Gh. X, st
qui avait été prévenue de leur arrivée et s*était mise en état de défense par un armement considérable. Le port renfermait soixante navires et deux cents bâtiments à rames^ et, sans compter les hommes de mer embarqués sur la flotte, la ville n'avait pas moins de quinze mille défenseurs bien armés : elle était, en outre, munie d'une artillerie imposante. Les chefs portugais adressèrent des remontrances à leur commandant ; mais Albuquerque, tout en confessant qu'il s'agissait d'une fort grande affaire, leur répondit « qu'il était trop tard pour reculer et qu'il avait plus besoin de détermination que d'un bon conseil. » Dès le quatrième jour, comme les propositions qu'il avait faites^ n'étaient pas acceptées par le roi d'Ormuz, qui voulait gagner du temps pour augmenter ses préparatifs de guerre, il prit une résolution soudaine, et, malgré l'opposition de ses capitfidnes, lança ses six vaisseaux contre la flotte ennemie. L'action dura presque toute la journée et resta longtemps douteuse ; mais la fortune se déclara encore une fois pour les Européens ; à partir du moment où ils comprirent qu'ils ne seraient pas victorieux, les Asiatiques quittèrent à la hâte leurs embarcations et se jetèrent à l'eau pour regagner le fort à la nage : en proie à une panique générale, ils subirent un carnage épouvantable ^ Profitant de leur désordre, Albuquerque ne craignit pas de débarquer avec un petit nombre des siens, et, malgré la blessure douloureuse que lui fit une flèche en plein visage, il s'avança jusque dans les faubourgs de la ville. Lorsque l'incendie, qui se propageait rapidement, menaça la cité même, le roi dépêcha vers lui des messagers pour sauver sa capitale ; il accepta les conditions du vainqueur, reconnut la suzeraineté du Portugal, s'engagea à payer à Emmanuel un tribut annuel de douze mille cruzades et à laisser con-