‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 63 sur 240 · Ch. III, 8t · texte numérisé non relu

Ch. III, 8t

une troisième paix fut conclue définitivement, et le roi deCastille, Jean I*', épousa Tinfante Béatrix.

Tandis que tous les fléaux de cette guerre impitoyable ruinaient le royaume, Léonor Tellez déshonorait le palais par ses crimes et les scandales de sa conduite. ^ roi, sans le savoir, eut un rival dans la personne de ce courtisan en qui il avait mis toute sa confiance, de ce comte Andeiro dont il s'était servi , de connivence avec la reine, comme négociateur auprès du roi d'Angleterre. Peut-être commençait-il à ouvrir les yeux sur la Wiison de son favori et sur les dérèglements de Léonor, lorsqu'il tomba gravement malade. 11 mourut, à Usbonne, à Tàge de trente-huit ans, le 22 octobre 1383, et les vieux chroniqueurs nous montrent par leurs récits loelle haine se souleva contre la veuve, lorsque, se soustrayant à un antique usage , elle refusa d'assister aux fcnéraiUes solennelles qui furent faites à Santarem, dans le couvent de San Francisco.

Régence de Léonor Tellez. — * Interrègne

Dom Fernand ne laissait pas d'enfant mâle. La princesse Béatrix, qu'il avait eue de Léonor, était mariée au 'oi de Castille ; celui-ci revendiqua pour elle la couronne de Portugal. A cette époque, précisément, il tenait priwnnier dans ses États le prince dom Juan, fils de dom ^Wre et d'Inez de Castro, dont les patriotes portugais *^"^ent volontiers opposé les droits à ses prétentions.

^^ troisième concurrent, moins redoutable en appa-

'*^^ mais plus à craindre en effet, était un autre dom

y ^» fils naturel de dom Pèdre ^ et d'une dame de Ga-

• ïlevètu par son père, dès sa plus tendre jeunesse

*• ^h. IV, il. 2.

du titre de grand maître de Tordre d'Aviz, brave et généreux, il avait été depuis longtemps poursuivi par ia haine et la jalousie de Léonor Tellez^ et, à cause de cette persécution même, s'était créé dans le peuple autant de partisans que le fils dînez de Castro. Malgré sa naissance illégitime, il ne manquait pas absolument d'auxiliaires dans la noblesse : un vieux chevalier, d'une trèsgrande et très-fière renommée, Alvar Paës, le soutenait de tout son crédit. Il avait alors vingt-six ans.

Léonor, à qui le testament du feu roi avait conféré la régence, essaya de faire reconnaître, dans toutes les villes du royaume, la souveraineté de sa fille Béatrix et du roi de Gastille. Partout la voix des hérauts fut accueillie par un silence désapprobateur. Il devint évident que le peuple de Portugal ne voulait pas avoir pour reine la fille de celle qu'il méprisait, la femme d'un monarque étranger : les murmures s'élevaient nombreux ; la haine que l'on portait à Ja régente et à son favori, faisait même calomnier la naissance de Béatrix, que Ton ne craignait^ pas de présenter comme le fruit incestueux, de leurs^ amours. « Cette princesse qu'un nœud sacré unit monarque espagnol, dit Camoens, Béatrix est fille d Léonor et de Fernand; mais sa naissance est douteuse l'opinion des peuples la flétrit *. »

La régente, ne pouvant compter sur l'arrivée immédiate d'une armée castillane, ne cherchait qu'à gagnée:-^ du temps. Pour éloigner le grand maître d'Aviz» ell». fait semblant d'avoir changé de sentiments à son égardfli et lui offre le gouvernement d'Alemtejo. 11 accepte^ m à peine est-il sorti de la ville qu'il y rentre avec troupe d'amis, tous armés; il se rend au palais, droit aux appartements de la reine comme pour lui d mander ses derniers ordres. Il y rencontre l'infâme

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eiro au milieu des dames de la cour, et, à la fin de l'en- *evue, en prenant congé de sa souveraine, sous un rétexte auquel le favori ne peut résister, il le contraint e le suivre. Dans la salle voisine, quelques paroles a'oQ ignore, sont échangées, et tout à coup, dom Juan, d fabant Texécuteur de la sentence de la nation, le rappe de son poignard; Andeiro, légèrement blessé, hancelle; un autre chevalier Tachève. Alors les claleurs emplissent le palais, et la foule compacte qui déjà tationne aux portes de la demeure royale, croyant que lom Juan court lui-même un danger, réclame à grands ris sa présence. Il paraît et s'entend acclamer. Mais en ain voudrait-il maintenant arrêter reffervescence d'un peuple qu'entraîne une colère longtemps comprimée. >es bandes en fureur se répandent dans la ville, massa- Teni les parents, les amis d'Andeiro, et se livrent à des sxcès qui font dire à Gamoens : « La mort du tyran est le signal d'un nouveau massacre; la fureur populaire s^accroît et s'étend comme un vaste incendie... Les crimes de cette époque feraient oublier les cruautés de llarius; Rome fut souillée de moins d'horreurs, alors que Sylla rentra dans ses murs et vengea le sang par le sang ^ »

Léonor, grâce aux efforts de dom Juan, avait été sauvée. Elle avait quitté la ville le soir même de cette révolution. Continuant le rôle qu'elle avait entrepris, elle ne cessa d'émettre des actes publics au nom de Béatrix et du roi de Gastille. Une grande partie des seigneurs la soutenaient encore et, par eux, elle conservait plusieurs places fortes du Portugal. Quelques nobles pourtant, et des plus illustres, venaient d'abandonner sa cause; le plus remarquable d'entre tous était dom Nuno Alvarès Pereira*, surnommé plus tard le Sa'pwn portugais ^lo

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