‹ Camille SpiessChapitre 31 sur 43 · DE M. JEAN VIOLETTE · texte numérisé non relu

DE M. JEAN VIOLETTE

Philosophe, Camille Spiess, aspire depuis de longues années à dresser la table des valeurs biopsychologiques, car, à l'anthropologie, il a voulu ajouter la bio-psychologie qui est la science des sexes, de la vie ou du génie, la mythologie aryenne, uranienne, dionysienne et surchrétienne. 11 a cherché à concevoir la psycho-synthèse, la grande synthèse ethno-mytho-bio-psycho-sexuelle des races, des sexes et des religions qui sont les trois faces de sa Bio-psychologie.

Née d'hier, la Philosophie de l'impérialisme nous enseigne que la race est ledeus ex machinale grand levier de toutes nos actions ; c'est elle que l'on voit surgir dans tous les conflits, dans les heures de crise où les hommes sont obligés de s'exprimer, de se dévoiler et c'est elle qui est toujours la plus forte. Elle nous enseigne encore que les races, que les hommes se hiérarchisent, qu'ils ne sont pas égaux, qu'ils ne doivent pas non plus le devenir et que, sans ce fait primordial, qui est le tout de l'histoire, il n'y a pas de conscience ni de liberté, l'amour de la Justice, de l'Unité, de l'Humanité n'existe pas.

Les races diffèrent entre elles, par leur biologie et leur cultureet le facteur dominant de l'évolution

historique des peuples est la mentalité des races qui les composent ; c'est ellequi explique la bêtise bien léchée de la barbarie allemande, qui est incapable derégénérerrhumanité,c*est ellequi explique les prétentions des intellectuels allemands et leur cynisme dans le mensonge.

L'esprit allemand est représenté aujourd'hui par un impérialisme de mercenaires, d'esclaves et de parvenus, par l'impérialisme métis le plus brutal, le plus agressif et le plus cupide, servi par une presse servileetencouragépartous les intellectuels militaires et universitaires, qui n'arrivent pas à masquer leur orgueil, leur mauvaise foi ou leur énorm.e bêtise...

En résumé et pour conclure, l'impérialisme de l'esprit, l'impérialisme unique et germanique de la race aryano-germano-franque, de l'homme libre, n'est pas le régime impérial, le pangermanisme métis qui gouverne l'Allemagne contemporaine.

{Tribune de Genève, juin 1917).

DE M. GEORGES PALANTE :

« 11 suffit, dit M. Spiess, de relire le Banquet de (( Platon pour se convaincre du véritable sens éty- « mologiquc de ce malheureux mot de pédérastie « que les imbéciles ont déformé comme celui du « reste d'amour platonique... »

Quel est au juste le sens platonicien du mot pédérastie ?...

11 semble qu'en somme M. Spiess attribue au mot pédérastie un sens uniquement ésotérique et philosophique ; il voit dans cet amour viril qu'il célèbre, un ferment de générosité, d'héroïsme, d'enthousiasme et de lyrisme , il y voit sans doute aussi une apothéose de la culture masculine par opposition à notre actuelle culture féminine et féministe ; et ici M. Spiess rejoindrait Nietzsche et l'esthétique futuriste...

Chez M. Spiess cette antithèse entre culture virile et culture féministe se complique de bien d'autres antithèses raciques, politiques et idéologiques.

Au fond, l'idée de raceprise en elle-même, c'est l'idée de catégorie humaine anatomiquement et physiologiquement déterminée ; et donc l'idéed'une différenciation humaine constitutionnelle, idée antidémocratique sans doute, mais quoi ! peut-être vraie tout de même. En tous cas, le problème se pose... Un des résultats philosophiques de la guerre actuelle aura été de mettreà l'ordre du jour l'idée de race et le problème des races. Dès aujourd'hui la solution simpliste de l'école rationaliste et spiritualiste apparaît faiblarde et insuffisante.

Au fond il n'y a que deux solutions possibles ;

la solution unitaire ; théorie de l'unité humaine et négation des races, théorie de M. Romain Rolland ; et la théorie de la pluralité et de l'inégalité des races, celle du comte de Gobineau...

Le livre de M. Spiess (Impérialismes) pose le passionnant problème Gobineau...

Comment se fait-il que ce grand seigneur de lettres, ce diplomate, ce grand voyageur et observateur, nullement mandarin, d'une science nullement livresque ni scolaire; un des plus hauts représentants de cette forme de la pensée française issue de la caste nobiliaire et qui a jeté un si vif éclat dans l'histoire de la méditation dans notre pays, l'égal de Renan pour^ l'ampleur de l'esprit, supérieur à lui pour la nouveauté des vues et l'indépendance du jugement, cet historien universel, ce psychologue clairvoyant, ce critique perspicace et virulent, ce romancier plein de verve, de couleur et de feu ; comment se fait-il que son œuvre n'ait été étudiée que tardivement par quelques écrivains indépendants (MM. Seillière, Dreyfus et Spiess) PComment se fait-il que son nom ne soit pas prononcé dans nos classes, que dans l'Histoire de la Littérature française de M. G. Lanson, où figurent tant de paltoquets de lettres, ce grand nom de Gobineau brille par son absence ? — Diverses causes ont contribué, semble-t-il, à cette défaveur. Il faut signaler d'abord l'antisémitisme

théorique et aristocratique de ce penseur qui éloignait de lui les intellectuels philosémites et démocrates. Ensuite le vague relent matérialiste, qui se dégage d'une physiologie des races, froissait le spiritualisme traditionnel et superficiel de notre Université.

L'importance attribuée à la race et l'influence infime accordée à l'idée, à l'éducation, aux reli* gions, aux morales, aux idéologies qui sont le pain des professeurs, ces « prêtres tardifs », comme les appelle Rivarol ; le pessimisme irrémédiable auquel aboutit la théorie gobinienne du mélange des races et qui alarmait l'optimisme verbal de notre démocratie sociale ; la dépréciation des valeurs morales professées par Gobineau et allant à rencontre du courant de moralisme qui caractérise la philosophie française depuis la Révolution, suivant la juste remarque de M. Benda, voilà quelques-unes des raisons du fait qui nous surprend.

Ajoutez que la conception sociologique de Gobineau, attirant l'attention sur l'importance du facteur race dans la formation et l'évolution des Sociétés, infirmait par avance l'enseignement sociologique qui professe que la Société est comme Dieu, aoTàpx-r^ç, qu'elle se suffit à ellemême, qu'elle se crée elle-même et crée tout le reste.

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Ajoutez l'hostilité des Juifs, {les adversaires, et les plus acharnés, de l'idée de race (i).

Le livre de M. Spless est une apothéose du gobinisme, de la philosophie des races, du stoïcisme aryen professé par l'auteur des Pléiades^ le précurseur et l'inspirateur de Nietzsche qui a transposé dans les obscurs symboles de Za^ rathoustra les idées vigoureuses de l'écrivain français. Ce livre est à l'endroit de Gobineau, un acte de réparation et de justice; et en même temps un acte de sympathie et de justice à l'endroit de la culture française que M. Spiess proclame avec Nietzsche, la première ou plutôt la seule culture. M. Spiess fait justice des interprétations erronées, ou astucieuses et malveillantes ou intéressées, qui font de Gobineau un théoricien du pangermanisme...

M. Spiess superposée la symbolique gobinienne sa symbolique personnelle qui est assez obscure. Toutefois on trouve dans ce dernier livre de M. Spiess moins d'occultisme,de mythologie, que dans les précédents livres de cet écrivain, un moindre souci de protéger sa pensée contrela compréhension des profanes...

Sa théorie personnelle se décompose en plusieurs

I. Ou plus justement, de la Race, qui est le genre humain, 1' «homme en Soi » ou le libre arbitre de Spiess, qui est la Fatalité, la Génialité ou l'Humanité. -- N. D. L* A.

philosophèmes : Â) une théorie des Sexes qu'il présente comme l'analogue de celle de Platon. Platon admettait trois sexes : l'Androgyne et les deux sexes; — M. Spiess admet trois sexualités qui font le pendant des trois sexes de Platon : 1° la bisexualité spirituelle ou androgynat psychique (être humain psychiquement complet, surhomme) ;

2^ L'hétérosexualité (génération charnelle) et 3° l'homosexualité (dégénération). — B) une théorie des Races qui sont au nombre de deux : Race adamique (Sem, Cham, Japhet), race inférieure ; et la Race aryenne, race supérieure. — - C) une théorie des Cultures qui sont aussi au nombre de deux: une culture adamique, sémitique, xhrétienne, domestique, féministe, démocratique et mystique ; et une culture aryenne, nietzschéenne et gobinienne, surchrétienne et athée, aristocratique et virile, M. Spiess prêche le retour à la culture virile, contre la dévirilisation chrétienne...

Suivant M. Spiess, le problême qui domine toute la philosophie est le problème des sexes, celui de la race, et celui de la génialité, incarnation individuelle de la race.

M. Spiess nous dit qu'il sexualise la psychologie, épigone en cela, de Platon, de Schopenhauer, de Weininger, de Freud. Mais il dépasse ce dernier. 11 complète la psycho-analyse freudienne

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qui ne traite que des déviations et troubles psychiques sexuels, par une psycho-synthèse qui étudie le problèine de la sexualité dans toute sa généralité... La théorie des Races n'est ni l'anthropologie vulgaire, ni Tanthropo-sociologie mensuratrice, science de garçons tailleurs ou de garçons coiffeurs ; ni la théorie étroite et insuffisante du spiritualisme renouviériste ; elle doit faire appel à une physiologie de la sexualité, de l'hérédité et de la race qui est encore dans l'enfance, dans sa période intuitive à peine éclairée par les lueurs fumeuses projetées par quelques intelligences divinatrices sur ces obscurs problèmes.

Ce qui ressort de tout ceci, c'est que ces problèmes de sexe, de race et ceux qui s'y rattachent sont loin d'être élucidés. H ne suffit pas, pour réfuter une idée, de l'appeler romantique. Cette idée de Race est ou peut devenir scientifique, être creusée et approfondie dans plusieurs directions et non dans une direction unilatérale, comme le fait la philosophie deRenouvier.

{Mercure de France, mars et septembre 1917).

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