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CHANT SIXIÈME

Les fêtes cependant se multipliaient à Mélinde. La présence des héros, le bonheur de les posséder dans ses États, Tespoir d'une alliance honorable avec leur roi, occupaient toutes les pensées du prince africain. « Pourquoi le ciel, leur disait-il, m'a-t-il placé si lom de l'opulente Europe, si loin des lieux t où le bras d'Hercule ouvrit à Tonde amère un chemin nouveau? Une paix éternelle unirait les deux rivages. »

Les jeux, les danses où la jeunesse mélindienne déployait sa grâce et sa vigueur ; la pèche et ses plaisirs variés, les présents de Pomone, les viandes exquises, les oiseaux rares, les poissons recherchés, rien n'était épargné pour les enfants de Lusus. Antoine fut moins fêté à la cour de Gléopâtre '.

Mais les délices de Mélinde ne peuvent captiver Gama. Une vaste mer lui reste encore à parcourir, et le vent

1 . Le mont Calpé, aujourd'hui Gibraltar, et le mont Abjrla, aujourd'hui Âlmina, s'élèvent comme des colonnes et semblent fermer le détroit. Suivant la Fable, ils ne formaient qu'un seul bloo avant qu'Hercule les eût séparés : de là lu nom de colonnes d'Hercule qui leur fut donné.

2. Lucain, au livre X de son poème (v. 154 et suiv.) décrit le repas offert à César par Cléopâlre, après la bataille de Pharsale. Les fêtes qu'elle avait précédemment données à Antoine ont été souvent célébrées par la poésie.

LES LU8IA0ES. GH. VI (St. 4-7). 455

favorable l'invite au départ. D'abondantes provisions sont apportées sur ses vaisseaux; d'habiles pilotes se disposent à le guider. Le monarque veut en vain le retenir ; Gama résiste à sa prière.

« Partez donc, illustres guerriers ; mais revenez bientôt (( visiter nos paisibles bords : mes États vous seront « toujours ouverts. Dites au prince qui vous gouverne, « que mon trône et ma vie sont à lui. Partez, accom- « plissez vos nobles destins, et souvenez<-vous quelque- « fois de Mélinde et de son roi. »

Les adieux de Gama ne sont ni moins expressifs ni moins tendres. On se sépare enfin, les voiles s'enflent, et les guerriers reprennent le chemin de ces contrées lointaines qui, depuis si longtemps, se dérobaient à leurs vœux. Un pilote fidèle éclaire et dirige leur navigation. Tranquilles désormais, ils se reposent sans danger sur la foi de leur nouveau guide.

Us fendaient les mers orientales, et déjà l'océan de rinde présentait à leurs yeux le berceau brûlant du

soleil. Ils touchaient au terme de leur voyage Mais

leur étemel persécuteur, Bacchus, va tenter un dernier effort pour leur ravir la gloire qui les attend. Un dépit mortel le dévore *. Il frémit, il s'agite, il menace ; sa colère est un délire.

La grandeur de Lisbonne doit égaler un jour la grandeur de Rome. Le ciel Ta décidé, et Bacchus lui-même ne saurait anéantir les décrets d'un pouvoir sous lequel

1. C*egt ainsi que dans V Enéide^ Junon, voyant Énée sur le point de toucher au terme de ses voyages, est frappée d'une poignante douleur :

Et Uetum JEnean dassemqiie ex «there loDge Dardaniim Sieulo prcwpexit ab utque Pachyno. Moliri jam teeta videt. jam fidere terrs DeteruisM ratet. Stetit acri 6xa dolore.

(Virg., ÊnéidM, VII, t. 28S-291.)

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