‹ Campagne d'Afrique en 1830Chapitre 15 sur 110 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

fois révoltés. Si comme nous ils avaient vu ces soldats supportant avec gaieté les fatigues de la guerre, les privations du métier, n’ayant rien à manger après de longues marches, rien pour se mettre à l abri du mauvais temps, et toujours prêts à battre l’ennemi, ils reconnaîtraient que le service du matelot, qui a toujours sa nourriture et son hamac assurés, est loin d’être aussi pénible. Qu’ils se gardent donc de juger le soldat quand il est embarqué. Le malaise qu’il éprouve, l’oisiveté à laquelle il est livré, tout tend à le démoraliser, et on ne le retrouve que lorsqu’il a touché la terre.

Pendant ce séjour interminable dans la baie de Palma, nous faisions toutes sortes de conjectures, et nous commencions à désespérer de la campagne. La diplomatie, disions-nous, aura levé les difficultés, l’Angleterre s’en sera mêlée, le Dey consent probablement à toutes les conditions qu’on lui a imposées, et nous allons recevoir l ordre de rentrer à Toulon; nous étions en proie à ces tristes réflexions, lorsque le 9, dans l’après-midi, l’ordre est donné par l’amiral aux

trois vaisseaux ayant à bord les trois lieutenants-généraux commandant les divisions de l’armée, de rallier la Provence. Il était évident pour tout le monde, qu’il s’agissait d’un conseil de guerre à la suite duquel nous allions connaître le sort de l’expédition; l’inquiétude était extrême dans toute l'armée. Enfin l’ordre du jour suivant parut le io au matin, et vint mettre un terme à toutes les incertitudes :

A bord de la Provence, 8 juin,

« L’armée, que des vents contraires avaient w éloignée de la côte d’Afrique, va s’en rapprocher. Impatiente de combattre, elle ne « tardera pas à voir ses vœux accomplis. Le « général en chef vient d’apprendre que des « hordes nombreuses de cavalerie irrégulière « nous attendaient sur le rivage et se dispo- « saient à couvrir leur front par des milliers «de chameaux. Les soldats français ne se- « ront pas plus étonnés par l’aspect de ces ani- « maux, qu’intimidés par le nombre de leurs « ennemis. Ils auraient regretté que la vic- « toire leur coûtât trop peu d’efforts. Les

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