‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 176 sur 240 · terris abscidit undas · texte numérisé non relu

terris abscidit undas

Jussit et ambilœ circumdara littora terrœ.

(Ov.y Métam.y 1, v. 22 et 37.)

2, Le désespoir de Bacchus imite celui de Junon qui se plaignait que personne désormais ne voudrait plus Tadorer i

464 LES LUSIADE^. CH. VI (St. 30-34).

« Les fils dégénérés d'un soldat qui servit sous mes « drapeaux, les descendants de Lusus viennent insulter « à ma puissance, à la vôtre. Contempteurs de vos lois, « ils brisent les barrières que vous opposiez à leur au- « dace. Ce que les Romains eux-mêmes n'avaient jamais « tenté, les Lusitaniens Texécutent.

« Lorsque les Argonautes osèrent se frayer un chemin « dans votre empire, Borée, Notus, Aquilon, tous les « enfants d'Eole se soulevèrent d'indignation. Et vous, « divinités de rOcéan, vous que de vils mortels viennent « outrager jusqu'à l'entrée de vos palais, vous tardez « encore à les punir I

« Mais le sentiment de l'injure qui vous est faite, n'est « point le seul motif qui m'amène parmi vous. Ma gloire « est offensée, trahie par les guerriers du Tage. Les « trophées que j'ai plantés en Orient, tous les monuments « de mes victoires vont disparaître devant eux.

« Supérieurs aux conquérants les plus renommés, ils « arracheront à Bacchus son thyrse, et à toi, Neptune, « ton trident. Ainsi l'ont résolu Jupiter et les Destins. « J'ai vainement combattu celte résolution funeste ; « Mars et Vénus ont égaré la raison des immortels. Une « déesse insensée, un dieu furibond, l'ont emporté sur « le triomphateur de l'Inde, et l'Olympe tout entier « s'abandonne à leur délire.

a J'ai quitté cet odieux séjour, cherchant quelque « remède à ma douleur ; et je viens voir si, dans vos « mers profondes, je retrouverai l'honneur et le crédit*

Et quisqaam numen Junonis adoret

Prseterea?

(Virg., Enéide T, t. 48.)

Dans le poëme de Fénelon, Vénus, méprisée par Mentor et Télémaque, dit aussi ù son fils: « Vois-iu, mon fils, ces deux hommes qui méprisent ta puissance et la mienne? Qui voudra désormais nous adorer? • {Télém.y VI.)

I. Junon, elle aussi, quand elle se plaint d'être vaincue par Ènhe,

LES LUSIADES. CH. VI (St. 35-38). 465

« que j'ai perdus dans le ciel. » A ces mots, des pleurs « de rage s'échappent de ses yeux, et Témotion qu'il « éprouve se communique à tous les dieux de TOcéan.

Le transport qui les saisit ne souffre ni conseil ni retard. « Périssent les enfants de Lusus ! Périssent d'inso- « lents navigateurs ! » Un message de Neptune ordonne au fougueux Éole d'en purger, à l'instant même, la surface des mers.

Protée seul, parmi les dieux, n'a point partagé le mouvement qui les entraîne. Il se lève, et, les yeux fixés sur l'avenir, il parle. Des voix tumultueuses couvrent la sienne. «Tais-toi, prophète importun, s'écrie Téthys en « fureur : les oracles de Neptune sont plus sûrs que les « tiens. »

Mais déjà le dieu d'Eolie vient d'ou\Tir la prison des vents. A la voix de leur souverain, les vents irrités s'élancent sur la terre*, ébranlent les cités, les tours et les montagnes, et dirigent leur vol vers les mers orientales. Les nuages s'amoncellent sur leur passage, et courent avec eux dans l'immensité des airs.

Tandis que les dieux réunis au palais de Neptune conjuraient la perte des enfants de Lusus, la flotte,

dit que, si elle n'a plus de crédit dans le ciel, elle cherchera ailleurs les moyens de se venger.

Ait ego, magna Jotis conjux.

Yineor ab J^nea ! Qaod si roea nuroina non sunt

Magna satis, dubitem baud equidem iroplorare quod utqaam est.

Flectere si nequeo Superos, Acheronta movcbo.

(Virg., Enéide, VII, t. 308-31 i.)

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