‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 136 sur 240 · Atque utinam rex ipse · texte numérisé non relu

Atque utinam rex ipse

Afforet iEneas!

(Id., ?. 675-576.)

LES LUSIâDBS. CH. II (St. 90-94). 335

Le rivage répond à là flotte ^. Des flèches enflammées s*élèvent en murmurant ; la roue brûlante et radieuse tourne dans les airs ; le soufre comprimé éclate de toutes parts ; les cris du peuple percent les nues : la plage et la mer paraissent embrasées, et cette double fête offre l'aspect d'une bataille.

Mais le jour naissant rappelait les mortels à leurs travaux. La diligente Aurore chassait devant elle le dieu du sommeil ; les vapeurs de la nuit retombaient en fraîche rosée sur les fleurs qui émaillaient la terre, quand le monarque africain parut sur la plage.

Une foule innombrable accourait sur ses pas, ou se pressait autour de lui. On voyait briller de loin les draperies de soie, les étoffes de pourpre. ,Au lieu de javelines guerrières et de Tare arrondi en croissant, les . Maures tenaient à la main les branches du palmier dont on couronne les vainqueurs.

Une longue nacelle ornée d'une tenture magnifique attendait le roi de Mélinde. Il part accompagné des grands du royaume et dans le pompeux appareil des monarques orientaux. La mousseline légère, l'or et la soie décoraient son turban. Un manteau de damas flottait sur ses épaules : la pourpre de Tyr, si chère aux nations africaines, en relevait l'éclat. A son cou pendait un collier d'or où Tart surpassait la matière. A sa ceinture étincelait un cimeterre enrichi de pierreries. L'or et les perles recouvraient le velours de sa chaussure.

Un pavillon de soie, supporté par une lance dorée, ombrageait la tète du monarque : la lance reposait dans la main d'un des principaux seigneurs de la cour. A la

' K Les Maures d^Afrique et les Indiens ont conna de bonne heure, ainsi que les Chinois, l'usage de la poudre inflammable : ils s^en servaient dans les réjouissances publiques ; mais ils D*a?aient point do Canons. (La Harpe.)

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proue retentissaient les trompettes mauresques; Toreille était confusément frappée de leurs accents brusques et durs, mais animés par la joie.

Gama, de son côté, quitte la flotte, entouré d'un brillant cortège ; et, sur ses chaloupes pavoisées, s'avance à la rencontre du roi de Mélinde. Il porte Thabit espagnol ; mais le lin de sa tunique est français. Vénus a tissé le satin précieux qui compose son vêtement, et le kermès Ta coloré.

Les manches sont retroussées avec des boutons d'un or pur qui réfléchit l'éclat du soleil. L'or, dont la fortune est si avare, l'or serpente en large broderie sur ses hautsde-chausses militaires. Des agrafes d'or rapprochent, avec élégance, les pans de sa soubreveste; des nœuds de rubans flottent à son épée ; un superbe panache se balance mollement sur sa toque européenne.

La forme variée de l'habillement de ses guerriers s^embellissait de mille couleurs. La pourpre de Tyr, mariée à des teintes plus douces, ofl'rait à l'œil charmé toutes les nuances de l'écharpe lumineuse que déroule dans les cieux la fille de Thaumas^ quand elle va transmettre aux mortels les ordres de Junon.

Les sons de la trompette portaient dans tous les cœurs le mouvement et la joie. Les barques des Maures couvraient la mer et de leurs pavillons déployés en effleuraient la surface. Le bronze enflammé mugissait ; des tourbillons de fumée remplissaient les airs et dérobaient la vue du soleil; les rapides détonations se précipitaient coup sur coup, et les Maures assourdis pressaient de leurs mains leurs oreilles épouvantées.

Mais déjà la chaloupe portugaise a reçu le roi de Mélinde. 11 se jette dans les bras du héros. A cet élan du,

1. Thaumas, fils de l*Oi*èan et de la Terre, éUit le père d'Iria, aamommée Thaamasias.

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cœur, Gama se sent ému ; mais il respecte le rang suprême et ne répond que par des hommages aux embrassements du monarque. L'Africain considérait, avec un plaisir mêlé d'étonnement, les manières, les traits et l'attitude de ces intrépides navigateurs que le désir de la renommée entraînait du fond de TOccident aux rivages de rindus.

Il leur renouvelle en termes magnifiques les offres qu'il leur a déjà faites. « Venez vous reposer dans mes ff États, venez y réparer vos pertes ; tous mes trésors € sont à vous. Je connais depuis longtemps^ les guerriers « de la Lusitanie : je sais que dans une autre contrée a de l'Afrique ils ont li^é de grands combats et rem- <c porté de grandes victoires. L'Afrique entière est pleine ce encore du bruit de leurs exploits.

« Et de raconter lui-même les triomphes des Portu- € gais sur les Maures de Tingis et d'Abyla*, tous les « traits de valeur dont ils avaient rendu témoin le a royaume des Hespérides. Leurs actions d'éclat, leurs a moindres faits d'armes étaient parvenus jusqu'à lui. « Touché de ses discours, Gama lui répond :

€ 0 roi, dont le cœur généreux a pris en pitié les in- € fortunés Lusitaniens et les longues misères qu'ils ont a endurées sur les ondes, puisse l'éternelle Providence

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