CHAPITRE I
Préparatifs de guerre. — Voyage de M. le Dauphin à Toulon. — Départ de l’expédition. — Traversée. — Baie de Palma.
Le blocus d’Alger durait depuis plusieurs années; il n’amenait aucun résultat, et coûtait annuellement au Trésor neuf millions. Le Dey bravait la France, et l’insulte faite au vaisseau parlementaire monté par M. de La Bretonnière nécessitait une vengeance prompte et éclatante. Tous les bons esprits, les hommes jaloux de l’honneur national étaient d’accord à cet égard. Le Midi surtout appelait de tous ses vœux une expédition dont le but était d’affranchir son commerce des plus honteuses avanies, et qui
devait lui rendre son ancienne prospérité en ouvrant sur la côte d’Afrique de nouveaux débouchés à son industrie. Et d’ailleurs quel cœur véritablement français pouvait ne pas applaudir à un projet qui devait faire rejaillir tant de gloire sur la France! Aussi vit-on la jeunesse se précipiter avec une ardeur sans égale dans les rangs de l’armée destinée à accomplir cette grande mission; tout le monde voulait en faire partie, et on fut obligé de refuser des officiers qui demandaient à y servir sans aucun grade, et des sous -officiers qui voulaient partir comme simples soldats. Ce zèle rappelait les plus beaux temps de la monarchie. Il y avait dans l’attitude, dans la tenue de ces belles troupes quelque chose de si fier, qu’on ne pouvait, en les voyant, s’empêcher de partager leur confiance. Tous les cœurs étaient ouverts à l’espérance , et ceux d’entre nous qui avaient l’expérience de la guerre ne doutaient pas du succès. Par- tout ces troupes étaient fêtées; et les habitants du Midi manifestaient en les voyant cette joie vive et pétulante qui les caractérise. Etre de l’armée