‹ Campagne d'Afrique en 1830Chapitre 14 sur 110 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

disait que le moment favorable né tait pas encore arrivé, et qu’il ne fallait en rien compromettre le succès du débarquement, opération importante de la campagne.

L’escadre de réserve mouilla dans la baie de Palma, ainsi que le convoi et la flottille; le reste de la flotte croisa à l’entrée de la baie pendant dix jours. Les troupes embarquées sur l’escadre de réserve obtinrent des permissions pour aller à terre, et elles furent accueillies avec les démonstrations de la plus franche amitié par les autorités espagnoles; plusieurs fêtes eurent lieu , et les habitants prouvèrent à l’armée qu’ils attachaient le plus grand prix au succès de l’expédition. Le marquis de la Romana, gouverneur de l î!e, ouvrit sa maison à tous les officiers français; ils y trouvèrent réunie la société la plus distinguée du pays. On y donna des bals, et nos heureux camarades recueillirent les félicitations et les vœux des femmes qui , dans ce pays comme dans le reste de l’Espagne, se montrent toujours sensibles aux grandes et généreuses entreprises. Ces fêtes offertes par la beauté, ces paroles flatteuses, et plus

encore les regards qui les accompagnaient, la grâce voluptueuse de ces femmes espagnoles, tout cela était bien propre à enflammer le courage de nos jeunes guerriers, s’ils avaient eu besoin d’un autre aiguillon que le sentiment de leur devoir. Mais le soldat français appelé par son Roi à venger une insulte nationale était impatient de combattre, et le temps consacré au plaisir lui semblait un vol fait à la victoire.

On fut beaucoup plus sévère pour les deux autres divisions ; personne ne put descendre à terre, ce qui augmenta le malaise de nos soldats entassés dans les batteries et les entreponts. Il leur était même défendu, sur plusieurs bâtiments, de monter sur les caronades et les bastingages , seuls moyens qu’ils possédassent pour voir cette terre qu’ils appelaient de tous leurs vœux. Nous avons été témoins plusieurs fois de la manière dure avec laquelle ces braves étaient traités par les officiers du bord, et l’injustice qui leur faisait méconnaître une espèce d’hommes si recommandable à tous égards et qu’ils jugent trop légèrement, nous a plus d’une

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