Paciferœqne manu ramum prœtendit olive
(Virg., Enéide, VIII, v. 116.)
Lorsque Céerops éleva la capitale de son royaume, Titonneur de donner un nom à la ville nouvelle Tut réservé à la divinité qui produirait la chose la plus utile aui ftiturs habitants. Neptune fit sortir de terre un cheval, symbole de la guerre; Minerve créa Tolivier, symbole de paii et d'abondance. Ce fut elle qui l'emporta et donna son nom à Athènes.
Tuque 6, cui prima frementem
Fudit equum magno tellas percussa tridenti,
Neptune olecque MiuerTa
InTentiix (Vlrg ., Géorg,, I, 1. 1 2- 1 9.)
LES LUSIADBS. GH. VI (St. 17-20). 459
quer dans Tun et Tautre hémisphère tous les dieux de rhumide empire. Triton est le fils de Neptune et de la reine des ondes. Il est jeune, mais noir et difforme; sa taille est gigantesque; une trompette est dans sa main'.
Sa longue barbe, sa longue chevelure, sont formées d'herbes fangeuses, que la dent du peigne n*a jamais séparées. De l'extrémité de ses cheveux pendent de noirs coquillages ; une large écaille, aux reflets de pourpre et d'azur, lui sert de casque et de couronne.
Pour nager avec plus de vitesse, il est nu. Une ceinture presse ses flancs : elle est formée de homards et de chevrettes, de moules endormies, de hérissons couverts de mousse, et de cette foule de petits crustacés qui se développent dans leur coquille à mesure que le disque de Phébé s'arrondit dans les cieux '.
Il embouche la trompette, et sa voix éclatante parcourt d'échos en échos l'immensité des mers. Au son ï^; perçant qui les appelle, toutes les divinités des eaux se mettent en marche vers le palais du dieu, qui jadis, à la prière de Laomédon, bâtit des murs que renversèrent les Grecs.
Escorté de sa nombreuse famille, le vieil Océan s'avance le premier; Doris et Nérée marchent sur ses pas;
I . A ce portrait de Triton on peut comparer celui qu'en a fklt
Ovide :
snpraqae profundum
Eiitantem, atque humeroi iaoato mariée tectam, Csmlenin Tritona tocat, conchsque lonaci Inspirare jubet ; flactosque et flumina sigoo Jam reTocare dato : cara buccina somitur illi Torlilis, in latum quœ turbine creacit ab imo : Buoeina, quœ medio eoneepit ut aéra pouto, Littora voce replet, lub ntroque jaoentia Pbœbo.
{Métam., I, v. 331-338.)
3. Mot à mot : les chevrettes, lea écreviues et autres moUusqnes qui doivent leur croissance à Phébé, les huîtres, les oursins couverts d'une mousse fangeuse, et les limaçons de mer avec leur coquille sur le do8« (Note du trad.)
400 LES LU8IADES. CH. VI (St. 21-23).
la mer leur doit ses Néréides. Protée » vient ensuite. Il a quitté pour les suivre le soin des troupeaux d'Amphitrite ; mais d'avance il a pénétré le secret de Bacchus.
Par un autre chemin s'avançait l'épouse de Neptune, Téthys, fille de Gœlus et de Vesta. Sur son front respirent la grâce et la majesté. Une gaze fine et légère enveloppe ses attraits ; mais leur éclat se fait jour à travers le voile qui les couvre. Ravie de tant de charmes, la mer n'ose agiter ses flots.
Belle comme les fleurs, Amphitrite l'accompagne. Elle est suivie du dauphin qui lui conseilla jadis de céder aux vœux de Neptune. Les rayons du jour sont moins brillants que les regards d'Amphitrite et de Téthys. Également chéries du dieu des mers, elles se tiennent par la main et marchent d'un pas égal *.
Ii^o' parait avec son fils qu'elle a su dérober aux fureurs d'Athamas, et qui partage avec elle les honneurs divins. Le jeune dieu court en avant sous les yeux de sa mère, jouant, folâtrant avec les brillants coquillages qui
1. Protée, fils de Ncptuoe ou de l'Océan et de Télhys, avait la garde des troupeaux de son père. Il savait l'avenir.
2. La plupart des mythologues confondent Téthys et Amphitrile. Selon quelques-uns, Téthys est fille de Cœlus et de Vesta ; Amphitrite est fille de l'Océan et de Uoris. La Néréide se refusa longtemps aux désirs du dieu des mers: elle Tuyait; mais deux dauphins la poursuivirent et la ramenèrent à Neptune qui la donna pour compagne à Téthys. L'union la plus parfaite s'établit entre les deux épouses, et leur amitié ne s'est pas encore démentie. C'est le seul exemple de polygamie parmi les dieux. (M.)
3. Athamas, roi d'Orchomène en Béotie, avait eu deux enfants, Phryxus et Hellé, de sa première femme Néphélé. Ino, sa seconde femme, mère de Léarque et de Mélicerte, fit condamner par un oracle les enfants du premier lit. (Voir note de la p. 36i). Mais, après avoir obéi à l'oracle, Athamas^ pris de démence furieuse, écrasa Léarque contre une muraille, et Ino, pour échapper à sa fureur, s'élança dans les flots avec son fils Mélicerle. Tous deux devinrent divinités de la mer, l'une sous le nom de Leucothoée, blanche déesse, l'autre sous le nom de Palémon. (Voy. Ovide, Méiam,, IV.) Au V« chant de VOdysséty Ino a pitié d'Ulysse naufragé et le sauve en lui donnant son voile*
LES LUSIÂDES. CH. VI (St. 24). 461
tapissent le fond des eaux^ La beUe Panopée se mèlè aux jeux de Mélicerte, et charmée de sa grâce enfantine, l'enlève dans ses bras.
Glaucus les suit, Glaucus, de pêcheur devenu poisson, et de poisson dieu marin. Il dut sa première métamorphose à la puissance d'une herbe magique', et la seconde, à
« La fille de Cadmus, Ino, aux jolis pieds, Taporçut : Leuoothoéd • était jadis une mortelle à la voix ariiculée; maintenant elle habite « au sein de la mer, où elle participe aux lionneurs des dieux» « Elle eut pitié d'Ulysse errant et accablé de souffrances. »
Tèv Ji t^iv Koé^p.cu Otiixrr.p, xxÀXiCF^upo; tvù, ÂebxcôîiQ, ii irplv p.tv luv Pjmtoç* aù^ïieoaa , %ûv ^* àX6; Iv irtXàitaot 6iûv c|i|xpLOpt ripLx;* ii ci* 0^9^' JXtviotv àXttpLtvcv, Ài-]fi fx^vra,
1. Ce tableau charmant a été depuis imité (mais quelle imitation!) par le poëte Saint-Âmaod, auteur du Moïse sanvé :
Là, l'enfaot éteillé courant sous la licence Que permet à son Age une libre innocence, Va, rcTient, tourne, saute ; et, par maint cri joyeux. Témoignant le plaisir que reçoiTcnt set yeux, D'un étrange caillou qu'à ses pieds il rencontre, Fait au premier Tenu la précieuse montre ; Ramasse une coqnille, et d'aise transporté, La présente à sa mère arec naïveté.
Le tableau de Mélicerte est plein de grâce et de poésie ; il est d'ailleurs très- court et n'est placé là que pour faire contraste avee celui qui va suivre. Les vers de Saint-Amand sont traînants et pnH saïques, et plus que mauvais, car ils sont ridicules.
N'imitez pas ce fou qui, décrivant les mers. Peint le petit enfant qui va, saute, revient. Et, joyeux, à sa mère offre un caillou qu'il tient. (Boileau, Art poétiquet III.) (Al.)
9. Glaucus, pêcheur d'Anthédon, en Béotie, après avoir mangé d'une herbe merveilleuse, se jeta dans Peau et fut mis par Neptune au nombre des divinités marines. Dans Ovide, Glaucus raconte luimême sa métamorphose à la nymphe Scella, dont il est épris :
Alium me corpore toto,
Ac fueram nuper, nec eumdem mente, reoepL Hanc ego tum primnm viridem ferrugine barbam, Cœsariemqne meam, quam louga per œquora verro, Ingentesque linmeros, et cœrula brachia vidi, Cruraque pinnigero currata novissima pisce.
{Métam,, XIII, ▼. 958-9«3.)
462 LES LUSIADES. CH. VI (St. 25-26).
ramitié de Neptune. L^immortalité ne le console poiat de la perte de son amante. Scylla qull préférait à Gircé, Scylla qu'il aime encore, n'est plus qu'un objet d'horreur et d'effroi : la jalouse Gircé en a fait un monstre ^ Oh l que l'amour méprisé est terrible, quand il se venge !
Un salon magnifique a reçu les immortels. Déjà tous ont pris place, les déesses sur d'éclatantes estrades, les dieux sur des sièges de cristal. Neptune les salue d'un sourire. A ses côtés, il a placé Bacchus sur un trône égal au sien. L'air est embaumé d'un précieux aromate qui croit au fond des mers ', et qui l'emporte sur les plus doux parfums de l'Arabie.
Les dieux font silence, et Bacchus s'apprête à leur
1. Circé, qui aimait Glaucus et qui se voyait préférer SejUa, empolionna la fontaiDe dans laquelle cette nymphe allait se baiser et U métamorphosa par ses maléfices en un monstre horrible. La malheureuse se précipita dans la mer qui a gardé son nom sur la côte d'Italie, et devint un objet de terreur pour les navigateurs.
in Mopulum, qui nunc quoque saieui exfUt,
TransforoiaU
{Ooid. MéUm., XIV, v. 73.)
Duperron de Gastéra donne de cette métamorphose une singulière explication: ■ Il y a beaucoup d^apparence, dit-il, que Gircé, qui connaissait les vertus des plantes, mit dans le bain de Scylla quelque drogue qui lui gâta la peau. » Explication qui rappelle le rondeaa de Beoferade.
Pour sa rivale eut Gircé mille soios, Fut au-devant de tes petits besoins, Et n'affecta rien tant que d'être utile ▲ la trop belle et trop charmante Scylle Qu'elle perdit à la fin néanmoins.
De ton projet les enfers sont témoins.
Elle, eu ayant fureté tous les coins, Prépare un bain, cent herbes y distille
Pour sa rivale.
A tout cela quelques mots furent joints; Le charme fut complet en tons ses points, Et cette nymphe adorable entre mille, Devint l'horreur de toute la Sicile.
Quand on le pent,on n'en fait guère moins Pour sa rivale.
2. U y a deux sortes d*ambres : Pambre jaune, qu*on nomme aussi Saecin ou Garabé, a une odeur agréable; il csl déposé sur certains
LES LUSIADES. CH. VI (St. 27-)9). 463
découvrir la cause de ses tourments. Il charge son front d'un sombre nuage ; et, donnant à sa voix un accent de douleur, il les dispose aux impressions funestes que son discours laissera dans leurs âmes.
« Fils de Saturne, 6 toi qui règnes d*un pôle à Tautre « sur le vaste séjour des ondes, toi dont la main posa « les bornes qui séparent les peuples de la terre ; et toi, « vénérable Océan, qui de tes flots embrasses le monde^ « et défends aux nations de franchir les limites tracées « par Neptune;
« Et vous tous, dieux de la mer, si jaloux autrefois « de rindépendance de vos domaines ; vous qu'un témé- (( raire navigateur n'affronta jamais impunément , « qu'est devenue votre antique sévérité ? N'avez-vous « plus ni gouffres, ni tempêtes ? Depuis quand vos in- « flexibles cœurs savent-ils pardonner à l'insolence des « humains.
« Us tentèrent jadis d'escalader l'Olympe. Depuis, on « a vu leurs voiles sacrilèges, leurs rames infatigables, a profaner le sein d'Amphitrite. Ils bravent aujourd'hui « et la mer et les cieux ; et bientôt, si rien ne les arrête, « ils seront les dieux de l'univers*, et les immortels leur « offriront de l'encens et des vœux.
ri?age8 par le mouvement des eaux et provient d*une espèce de conifères antédiluviens dont on ne rencontre plus que les graines et les cônes. Les poètes anciens supposaient que ces graines d'ambre provenaient des larmes des sœurs de Phaéton. L'ambre gris a un parfum analogue au musc; on le trouve flottant à la surface de la mer; oe n'est qu'une concrétion formée dans les intestins ou dans Testomac de certains cachalots. 11 est probable que Camoens parle ici de Tambre gris que les marins portugais avaient coutume de trouver en asses grande quantité dans les mers qu'il avait parcourues lui-même aux environs de Madagascar, de la côte de Coromandel et des Iles Noluques.