CHANT PREMIERE
Je chanterai les combats et ces hommes courageux
t. I^a traduction que nous offrons ici au lecteur est celle de J.-B.-Jl>. Miilië, publiée en 182S à la librairie Didot. Nous nous sommes contenté d*j opérer, en divers endroits, quelques légères modifications. C'est, d'ailleurs, de toutes les traductions françaises, la plus complète et la plus fidèle.
La Tcrsion que Duperron de Castéra avait donnée des Ltttiades, n'était qu'une longue paraphrase où le bon sens et le goût étaient blessés à chaque page. Celle de La Harpe était écrite avec Télégance et la correction qui le distinguent ; mais, étranger à la langue portugaise, il n'avait fait que polir et abréger Duperron de Castéra, resserrant on supprimant tous les passages qui lui résistaient, en transposant quelques autres, et secouant toute espèce d'entraves.
J.-B. HilJié s'est montré de beaucoup supérieur à ses deux devanciers. Sans s'asservir à la lettre, il a cherché constamment à bien saisir Tesprit de l'auteur, les formes et la couleur de son style, et Jusqu'au mouvement de sa phrase. A chaque octave de l'original correspond un alinéa de la traduction, sauf les cas, extrêmement rarea, où le poète se permet des enjambements qui ne seraient pas soufferts en français. Tout en respectant la fidélité, premier devoir du traducteur, il a su éclaircir certains passages dont l'obscurité tenait à l'éloignément des époques où les événements se sont passés ; adoucir quelques images trop hardies pour notre langue ou pour nos mœurs ; animer, par l'expression, des détails qui, dans Tauteur, se soutiennent naturellement par la rime et par la cadence des vers, et qui auraient lan-
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qui, de la rive occidentale de la Lusitanie ' , portés sur des mers que la proue n'avait pas encore sillonnées * , franchirent les plages de la Taprobane ' , déployèrent au milieu des périls et des batailles une force plus qu'humaine, et, parmi des peuples lointains, fondèrent si glorieusement un nouvel empire.
Je dirai les vertus héroïques de ces princes qui soumirent à leur domination les contrées infidèles de l'Afrique et de TAsie, et sur dlmpurs débris établirent le ^ règne de la foi. Je dirai ces guerriers que leur valeur a
rendus immortels. Si Fart et le génie me secondent, leur renommée remplira Tunivers.
gui dans la prose ; substituer des noms propres ù des périphrases ou des périphrases à des noms propres, suivant que l'exigeaient la clarté du sens ou l'harmonie du discours ; négliger quelques-unes de ces épithèles sonores, mais un peu vagues, qui surabondent dans les poëtes méridionaux ; ménager enfin des transitions capables de donner à la version française la marche libre et aisée du texte portugais.
1. Le début de V Enéide peut élre comparé à celui des Lusiada :
Anna virnmque cano, Trojœ qui primus ab oris Italiam, fato profagas, LaTiuaque venit Littora. ....
2. Duperron de Gastéra et La Harpe ont remarqué que ce début n^était pas entièrement conforme à la vérité historique. Los Phéniciens avaient fait, par la mer Rouge, le commerce de l'Afrique et de l'Asie. Les flottes de Salomon avaient pénétré jusqu'au paysd'Ophir, que l*on croit être la presqu'île de Malacca ou Ghersonèse d'or des Anciens. Hannon, amiral carthaginois, avait fait le tour de l'Afrique, depuis Gibraltar jusqu'au golfe Arabique. Les soudans d'Egypte entretenaient des vaisseaux qu'ils envoyaient tous les ans, à la côte de Malabar, chercher les différentes productions que les Vénitiens se chargeaient ensuite de transporter d'Alexandrie dans toutes les contrées de l'Europe. Après les soudans, les Maures de Suez, de La Mecque et de Jeddah continuèrent de fréquenter les Indes ; et Gama les y trouva en possession de tout le conmierce de l'Orient, a Mais il suffit pour la justification de Camoens, dit avec raison La Harpe^ que la flotte de Gama fût la première flotte européenne qui eût navigué dans la mer du Sud au delà des Tropiques; et c'est une vérité qu'on ne saurait contester. » (M.)
3. Nom ancien de l'tle de Ceylan, à l'extrémité méridionale de l'Hindoustan, dont elle est séparée par le golfe de Manaar et le détroit de Palk.
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Qu'on ne parle plus des courses fameuses du sage Ulysse et du pieux Enée. Que la déesse aux cent voix cesse de proclamer les victoires d'Alexandre et de Trajan. Je chante les enfants de Lusus ^ : Mars et Neptune ont marché devant eux. Héros de Virgile et d'Homère, écoutez des exploits qui surpassent tous les vôtres.
Et vous qui venez de m'enflammer d'une ardeur nouvelle, Nymphes du Tage, si vous fûtes mes premières amours, si j'ai chanté vos doux rivages^, donnez à ma voix un ton plus élevé : donnez à mes vers une harmonie v,
si brillante et si pure que le dieu du Pinde iabandonne pour vos ondes les flots de l'Hippocrène.
Réservez pour les jeux des bergers les humbles sons du chalumeau ; donnez-moi les accents hardis de la trompette belliqueuse, ces fiers accents qui font tressaillir' les guerriers et rallument le feu des combats: