I. E. Seillière. 5c/iopen/iaaer. Paris
« dérance à l'intelligence intuitive, à la contempla- « tion naïve de la Nature. »
Cest ici le lieu de faire encore, à l'adresse de lecteurs superficiels, une remarque importante sur la façon dont notre auteur règle l'emploi de certains termes. Faisant état du fait que le mot de pédéraste (TratScov IpaaT-À]?, celui qui aime les jeunes garçons) est à tort employé aujourd'hui comme équivalent d'homosexuel et que ce mot n'implique pas, étymologiquement, une idée sexuelle, Spiess emploie tout simplement le mot de pédéraste au sens platonicien, pour qualifier à l'occasion l'être complet, celui qu'il appelle encore synonymement le troisième sexe fort, l'homme noble ou normal, l'Origine ou l'Androgyne, l'être de l'honneur, l'amant platonique, philosophique et antisémitique, le créateur poétique ou parthénogénétique, le génie, le géant, le représentant de l'impérialisme héroïque, de l'impérialisme de race, de l'impérialisme aryen « qui ne ment pas parce qu'il n'est pas allemand. »
Par l'opposition que nous poursuivons entre cet impérialisme héroïque et celui qui est qualifié de politique, mystique, teutonique et cynique, d'utilitaire, d'universitaire et de délétère, nous compre-
Camille Spiess dans son cabinet de travail
(Photographie inédite)
nons le titre conféré à Fouvrage. Quant à la valeur spirituelle qu'il faut attribuer à la sanctification que Spiess, en compagnie de Nietzsche, fait de la dureté, de la domination et de la guerre, nous ne pouvons l'exprimer mieux que l'auteur lorsqu'il dit: « L'impérialisme de race, l'impérialisme noble « et conquérant, qui n'est pas fictif, factice, naïf et « brutal, est la noble indépendance de l'individua- « lisme aryen», ou ailleurs: « L'impérialisme véri- « table est la conquête de l'homme par la volonté « du génie, par le pouvoir créateur de l'amour :< (platonique sous-entendu) qui subjugue tout « naturellement. »
Pour employer enfin un mot qui n'est pas de l'auteur, puisque celui-ci couvre d'opprobre le mysticisme judéo chrétien, nous dirons qu'en somme il fait de son troisième sexe une émanation de la Divinité. Le nom même d'Origine qu'il lui décerne, ne s'explique pas autrement. Au reste aurait-il tort? S'il est une Divinité, quelle que soit la forme qu'on lui attribue, n'émet-elle pas en quelques-uns d'entre-nous, peut-être même, à bien y regarder, en chacun d'entre nous, une part plus ou moins grande de ses rayons?
L'auteur nous promet un gros ouvrage : Génialitéei Sexualité avec sa doctrine complète. La conclusion dernière y sera donnée par une vaste Tahle des Valeurs où seront insérées en trois colonnes,
les synonymes, les équivalents et les parallèles de ses trois sexes, au triple point de vue racial, spirituel et sexuel. Impérialismes est un livre précurseur, né des circonstances actuelles de la guerre, mais qui contient déjà tous les éléments de la pensée du philosophe.
Il n'est plus qu'une chose dont nous avons conscience de n'avoir pas rendu compte : c'est la succulence des expressions dont s'émaille la prose de Spiess. A elle seule elle suffirait à prouver son originalité, en sorte que, par ses qualités comme par ses défauts mêmes, la forme s'adapte à la doctrine, qui, globale, nous présente celles de Gobineau et de Nietzsche expliquées, complétées, sexualisées.
D'" George Montandon (Lausanne).