobio-psycbo'sexuelles.
rations, des répétitions fréquentes; la trame en est une, mais tissée de manières diverses ; les fils s'enchevêtrent en lacis compliqués, s'étirent et se nouent, mais sans dévier jamais de l'orientation où les conduit la main mystérieuse.
Très souvent, les mots se succèdent en chapelet de rimes, en guirlande de coq-àl'âne, qui ne laissent pas d'entasser des blocs d'ombre dans la clairière où l'on a peine à suivre ses pas.
II me semble pourtant que cette faculté du coq-à-I'âne provient de la vision synthétique du philosophe, qui perçoit plusieurs idées à la fois, et les pose sans transitions ou nuances copulatives. Il perçoit simultanément ce que d'autres ne voient que successivement.
Le rythme est le mouvement même de la vie, l'harmonie de la passion. On reconnaîtra toujours Spiess à son style vigoureux et harmonieux, où les assonances voisinent avec les jeux de mots destinés à renforcer la pensée, et qui est le reflet de sa personnalité complexe, récho vibrant de ses paradoxes.
II ne faut pas oublier, comme le dit Banville, que les poètes associent leurs idées par les sons et non par la logique. Ces associations imprévues, absurdes, folles, constituent précisément le privilège du poète, — du créateur et lui font ainsi trouver des développements qu'un homme logique ou simplement raisonnable ne trouverait pas.
La création poétique, dit Spiess,^5//'/i;f ^5s^ dionysienne du sang éternel, paternel et spirituel, qui nest pas sanglant ni circoncis, ou le délire erotique de Narcisse, du poète génial y dont la Beauté est insensée et inutile.
L'œuvre de Camille Spiess m'apparaît ainsi qu'une forêt vierge, où les arbres seraient des symboles. Son œuvre est foncièrement ésotérique, et sa robuste forêt ouverte seulement aux pas d'un petit nombre d'initiés.
A force de vivre en soi, et [en soi seulement, on finit par ne plus être compris qu'assez difficilement des autres.
Sans doute, à moi aussi, qui ne conçois pas ridée sans la forme, il ne m'aurait pas déplu
que l'auteur portât la cognée au cœur de sa forêt profonde, en émondât les rameaux, enlevât de l'arbre le surgeon parasite, afin que chantent plus clairement les feuillages dans la lumière libératrice.
Mais c'était là faire profession d'artiste, d'homme de lettres, et lartiste, dans la Table des Valeurs de Camille Spiess, est le poète décadent, qu'il appelle lui-même le « Narcisse pétrifié » ouïe <\ Sphinx en plâtre »,rhomme hétéro-sexuel, qui ne conçoit pas les sexes, ni ne les dépasse, le métis, le Juif, qui n'est pas touché par la Race, parla puissance psychique du génie.
Comme Péguy, Spiess note sa pensée en tous ses détails; il ne se soucie pas d'en éclairer les symboles, de sélectionner la suite des harmonies entrevues, et c'est ainsi que ses figures se poursuivent en jeux de mots, où l'auteur semble gambader lui même en le centre d'une cocasse joie <s avec l'Enfant de cœur moqueur et vainqueur, qui chante et l'enchante, parce qu'il tire par la queue le satyre belliqueux, avec le petit garçon éro-
tique et à l'unisson polisson du son de sa chanson éternelle, paternelle et spirituelle ».
Actuellement, Camille Spiess travaille à un ouvrage intitulé : Génialité et Sexualité, qui est le pendant de Sexe et Caraetère d'Otto Weininger. Cet ouvrage est le développement de Pédérastie et Homosexualité, qui n a été tait que pour lui servir de préface, et le prélude de S2iPbilosophiebio-psvebologiquedont il prépare la publication et à laquelle il donnera son nom.
On peut ne pas aimer la philosophie de Camille Spiess, mais il serait injuste de ne pas reconnaître la sincérité, la probité intellectuelle de celui qui écrit :
La supériorité est un exil, la solitude volontaire ou ' le mépris du penseur, de r/jomm^e indépendant qui dédaigne n importe quelle adhésion à ce qu'il ne lui plait pas de faire ou d'être, qui souffre de vivre dans une époque sans grandeur , plate et décadente, où
rhomme est domestiqué, et qui se venge des gens en les regardant vivre. La haine de roriginalUé, de la sincérité, qui est la distinction nobiliaire par excellence, est la marque des esprits vulgaires et ignobles.
Et pour conclure ces pages imparfaites je veux appliquer à Camille Spiess ces paroles qu'Anatole France place dans la bouche de Don Quichotte :
Pense fortement de giandes cboseSyCt sache que la pensée est la seule réalité du monde. Hausse la nature à ta taille, et que l'univers entier ne soit pour toi que le reflet de ton âme héroïque. Combats pour l'honneur; cela seul est digne d'un hommcy et, s'il V arrive de recevoir des blessures, répands ton sang comme une rosée bienfaisante, et souris.
Joseph Rivière
Paris, avril 1918.
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