‹ CAMOENS ET LES LUSIADESChapitre 99 sur 240 · Gb.X, si. 3» et · texte numérisé non relu

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ne APERÇU DE L'HISTOIRE DE P0RTU6AL.

struire, sans inquiéter les travaux, une forteresse portugaise près des remparts .d'Ormuz.

Jamais peut-être Albuquerque ne mérita mieux que dans cette première campagne le surnom de Grand, qui devait lui être décerné plus tard. Déjà dans son esprit s'étaient développés ces vastes projets qu'il était appelé à réaliser, et sa pensée prévoyante faisait du fort d'Ormuz la clef de tout le commerce de TOrient. Malheureusement la trahison des chefs qui raccompagnaient, viai arrêter pour un temps ses grandes entreprises. Au mépris des lois de Thonneur et de la discipline militaire, Jean de Nova et deux autres capitaines s'éloignèrent avec trois navires pour gagner le Malabar. Réduit dès lors à un nombre d'hommes très-restreint et è une flotte qui ne comptait plus que trois bâtiments, il lui était interdit d'imposer plus longtemps sa volonté à ceux qu'il avait vaincus ; il dut délaisser la forteresse nouvellement construite et abandonner les résultats de sa victoire. U ne se retira toutefois qu'avec l'espoir de revenir un jour.

Quand il parvint à la côte de Malabar (1S08), Almeida venait de remporter la grande victoire de Diu. Le viceroi des Indes avait fait bon accueil aux capitaines qui avaient trahi le héros d'Ormuz ; il avait prêté Toreille à toutes leurs calomnies, et se montrait disposé à traiter Albuquerque comme un aventurier qui aurait abusé des forces de l'Etat, mises à sa disposition^ pour satisfaire une ambition purement personnelle. Des informations judiciaires furent ordonnées, et la malveillance les aurait dirigées dentelle façon qu'elles auraient sans nul doute abouti à une condamnation, lorsqu*un événement bien imprévu changea tout à coup la face des choses. Albuquerque avait emporté de Lisbonne des lettres royales, qu'il ne devait ouvrir qu'après un laps de temps déterminé; le moment étant venu, il en prit connais-

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sance et ne fat pas peu surpris d*y trouyer sa nomination de vice-roi des Indes. U devait succéder immédiatement à Almeida, qui avait terminé ses trois années de ^avemement et était rappelé en Portugal. Ce fut un grand sujet d*étonnement et de tristesse pour Jean de Nova et les capitaines qui, après avoir déserté sa flotte, n avaient cherché qu'à le perdre par leurs calomnies. Ds se crurent ruinés s'ils ne poursuivaient pas leurs intrigues jusqu'au bout, entourèrent Almeida, lui conseillèrent de considérer comme non avenues les ordonnances royales qu'on lui mettait sous les yeux et de ne voir en Albuquerque qu'un imposteur. Le vice-roi rejeta d'abord leurs mauvais conseils : <c Ce n'est plus l'heure, disait-il, il faut maintenant obéir. » Mais peu à peu il se laissa convaincre et ne craignit point, en cédant à leurs suggestions, de ternir par un acte de déloyauté la gloire qu'il s'était acquise par une vie tout entière d'honnêtes et brillants services. U se rendit à Gochin, où était son rival, dédaigna publiquement ses réclamations, finit lOéme par le faire charger de fers et ordonna qu'on le transportât à Gananor. Cette usurpation de pouvoir ne f'ut pas de longue durée. Quelques jours plus tard, une ^cadre de quinze navires surgit précisément en vue de Cananor : elle était commandée par le maréchal de Portugal, qui se mit à la disposition d'Albuquerque et exigea d 'Almeida qu'il obéit aux ordres d'Emmanuel. Honteux cle la faute qu'il venait de commettre, le vainqueur de tliu s'embarqua aussitôt pour Lisbonne; mais, arrivé près du cap de Bonne-Espérance, ayant pris terre aux environs de la baie de Saldagne, il se fit tuer dans une C|uerelle qui s'était élevée entre les indigènes et les gens de son équipage. Ce fut, comme le dit GamoensS « dans

1. Camoens rappelle cette mort au ch. V, st. 45, et au Ch. X, s%.a6 et 37.

« un obscur combat que se termina une vie contre lace quelle s'étaient liguées en vain toutes les forces de « rÉgypte et de Tlnde,» Quant au nouveau vice-roî, généreux dans son triomphe, il s'empressa de pardonner aux chefs qui avaient tramé sa perte; il rendit lui-même, quelques semaines après, les derniers honneurs à Jean de Nova et témoigna par sa clémence, comme il Tavait déjà montré par son courage, combien il était digne du titre élevé que lui avait conféré le roi.

A peine fut-il installé que le maréchal de Portugal lui déclara qu'il n'était pas venu dans l'Inde pour rester dans l'inaction et qu'il avait reçu pour mission de détruire Galicut. Albuquerque aurait voulu l'empêcher de donner suite immédiatement à ce projet; mais c'était, disait-on, un ordre d'Emmanuel, et comme on apprit que le Samorin était loin de sa capitale, on hâta l'expédition. Les naïres laissèrent débarquer presque sans résistance domFernand Goutinho qui s'avança imprudemment et livra au pillage le palais du radjah ; mais, en ce moment, et alors qu'il croyait la victoire assurée, il Ait entouré de tous côtés et fut frappé mortellement en s'efforçant de se dégager. Albuquerque, avec son neveu Antoine de Noronha, réussit à rallier les combattants, les embarqua, et se retira avec la flotte intacte.

L'occasion de réparer ce léger échec ne se fit pas attendre. Il avait gagné le fort de Gintacora, lorsqu'un chef hindou, du nom de Timoia, qui commandait à un nombre assez important de bâtiments, vint mettre à sa disposition les forces maritimes qu'il possédait, pour exécuter un coup de main dont il lui démontra la facilité : il s'agissait de s'emparer à l'improviste de la ville de Goa qui n'était défendue que par un millier d'hommes et dont le roi Idalcan était occupé à l'intérieur du pays à la poursuite de peuples ennemis. Si Galicut était la principale ville religieuse des Hindous, Goa était par

excellence leur ville commerciale : elle avait deux ports très-sûrs et offrait le passage le plus naturel pour conduire au royaume de Narsingue et dans le Dekkan. Le vice-roi devina tout de suite les avantages qui devaient résulter pour les Portugais de Toccupation d'un tel poste. Il accepta avec empressement Toffre de Timoia et se dirigea sur Goa, dont il s'empara, presque sans coup férir, le 17 février 1510. Il est vrai que, s'étant éloigné un instant de sa nouvelle conquête, il apprit aussitôt qu'un chef mahométan, appelé Adel-Schah, l'avait surprise et enlevée à son tour ; mais il revint puissamment armé et s'en empara définitivement le 25 décembre de la même année. Il travailla sans retard à en faire l'arsenal maritime, Tentrepôt commercial du Portugal, et dès lors Goa, qui par les progrès rapides de son opulence fut surnommée plus tard la Dorée, devint le centre et comme la capitde du nouvel empire des Indes.

L'historien Osorius, que nous avons déjà cité plusieurs fois, s'est arrêté avec complaisance sur l'importance de cette fondation et sur le système politique d'Albuquerque. « Almeida, dit-il, pensait que l'occupation des villes disséminées sur la côte serait une chose dangereuse, en ce qu'elle affaiblirait les forces des Portugais en les divisant. Dans son opinion, celui qui serait le maître de la mer, serait aussi le maître de l'Inde. C'est d'après ce principe que sa conduite fut constamment dirigée. Une station pour ses vaisseaux, un port commode et sûr, lui semblait le seul établissement nécessaire; il n'en forma jamais d'autres, car il jugeait impossible que le Portugal pût envoyer chaque année des renforts assez considérables pour occuper de nombreuses citadelles, ou pour en renouveler les garnisons. n croyait qu'un système contraire aurait pour résultat de livrer en détail à l'ennemi les mêmes armées qui,

réunies, sauraient toujours le vaincre ou le tenir en respect. Mais Albuquerque, plein de cette confiance qu'un esprit supérieur puise ordinairement dans le sentiment de ses forces, embrassait à la fois dans sa vaste conception et la sûreté présente des établissements portugais et leur grandeur future. Il ne s'agissait point pour lui dlmporter en Europe une plus ou moins grande quantité de poivre. C'est un empire qu'il cherchait à créer; et, plus il voyait de difficultés, en raison de Textrême éloignement, à obtenir des secours du Portugal, plus il s'attachait à couvrir de colonies la côte de l'Inde, à en former des pépinières de soldats qui pussent, sur les lieux mêmes, fournir des recrues à ses armées. U représentait aux adversaires de son plan que la mer n'appartiendrait d'une manière durable qu'à celui qui aurait su prendre son point d'appui sur la terre ferme ; que la flotte la plus formidable pouvait être détruite par une tempête, et que, dans un pareil malheur, la terre offrirait aisément les moyens de réparer les vaisseaux et de reprendre l'empire de la mer; qu'il était dangereux de se concentrer sur un seul point, dans un lieu surtout où le sol était maigre et stérile, et peu propre à nourrir une armée en quartiers d'hiver; que ceux qui s'imaginaient que l'armée portugaise était suffisamment en sûreté à Gochin ou à Gananor, au milieu des éternels ennemis du nom chrétien, d'ennemis toujours prêts à fondre sur elle, faisaient preuve d'une grande imprévoyance ; que la meilleure des places fortes était celle qui, indépendamment de ses propres ressources, pouvait, au besoin, recevoir le secours de plusieurs autres; que cette multitude de postes fortifiés, loin d'affaiblir l'empire de la mer, ne pouvait que l'étendre et le consolider; que la navigation, en effet, serait d'autant moins périlleuse que les vaisseaux trouveraient sur la côte plus de statiocts et d'asiles, et que plusieurs rades oflri-

raient nécessairement {flus de moyens de construction qn'une seule. Il pensait enfin que, si Ton voulait donner à la possession de Tlnde, non pas la durée de la vie d*un homme, mais celle en quelque sorte deTéternité, il fallait bâtir une ville qui réunît à une grande population de grands moyens d'attaque et de défense, de manière que, dans les temps difGciles, le sort de llnde ne dépendit point de secours lointains, qui pouvaient être interceptés par la mauvaise saison, engloutis par les flots et les tempêtes, ou du moins affaiblis par les maladies et les travaux de la mer.

« L'événement a justifié plus tard la profonde politique et la prudence d'Albuquerque. Lorsque le sultan Soliman envoya le soudan d'Egypte assiéger la citadelle de Diu ; lorsque déjà Tartillerie des Égyptiens les avait rendus maîtres de tous les abords de la place, croit-on que la seule résistance des nôtres et le mal qu'en recevait le Soudan Talent forcé à lever le siège ? Eût-il abandonné une pareille entreprise, s'il n'eût été informé de la prochaine arrivée du secours qui s'avançait de Goa vers Diu? Et lorsque cette dernière place, assiégée pour la seconde fois, allait succomber après six mois d'une défense héroïque, croit-on que le roi de Cambaye et les Turcs qu'il avait dans son armée, eussent été si aisément vaincus par le vice-roi Jean de Castro, si ce viceroi n'eût amené de Goa des vaisseaux, de l'artillerie et des soldats ? Car cette ville s'était déjà tellement accrue, qu'il était facile d'y lever de véritables armées et d'y construire des flottes.

« C'est dans ces grandes vues de sagesse et de prévoyance qu'Albuquerque fonda la capitale du nouvel empire. Gomme il manquait de femmes portugaises, il faisait instruire et baptiser les captives que lui donnait ledroit de la guerre, les mariait à ses soldats, et leur donnait pour dot les terres des vaincus. Aussi, la cité

d'Albuquerqae devint si puissante et si peuplée, qu'il peut, ajuste titre, figurer à côté des plus célèbres fondateurs de villes et d'empires, à côté de Romulus, qui fonda Rome, et de Thésée, qui rassembla dans les ^•murs d'Athènes les peuples épars de TAttique*. » Après la prise de Goa, l'attention d'Albuquerque se porta vers Malacca, dont la possession devait livrer aux Portugais un passage rapide pour se rendre du golfe du Bengale vers ces pays que les anciens avaient décorés du nom de Chersonèse d'or. C'était une grande ville qui s'étendait, l'espace d'une lieue, le long de la mer, et qui ne renfermait pas moins de cent mille habitants : elle faisait un commerce considérable et recevait les vaisseaux d'une foule de nations : Tlndè, la Chine, le pays de Siam , certaines îles de l'Océanie trouvaient en elle un entrepôt naturel. Déjà sous la vice-royauté d'Almeida, Diogo Lopes Sequeira avait reçu d'Emmanuel le commandement d'une flotte et s'était rendu à Malacca avec la mission d'en examiner la situation et d'y établir des relations commerciales. Bien reçu tout d'abord, il s'était vu, comme autrefois Gama à Calicut, exposé aux complots ourdis par les commerçants arabes, et n'avait échappé à la mort qu'en laissant prisonniers une trentaine des siens. Albuquerque se présenta, le !•' juillet 1511, à la tète d'une flotte de dix-neuf vaisseaux montés par quatorze cents hommes. Il signifia au souverain du pays, nommé Mahamed, qu'il avait ordre de venger l'injure faite au roi de Portugal, si les trente prisonniers n'étaient pas mis aussitôt en liberté. Mahamed, qui savait que la mousson allait forcer son ennemi à se retirer, ne cherchait qu'à gagner du temps, et tout en éludant la demande qui lui était adressée, il armait ses embarcations de guerre et mettait la ville en état de dé-

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