‹ Campagne d'Afrique en 1830Chapitre 86 sur 110 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ployées aux travaux de la campagne, ils traînaient toujours les plus lourds fardeaux, et recevaient plus de coups que leur compagnon, l’âne ou le mulet, toujours pl us favorisés. Il périssait chaque année deux cents esclaves par suite du manque de nourriture et des mau vais traitements.

Le prix de chaque captif était fixé , mais le mode assigné pour leur délivrance leur ôtait tout espoir. Si ces malheureux, après avoir obtenu la permission fort rare d’exercer un commerce , venaient à acquérir quelque bien, il ne pouvait leur servir à se racheter. Le Dey étant l’héritier légal de toute la propriété de ses esclaves, s’emparait de ce qu’ils possédaient, et il arrivait souvent même qu’on les dépêchait pour que sa hautesse entrât plus tôt en possession!...

La captivité était â Alger entourée de cruautés qui semblaient ne devoir jamais finir *, aussi la douloureuse condition des esclaves pouvait-elle être comparée à celle de ces esprits, dans le séjour des ténèbres et du désespoir, qui, suivant un écrivain, disent sans cesse: Quelle heure est-il? et qui reçoi-

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vent cette terrible réponse : « L’éternité! ... »

Quand un de ces malheureux tombait malade, des motifs d’intérêt personnel auraient dû porter le maître à un peu d’indulgence, mais il était abandonné, et sans la charité de l’Espagne, qui avait consacré un fonds pour l’établissement d’un petit hôpital exclusivement réservé aux esclaves chrétiens, on les aurait vus périr dans les rues, et l’humanité souffrante serait restée sans secours. C’est encore à Charles IV, roi d’Espagne, que I on doit le petit coin de terre sur le bord de la mer où les chrétiens recevaient la sépulture* ce fut avec de grandes difficultés et à grands frais qu’il obtint cette concession. Jusque-là les cérémonies de la sépulture étaient refusées aux captifs, et souvent leurs corps restaient exposés en plein air pour être dévorés par les reptiles et les oiseaux de proie.

Honneur à la France monarchique qui en osant entreprendre une aussi grande expédition , a rendu impossible le retour de toutes ces horreurs! Les générations futures la béniront, et la vengeront de l’indifférence et de l’injustice des contemporains.

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