CHAPITRE IV
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Dans la même matinée ( Ier juillet ), une forte canonnade se fit entendre du côté de la merj le bruit se répandit aussitôt dans Farinée que la flotte venait faire une forte diversion pour fixer l’attention du Dey. Toutes les terrasses des maisons de campagne, et les points élevés du pays, furent couverts de curieux, qui jouirent pendant une heure et demie d un spectacle remarquable. L’escadre de bataille était sous voile, et tous les bâtiments qui la composaient passaient successivement devant les forts de la côte, lâchaient leur bordée de tribord, et regagnaient la pleine mer quand ils les avaient dépassés, afin d’éviter les feux redoutables des batteries du môle. C’est dans le prolongement d’une des vallées qui environnent la ville, et dans un encadrement formé par les hauteurs sur lesquelles l’armée était campée, que cette scène se passait pour nous, et nous donnait un spectacle digne d’intérêt ; il nous rappelait les exercices de la marine dans la rade de Toulon, lorsque les bâtiments essayaient la portée de leur artillerie; car ici, comme en France, la mer engloutissait tous
les boulets; et à l’exception dun très petit nombre, aucun n’arrivait à sa destination. Il faut croire que le vent ou le peu de fond ne permirent pas à la flotte de s’approcher davantage. Elle recommença deux jours après, mais son feu ne fut pas plus funeste à l’ennemi ; car nous avons vu depuis les batteries qu elle canonnait, et nous n’y avons compté que douze ou quinze boulets. Un accident fâcheux eut lieu à bord du vaisseau amiral; un des canons creva, et mit hors de combat les hommes qui le servaient. Ce furent heureusement les seuls hommes que la marine eut à regretter dans ces deux journées, où ses manœuvres durent produire un grand effet moral sur les Algériens.
Le 3 les travaux étaient presque achevés; un chemin avait été pratiqué sur le versant du rideau opposé à l’ennemi pour le transport de l’artillerie de siège, et on y travaillait sans relâche. L’ardeur des troupes était extrême, car journellement nous perdions de deux à trois cents hommes, malgré tous les soins qu’on avait mis à abriter les gardes