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(Id. II, T. 2-3.)
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LBS LUSIADËS. CH. VIII (St. 91-95). 529
Cl Que tes vaisseaux restent donc loin de nous, dit-il « à son prisonnier ; mais qu'ils nous livrent les mar- « chandises dont on peut faire ici ou rechange ou la « vente. Qui ne veut pas le commerce, veut la guerre. » L'intention de Tavare Gatual ne pouvait être douteuse ; mais Gama ne met point en balance ses richesses et sa liberté.
11 cède, et cependant, toujours fidèle à sa prudence accoutumée, il refuse d'employer au transport les chaloupes portugaises. Des barques indiennes sont dirigées vers la flotte, et reçoivent les tissus précieux, les divers objets d'industrie destinés, s'il le fa^it, à payer la délivrance de Gama.
Alvare et Diego, chargés d'en surveiller la vente, les accompagnent à Galicut et les déposent aux pieds du Gatual. Le trattre sourit à sa proie. Le sentiment du devoir, Tordre du prince, les instances du noble captif , n'avaient rien obtenu. L'intérêt parle, et Gama se voit libre.
Impatient de quitter sans retour un rivage qui ne lui promet que des fers, il jette sur cette terre infidèle un regard de mépris et d'indignation, regagne promptement ses vaisseaux, et s'y repose enfin de ses longues anxiétés.
Tranquille désormais, il abandonne au temps le soin de lui apprendre le sort de ses deux envoyés et des ri~ chesses confiées à leur surveillance. Que pouvait-il attendre d'un monarque sans force et sans résolution, d'un ministre avide et corrompu? 0 Plutus, dieu de l'or 1 idole de sang et de boue « ! le riche, comme le pauvre, rampe au pied de tes autels.
1. Ovido appelle les richesses, irritamenta malorum, et quan<l Virgile parle de la soif de l'or, il s^écrie :
Qaid Don mortalia pectora cogi»,
Auri sacra famés I
{Énéidê, III, v. 56-57.)
530 LES LUSIADE8. CH. VIII (St. OG).
C'est pour s'emparer des richesses de Polydore*, que le roi des Thraces devint un lâche meurtrier. Une tour impénétrable s'ouvrit à la pluie d'or qui descendait sur la fille d'Acrisius*. L'éclat d'un métal corrupteur
G^est à ce désir insatiable des richesses que Juvënal, comme Camoens, attribue presque tous les crlmas des hommes :
Inde fera scelerum causœ« nec plura Teoena Hiteuit, aut ferro grassatur sspius ulium Humame mealis TÎtium, quam Sâeva cupido Imroodici ccasus. Nam dives qui fieri vult, Et cito Tult fieri. Sed qu« reverentia legum, Quis melus, aut pudor est unquam proper&utis avari ? (Sat. XIV. T. 173-178.)
t. Priam et Hécube avaient conûé leur nis Polydore, avec une partie de leurs trésors, à leur gendre Polymnestor, roi de la Chersonèso de Thrace. Après la chute de Troie, le traître fit périr Tenfant et s'empara de ses richesses.
Hune Polydoram aari quondam cum pondère magno Infelix Priamul furtim maodârat alendum Threïcio régi, quum jam difBderet armii Dardanic, cingique urbem obsidioue Tideret. nie, ut opes fractae Teucrâm, et fortuna reeessit, Res agamemnonias victriciaqae arma seentus, Fas omne abrumpit, PolyJorum obtrnncat, et auro Vi potitur.
(Virg., Enéide, III, t. 49-56.)
Ovide raconte également la mort tragique de Polydore, dans le Xlli" livre des Métamorphoses.
Poiymestoris illic
Regia dives erat, eut te commisit alendum Clam, Polydore, pater, Phrygiisqae remoTÏt ab armif , Consilinm sapiens, soeleris nisi prcmia magnas Adjecisset opes, animi irritamen avari .
3. Acrisius, à qui un oracle avait annoncé qu*il périrait de la main du fils qui naîtrait de Danaé, Tavait enfermée dans une tour d'airain, mais Jupiter, changé en pluie d'or, pénétra dans cette tour, et, de son union avec Danaé, naquit Persée.
Japiter, admonilus nil esse potentius auro, Corruptœ pretium virgiuls ipse fuit.
(Ov., de amoribus, III, ék'g. 8, v. 29-30.)
a Gardée dans une tour d'airain par d'inébranlables portes et des chiens toujours veillants, Danaé, dit Horace {Od. XVI du livre III), était assez protégée contre les entreprises nocturnes des amants, si Jupiter et Vénus ne se fussent Joués d'Acrisius, geôlier tremblant d'une
LBS LUSIÂDES. GH. VIII (St. 97-98). $31
égara cette infortunée Tarpeïa qui livra le Capitule aux Sabins et mourut étouffée sous le poids de leurs boucliers '.
L'ôr envahit les forteresses * ; il fait les faux amis et les traîtres, conseille des bassesses aux plus nobles cœurs, et de lâches défections aux vaillants capitaines ^. Il ravit aux vierges timides les pudiques alarmes de rhonneur^. Il tente quelquefois les enfants de Minerve, il déprave leur conscience et flétrit leur génie.
L'or interprète et dénature les oracles de Thémis. Il fait et défait les lois^. Par lui le parjure entre dans les
vierge recluse. Un chemin sûr et facile ne devait-il pas 8*ouvrir au dien changé en or corrupteur 7 »
fore enim tatum iter et patent,
CooTeno in pretium deo. (V. 7-8.)