‹ Campagne d'Afrique en 1830Chapitre 1 sur 110 · SUR CETTE SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

SUR CETTE SECONDE ÉDITION

Je ne me croyais pas appelé à l’honneur d ecrire pour le public l’histoire de la campagne d’Afrique. J’avais recueilli quelques notes sur cette expédition dont j’ai fait partie. Rentré dans la vie civile, mon intention était de les conserver comme souvenirs d’une campagne qui a ajouté à la gloire de nos armes, et par laquelle j’ai fini une carrière que j’ai parcourue pendant plus de vingt ans en soldat pénétré de ses devoirs. Mes amis me conseillèrent de publier ces notes , et ils parvinrent à surmonter ma répugnance , en me faisant sentir combien il importait que des événements aussi mal connus parussent sous leur véritable jour. Je me suis donc décidé dans l’intérêt de la vérité à donner ma relation, et si je n’ai pas attaché mon nom à la première édition,

AVERTISSEMENT

c’est que, peu exercé dans l’art décrire, je craignais qu’on ne m’imputât quelque prétention au mérite littéraire.

L’accueil favorable qui a été fait à cette première édition, et plus encore les suppositions malveillantes d’un Journal, m’ont engagé à en publier une seconde et à la signer de mon nom ; je l’ai enrichie de quelques notes qui m’ont été communiquées fort obligeamment , et qui ne peuvent manquer d’ajouter à l’intérêt, puisqu’elles font connaître les noms des braves qui se sont distingués. Ces noms consacrés par la reconnaissance nationale, en l’absence de la royauté, devraient être gravés sur des tables d’airain pour passer à la postérité; et c’est ma faible voix qui seule ose les proclamer!... L’armée d’Afrique a eu la douleur d’entendre un ministre dire à la tribune, que l’expédition d’Alger avait été anti-nationale !... Il était probablement en pays étranger , ce ministre , lorsque nos régiments traversaient la France pour aller prendre part à la plus belle mission qui ait jamais été confiée à des soldats, car il aurait vu comme par-tout ils étaient fêtés, et combien leur sort était envié de leurs camarades ! Anti-nationale ! !...

AVERTISSEMENT

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Mais où était-il donc lorsque les acclamations de tout un peuple reconnaissant saluaient la nouvelle de la chute de cette ville orgueilleuse !...

Malgré la révolution de juillet et l’esprit de parti qui s’attache à dénigrer tout ce qui a été fait sous les Bourbons, la campagne d’Afrique restera un des événements les plus marquants de notre siècle , et le soldat qui a pris part à cette grande expédition dira un jour avec orgueil à ses neveux : « Et moi aussi j’étais à Alger ! »

INTRODUCTION

La mauvaise foi des Gouvernements barbaresques avait de tout temps indisposé contre eux les différents Etats de l’Europe; il n’était pas un de ces derniers qui n’eût de justes griefs contre les pirates dont les audacieuses excursions jetaient l’alarme etl’épouvante jusque dans les mers du Nord. Les Algériens sur-tout s’étaient rendus redoutables par la force et le nombre de leurs bâtiments armés, et le peu de succès des différentes expéditions entreprises successivement contre eux les avait enhardis à un tel point, qu’ils en étaient venus à traiter d'égal à égal avec toutes les puissances, dont ils exigeaient des tributs en argent on en munitions de guerre!... Leur marine s’était relevée plus formidable encore après le châtiment qu ils avaient

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reçu en 1 8 1 6 de lord Exmouth; et cet exploit militaire, si honorable pour l’illustre amiral qui y avait déployé une rare intrépidité, n’avait été utile en rien à l’humanité, puisque peu de temps après, et en dépit du traité imposé au Dey sur les débris encore fumants de sa flotte , les mêmes déprédations avaient recommencé. N’était-ce pas une chose humiliante de voir l’Angleterre, la dominatrice de l’Océan, recourir aux formes solennelles des traités avec les Régences barbaresques ? n’était-ce pas leur reconnaître le droit de faire des esclaves chrétiens? n’eût- il pas été plus conforme à la haute réputation, à la dignité de la nation britannique, de forcer ces forbans à se soumettre à la loi publique de l’Europe? L’humanité demandait qu’un châtiment plus exemplaire fût infligé; mais il était presque reconnu en principe dans la diplomatie européenne que , puisqu’on ne pouvait réduire ces barbares, il fallait bien en pas-

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ser par toutes les conditions qu’ils imposaient, et qu’on devait s’estimer heureux d’acheter la paix avec eux à quelque prix que ce fût.

La réparation demandée par le Roi en 1827, au sujet de l’insulte faite au Consul de France, ayant été dédaigneusement refusée, tous les ports de la Régence furent déclarés en état de blocus. Tant que le Gouvernement de Charles X s’en tint à ce blocus, les journaux de l’opposition ne cessèrent de se récrier sur la faiblesse d’un ministère qui laissait impunie une insulte qu’ils considéraient comme nationale; et cependant l’expédition contre Alger ne fut pas plus tôt décidée, que ces mêmes organes de l’opinion dite libérale s étendirent en déclamations contre une guerre qui, suivant eux, devait ruiner le Trésor et n amener aucun résultat avantageux.

On les vit depuis, dans le courant de la campagne, dénaturer tous les faits, et déverser le blâme et la calomnie sur les opé-

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rations qui s’y rattachaient. Ils poussèrent même l’audace jusqu’à présenter l’armée d’Afrique comme hostile aux libertés publiques, et comme devant servir d’instrument au renversement de la loi fondamentale de lEtat. Ah! sans doute, cette armée était toute royale; les soldats qui la composaient étaient pénétrés de leurs devoirs envers le Roi et sa famille, à qui ils devaient tant; mais j’en appelle à tous, et même au très detit nombre d’officiers qui dans son sein ont pu se réjouir de la Révolution de juillet, ont-ils jamais entendu énoncer de semblables vœux à ceux de leurs camarades qui étaient le plus connus pour leur dévouement sans bornes à l’auguste et malheureuse famille de nos Rois? Non, l’amour que ceux-ci portaient aux Bourbons se confondait dans leur cœur avec leur attachement aux institutions que la France tenait d'eux seuls , et à cette sage liberté qui y était inconnue avant leur retour.

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Après la chute du trône , et dans l’enivrement de leur victoire, il n’est pas de moyens que n’aient employés ces mêmes journaux pour perdre dans l’opinion publique celui qu’ils avaient constamment attaqué avec un acharnement sans exemple, et qui avait répondu à toutes leurs diatribes par une campagne qui illustrera à jamais son nom. Ils s’entendirent tous pour insulter l’armée de terre et son chef, afin de relever à leurs dépens, dans l’opinion publique, et l’armée navale et celui qui la commandait. N’osèrent-ils pas donner à l’Amiral Je titre de Héros d Alger?... Ah! s’il existe toujours, comme nous n’en doutons pas, dans le cœur de ce vieux guerrier quelques uns de ces élans généreux qui le firent bondir de joie quand il battit les Anglais, combien n’a-t-il pas dû souffrir de se voir donner un titre qui ne lui appartient pas!... Mais la vérité finit toujours par se faire connaître, et la honte de toutes ces impostures retombera

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tôt ou tard sur les calomniateurs et sur ceux qui n’ont pas eu le courage de les démentir.

Il est donc du devoir de quiconque a fait partie de cette glorieuse armée de rétablir les faits et de redresser l’opinion publique indignement faussée.

Les événements se pressent dans notre malheureuse patrie, et bientôt peut-être on aura tout-à-fait oublié que des soldats français, conduits par un chef habile, ont réalisé en vingt jours ce que n’avaient pu faire à aucune époque les forces supérieures des plus puissants souverains de l’Europe. Ces mêmes soldats, mutilés par le fer ennemi ou accablés sous le poids des maladies, ont été délaissés, et au lieu de trouver dans leur patrie protection, récompenses pour leurs services, ils n’ont rencontré que dédains de la part des autorités \ Toutes ces considérations me

1 Au mois de septembre i83o, les rues de Marseille étaient couvertes de soldats convalescents expulsés du

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décident à prendre la plume; heureux si mes faibles efforts contribuent à graver dans la mémoire de tous les vrais amis de l honneur national les immenses services de cette armée, et les titres de son chef à la reconnaissance de ses concitoyens!

La postérité redira que c’est à la pensée généreuse d un Roi aujourd hui malheureux et exilé que l’Europe doit l’abolition de la piraterie, et que ses divers Etats doivent leur affranchissement des honteuses redevances qu ils payaient à un chef de forbans; que c’est à la voix de ce

Lazaret; ces malheureux se traînant péniblement à l’aide de bâtons, excitaient la pitié publique, et la plupart auraient succombé faute de soins, si les femmes des marchés n’étaient venues à leur secours en leur faisant distribuer des aliments.

A la même époque, des malades et des blessés, arrivés d’Afrique sur une frégate , et débarqués à la porte du Lazaret, y restèrent sans abri pendant vingt-quatre heures ! Lt encore quel était le lieu où l’on recevait nos malheureux soldats? Des hangars uniquement destinés à mettre à couvert les cotons du Levant. On les parquait comme des moutons, et là des fiévreux et des dyssentériques étaient exposés à la fraîcheur et à l’humidité du sol.

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Roi que trente mille Français franchirent les mers pour la cause de l’humanité, et pour venger l’insulte faite à leur pavillon , à cette noble bannière des lis aujourd’hui proscrite , et naguère si brillante aux

champs africains ! .

Je vais donc, autant que ma mémoire me le permettra, dire ce que j’ai vu; une relation pure et simple des évènements de cette mémorable campagne est la meilleure réfutation de tout ce qu’on en a écrit dans les feuilles publiques.

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