dea tollit in altos
Idaliœ lucos
(Virg., Enéide, 1, v. 692-693) Idalie était une ville de(Wpre,au nord de Cilium. Vénus y jouissait d*un culte particulier.
5. Cette idée de TAmour contemplant Tunivers, et «'indignant de tant d'afTections qui s'égarent, de tant dépassions honteuses qui osent se parer de son nom, est aussi neuve que morale et philosophique.
LES LUSIADBS. GH. IX (St. 27-28). 54i
vel Actéon s'élancer à la poursuite des animaux farouches. L'infatigable chasseur oublie les soins de son empire, et méprise TAmour et les Grâces. Il en sera puni. Un jour, moins sauvage et moins fier^ il rencontrera la déesse des forêts; il la verra dans tout Téclat de sa beauté : mais la déesse repoussera son hommage. Trop heureux encore s'il échappe à cette meute de favoris qui bondit sur ses traces I
L'amour a lu dans le cœur des courtisans. Le bonheur public est loin de leur pensée; ils ne sont épris que d'eux-mêmes. S'ils inondent le palais des rois, s'ils vantent leur amour pour le prince, s'ils se pressent autour de lui, c'est pour détruire les vertus qui germaient dans son âme. Un jeune épi commençait à fleurir; il est étouffé par l'ivraie.
Des ministres de charité , des hommes du ciel *, qui
L*auteur va placer dans ce cadre ingénieux Tamour des plaisirs, si contraire à l^amour des devoirs ; l*amour-propre, qui ne sourit qu*aui adulateurs ; l'amour du pouvoir, déguisé sous les apparences de l^attachôment pour le prince ; l'amour de Tor et des grandeurs, brûlant dans le cœur des mômes hommes qui semblaient avoir mis tous leurs trésors dans le ciel. L'auteur a beau vouloir envelopper ses pensées , la franchise de son caractère perce à travers le voile dont il se couvre : U suffit, pour comprendre tout le sens de ce morceau, de se reporter en imagination à la cour du roi Sébastien, telle que les historiens nous Tout peinte. Les grands personnages de cette cour ne se reconnurent que trop bien dans les tableaux du poète ; et ceUi nous explique tes longues infortunes. (M.) Voir la Notice sur la vie de Camoens, p. 33, et la Notice littéraire, p. 106.
1 . Le roi Sébastien avait livré aux plaisirs de la chasse les premières années de son règne et n'avait témoigné que de Taversion pour le mariage, lorsque, sur la simple vue d'un portrait, il s*éprit tout à coup d'amour pour Marguerite de France, fille de Henri II. Il demanda la main Je celte princesse, mai:» les négociations entamées à ce sujet échouèrent par suite des intrigues de Philippe II, roi d'Espagne. Le poëte fait allusion à tous ces faits en comparant Sébastien à Actéon, et poursuit cette comparaison jusqu'à la fin de la stance en souhaitant au roi de ne pas succomber sous la meute affamée de ses favoris, comme Actéon sous la morsure de ses chiens. Voir la fable d'Actéon dans \eê Métamorphoies d'Ovide, III, v. 1 55-252.
2. Le po«le fait ici allusion ù l'établissement récent de l'Inquisition
542 LES LUSIADES. GH. IX (St. 29-33).
devaient leur tendresse au malheur et leurs soins pieux à rindigence, ne sont possédés que de Tamour de Tor et des grandeurs. Leur austérité n'est qu'un masque ; leur justice, qu'une lâche oppression. Ohéissez aux lois, répètent-ils sans cesse. Mais leur voix ne s'adresse qu'au peuple : ils sont muets au pied du trône >.
Le dieu n'aperçoit partout que des cœurs infidèles et des affections qui s'égarent. La vengeance respire dans ses yeux. Ses jeunes ministres sont autour de lui; il va leur confier des phalanges guerrières, destinées à ramener les mortels sous ses lois.
Les Amours cependant s'occupaient à divers ouvrages. Les uns façonnaient le hois de leurs flèches ; les autres en aiguisaient le fer. Ils mêlaient à leurs travaux des chants mélodieux , soumis aux lois d'une harmonie céleste : douces paroles qu'embellissaient des airs plus doux encore.
Les forges divines , où rougit la pointe de leurs traits, ne s'alimentent que de cœurs enflammés ; elles s'allument au feu des désirs, flamme brillante, incorruptible, qui pénètre les cœurs et les brûle sans les consumer. Une source jaillit; elle est formée des larmes des amants malheureux. C'est là que les Amours trempent le fer de leurs dards.
Les plus jeunes exerçaient leur adresse sur des cœurs durs et grossiers. De fréquents soupirs remplissent les airs. Des nymphes attendries volent au secours des blessés, et sur leurs plaies versent un baume salutaire. Imprudentes I Elles ne voient point le danger qui les attend. L'Amour sourit à leur imprévoyance.
et à l'ambition des deux frères da Camara, de l'ordre des jésuites et ministres du roi. ^ Voir Notice sur la vie de Gamoens, p. 33, Notice littéraire, p. 106, et Notice historique, p. 275.
1. «Les Nathan eux-mêmes, les prophètes du Seigneur, se taisent et s'affaiblissent en approchant le roi. n (Massillon, sermon pour la fête de la PuriflcaUon.)
LES LUSIADBS. CH. IX (Si. 34-37). o43
Toutes n^ont pas le don de charmer les yeux ; il est des blessures que guérit la laideur, comme on voit Tantidote amer détruire le venin répandu dans nos veines. Quelques-uns des blessés, trop attentifs à des paroles magiques, paient de leur liberté la guérison qu*ils obtiennent ; car, parmi ces nymphes compatissantes, il est aussi des Circés.
De tous ces traits , lancés au hasard par des mains encore mal assurées, naissent les unions bizarres, les penchants monstrueux : témoin Byblis^ Myrrha, le frère de Thamar et le fils d'Antiochus. Les flèches de TAmour s'égarent dans tous les rangs.
Grands du monde, ètes-vous à l'épreuve des armes d'une simple bergère? Et vous, nobles Beautés, étiezvous avec le dieu Mars , quand Yulcain vous enveloppa de ses filets'? C'est pour de vulgaires amants que vous comptez les heures de la nuit; c'est pour eux que vous franchissez les toits et les murs. Mais devons-nous en accuser L'Amour? Vénus , dans cet obscur délire , Vénus est plus coupable que son fils.
Déjà les cygnes au blanc plumage déposaient mollement sur la verdure le char de Gypris. La fraîcheur de son teint s'est animée des couleurs de la rose. L'enfant dont les flèches redoutables n'épargnent pas même les dieux, Gupidon, vole à sa rencontre; il est suivi de la foule des Amours, qui viennent baiser la main de leur aimable souveraine.
Les moments sont chers à Vénus. Elle prend son fils
1. Ofide^ au 1X« livre des Métamorphotea^ a raconté la lamentable histoire de Byblis , changée on fontaine ;
Bjblii Apollinei correpta cnpidine fratrii, Non soror ni fratrem, nec qua debebat, amavit.
Pour Myrrha, ▼. la note de la p. 145.
7. Les filets de Vulcain sont décrits au IV« livre des Méiamorphoaei y. 176 et suiv.
$44 LES LUSIADES. OH. IX (St. 38-41).
dans ses bras : « Cher enfant ! lui dit-elle , toi sur qui « repose tout mon pouvoir ; toi qui te ris des foudres « dont Jupiter écrasa Typhée; toi, l'espoir et Torgueil « de ta mère, ô mon fils ! j'implore ton secours*.
« Tu connais les descendants de Lusus. Je les chéris à « l'égal des enfants d'Énée. Ils adorent Vénus et la gloire, a et leur seront toujours fidèles; j'en ai pour garants « d'infaillibles oracles. Encourageons leurs travaux; « unissons en leur faveur tout ce que les Destins nous « ont donné de force et de puissance.
« Bacchus les a persécutés dans l'Inde ; la mer a sou- « levé contre eux toutes ses vagues. Eh bien! que ce « même Océan, si longtemps agité, repose enfin sous « leurs nefs victorieuses; que, témoin naguère de leurs u tourments et de leurs peines , il le soit aujourd'hui de « leur triomphe et de leur bonheur.
c< Que les filles de Nérée , un moment complices des « fureurs de Bacchus, soient frappées de tes inévitables « traits ; que, saisies d'un feu soudain , elles se rassem- « blent dans une île où je conduirai mes héros. Flore y « versera les trésors de sa corbeille ; Zéphyre y rafraî- « chira la verdure et les fleurs; Amphitrite amoureuse « la caressera de ses flots.
1. YéDiu, engageant Cupidon à blesser le coeur de Didon, emploie absolument les mêmes termes dans TËnéide.
Nate, mes virei, me* magna potenlia solui, Nate, patrii summi qui tela Typhoea temnii. Ad te coufugio, et eupplex tna immiua poaco.
Dans Ovide I la déesse tient encore à son Ois un langage à pe après semblable, lorsqu'elle Texcileà diriger ses traits eur Pluton :
Natumque aniple&a volacrem :
Anna, manusque mes, mea, nate, putentia, diiit, nia, quibuf superas omues, cape tela, Cupido, luque Dei pectus celeres molire sagittas.
(0»., Métam., V, v. 364-367.)
LES LUSIADES. CH. IX (Si. 42-44). 545
« Que là, SOUS des lambris éclatants, les tendres Né- « réides préparent les mets exquis, les vins parfumés, u les guirlandes de roses; qu^elles disposent les lits « magnifiques, moins brillants que leurs attraits ; qu'elles « inventent pour mes héros mille plaisirs délicats. Arme- « toi, blesse, enflamme* ; que la fête de THyménée soit a aussi le triomphe de TAmour.
(( Laisse-là tes cohortes légères. Du sein de Tonde où « je suis née, fais sortir une race de héros. Ils renouvel- « leront la face du monde, ils confondront à la fois Tim- « pie qui abandonne tes autels, et Thypocrite qui les « profane. La terre redeviendra ta conquête. Et pour- « rait-elle se défendre de tes feux, quand Tonde elle- « même en aura senti Tardeur? »
Elle dit. Une joie maligne éclate dans les yeux de Gupidon; il se fait apporter son arc d'ivoire. Tare brillant d'où partent ses flèches dorées. Vénus , d'un air tendre et caressant, le reçoit dans son char; et les oiseaux mélodieux', qui jadis ont tant déploré la mort de Phaéton', les enlèvent au milieu des airs.
L'Amour veut avoir l'appui d'une autre divinité qui, plus d'une fois, a divulgué ses mystères, mais qui souvent aussi a secondé ses desseins. Sa taille est celle d'un géant. Indiscrète et téméraire, organe du mensonge et de la vérité, elle embrasse l'univers dans son vol infati-
1 . Régales inter meDsaf laticemque Lysuoi, Oeeultum inspires ignem, fallasque TeDeno.
(Yirg., Étiéide, 1, y. 686-688.)
2. Les anciens croyaient à la mélodie des chants du cygne : on ne sait trop pourquoi, carie chant de cet oiseau est un cri enroué et désagréable. Le poCme des Jardina Tait allusion à cette ancienne erreur:
Le cygne à qai l'erreur prêta des chanti aimables. Et qui n'a pas besoin du mensonge des fables.
3. A la suite de la mort de Phaéton, ses sœurs Turent métamorphosées en peupliers, et Gycnus, fils de Sthénélus , roi des Liguriens, éprouva tant de douleur de la perte de son ami, qu*Apollun le changea en cygne. Voir Ovide, Métam, II, v. 367 et suiv.
546 LES LDSUDES. CH. IX (St. 45-4G).
gable. Ce qu'ont vu ses cent yeux , ses mille bouches le proclament!.
Vénus et son fils vont chercher la Renommée. A peine ont-ils parlé, qu'elle s'élance dans les airs, et va publiant de rivage en rivage* les exploits des enfants de Lusus. Les accents de sa trompette n'avaient jamais eu tant d'éclat; ils pénètrent jusqu'au fond des grottes humides, portés par la Crédulité qui, cette fois du moins, n'aura pas à prêter son secours au mensonge ^
Les dieux de la mer sont émus; ils écoutent d'une oreille attentive ces merveilleux récits, et dépouillent insensiblement la haine que Bacchus leur avait inspirée^
1. Gamoens énumère les principaux traits de la Renommée, telle que liv dépeint Virgile :
lUam Terra paréos, ira irritaU deorum,
Extremam, utperhibcDt, Cœo Enceladoque lororem
Progenait, pedibut celerem et pemicibus alii :
Monstrum horreodum, ingen» ; cui quoi sunt corpore plumas,
Tôt vigiles ocuU lubter (mirabile dictu I),
Tôt lingue, totidem ora sonant, lot lubrigit aurei.
Nocle voiat cœli medio terrsque per umbram
Taiii ficti piavique tenax, qaam nuntia veri.
{Enéide, IV, y. 178-188.)
Ovide a Tait aussi du palais* de la Renommée un très-beau tableau qui se termine par ces vers :
Ipsa quid in cœlo rerum, pelagoque geratur, Et tellure, videt, totumque inquirit in orbem. (Métam., XII, y. 62-63.)